Il n'y aura pas de canicule cet été

MétéoFroid interminable, printemps pourri, orages violents: est-ce le début d'un changement climatique en Suisse? L’avis de plusieurs experts qui s'avancent prudemment sur la météo de cet été...

Les orages, comme ceux qui ont provoqué des tempêtes de grêle à Genève et dans l'arc jurassien, pourraient se manifester à nouveau cet été.

Les orages, comme ceux qui ont provoqué des tempêtes de grêle à Genève et dans l'arc jurassien, pourraient se manifester à nouveau cet été. Image: Keystone

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Depuis plusieurs mois, on ne parle que d’elle: la météo. Après un hiver sans fin et un printemps froid et pourri, c’est au tour des orages de frapper violemment notre pays, à l’image de ceux qui se sont abattus récemment sur la Suisse romande. Sommes-nous en train de subir les conséquences du changement climatique?

Stéphane Goyette, docteur en physique de l’atmosphère et maître d’enseignement et de recherche à l’Institut des sciences de l’environnement de l’Uni de Genève, se montre prudent. «Nous ne pourrons dire qu’à postériori si cette météo est due au réchauffement. Il est très difficile de tirer des conclusions sur la base d’une seule saison, malgré ces quelques événements exceptionnels», estime-t-il. Mais si ceux-ci viennent à se répéter de façon récurrente, alors nous pourrons effectivement nous poser la question s’ils n’ont pas un lien avec le changement climatique. »

Mais pour l’heure, selon ce spécialiste, le printemps pourri n’a rien d’exceptionnel si l’on aborde le climat de façon globale. «Nous avons subi en Suisse des coulées d’air froid en provenance directe du pôle pendant plusieurs semaines. Mais sur une même latitude, il faisait beaucoup plus chaud à l’est et beaucoup plus chaud à l’ouest», relativise-t-il.

Conditions exceptionnelles

Même les orages qui ont frappé la Suisse la semaine dernière n’avaient rien d’exceptionnel, selon lui. «Il y avait énormément d’humidité et des températures très chaudes dans les basses couches de l’atmosphère. Dans les hautes couches, l’air était très froid et un mouvement de vents verticaux et violents s’est mis en place dans cette masse de nuages qui montait à 11km d’altitude. Tout était réuni pour faire que la situation soit explosive pendant quelques minutes et provoque une tempête de grêle comme nous l’avons vécue! »

Dominique Stussi, météorologue chez MétéoSuisse abonde dans son sens. Et la violence de ces orages n’a rien à voir avec la météo pourrie de ce printemps, selon lui. «La Suisse était sous l’afflux d’une masse d’air chaud et humide en provenance de la Méditerranée et de l’Afrique, ce qui a provoqué ces conditions exceptionnelles». Il reconnait toutefois que globalement la tendance est à plus d’événements extrêmes dus sans doute au réchauffement.

Été orageux en perspective?

Alors va-t-on subir tout l’été une succession d’épisodes chauds et humides entrecoupés d’orages violents et de refroidissement de l’air comme on le vit actuellement? Les deux scientifiques ne se mouillent pas: «pas forcément, même si des orages à nouveau violents ne sont pas à exclure.» Néanmoins Dominique Stussi l’affirme : «nous n’aurons pas de canicule cet été, c’est à peu près sûr». Car pour en créer les conditions favorables, il faudrait que les sols soient très secs, alors qu’ils sont gorgés d’eau actuellement, précise-t-il.

Stéphane Goyette renchérit: «avec l’été, une situation anticyclonique se met normalement en place et toute l’atmosphère se réchauffe. Ce qui n’est pas propice aux orages violents, qui sont le résultat de chocs de masses d’air de températures différentes.»

Néanmoins le docteur en physique de l’atmosphère s’interroge sur la précocité des récents épisodes orageux qui ont balayé la Suisse romande. «Ce genre d’orage survient normalement en fin d’été. Mais s’il y en a de plus en plus qui se produisent si tôt dans la saison, il faudra se demander si le réchauffement n’y est pas pour quelque chose.»

Créé: 25.06.2013, 16h37

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Il aurait pu y avoir une tornade

La violence des vents qui ont accompagné les orages du jeudi 20 juin a pu évoquer une tornade pour certains. Il s’en est fallu de peu, selon Lionel Peyraud, prévisionniste et spécialiste de la question à MétéoSuisse. Pour qu’il y ait tornade, il faut qu’il y ait, comme pour un orage, rencontre entre masse d’air froid et masse d’air chaud. Mais en plus, il faut des vents tourbillonnants. Or, les orages n’ont engendré en Suisse que des vents unidirectionnels.

Le département de la Côte d’or, en Bourgogne, a eu moins de chance. En effet, le mercredi 19 juin, une tornade de force F3 (sur une échelle de 1 à 5), d’une largeur de 250 mètres, a dévasté plusieurs villages avec des vents entre 220 et 270 km/h, a confirmé lundi l’Observatoire français des tornades et orages violents. C’est la tornade la plus violente en France depuis celle d’Hautmont le 3 août 2008 près de la frontière belge. De force F4, elle avait tué 3 personnes et touché 800 habitations.

Heureusement pour la Suisse, si les tornades ne sont pas si rares chez nous, leur intensité n’a rien à voir avec celles qui frappent régulièrement les USA. «Les Alpes nous protègent des masses chaudes et humides provenant de la Méditerranée et de l’Italie, explique Lionel Peyraud. «Mais une grande ville européenne sera sûrement frappée un jour par une tornade. S’il y a eu une F4 à Hautmont, pourquoi pas à Paris? Ce n’est qu’une question de temps…»

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