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Les cantons alpins font plier les grands barons de l’électricité

Doris Leuthard rétropédale avec son projet de baisse de la redevance hydraulique. Les producteurs pris à leur propre jeu.

Yannick Buttet (PDC/VS) s'est battu contre la baisse de la redevance hydraulique.
Yannick Buttet (PDC/VS) s'est battu contre la baisse de la redevance hydraulique.
Patrick Martin

La guerre entre Doris Leuthard et les cantons alpins n’aura duré qu’un été. Fin juin, la conseillère fédérale suscitait un tollé en annonçant vouloir diminuer la redevance hydraulique (voir encadré). Un manque à gagner de 150 millions par année, voilà qui faisait hurler les communes et cantons concernés. Au terme d’une consultation calamiteuse, la ministre aurait décidé d’abandonner son projet.

Si le conditionnel est de mise, c’est qu’aucune décision officielle n’a été prise. L’Office fédéral de l’énergie (OFEN) refuse de confirmer ce retrait évoqué dans la SonntagsZeitung. «Nous sommes toujours en train d’analyser la consultation», précise Marianne Zünd, porte-parole. On en saura plus au premier trimestre 2018. Ce rétropédalage semble en tout cas acquis à Berne et dans les cantons. «On s’est battus pour y parvenir, commente Yannick Buttet (PDC/VS). Nous sommes allés convaincre nos collègues un à un, nous avons mené une véritable guérilla.» Le conseiller d’État valaisan Roberto Schmidt a même remercié dans un tweet «tous ceux qui ont œuvré avec lui» pour arriver à ce résultat.

Si le lobby alpin sort renforcé de l’exercice, celui des producteurs d’électricité est plus affaibli que jamais. La baisse de la redevance aurait en effet apporté une bouffée d’air frais à la branche, qui souffre de la baisse des prix de l’électricité sur les marchés. Mais ce discours, ils sont de moins en moins nombreux à y croire. Un rapport de l’OFEN a en effet semé le doute. Dans cette étude publiée en novembre, il est mis en avant que seuls les deux géants de l’électricité – Alpiq et Axpo – sont vraiment en difficulté. Entre 2007 et 2016, les résultats se sont dégradés et des pertes nettes ont été enregistrées dès 2011. Par contre, toutes les autres entreprises ont connu une évolution positive. Des conclusions qui ont eu pour effet de geler les travaux parlementaires visant une intervention immédiate de la Confédération pour l’hydraulique. Elles ont aussi pesé dans le rejet massif de la réforme de la redevance hydraulique.

Manque de transparence

Ce dernier échec est d’ailleurs commenté de façon étonnante par l’Association des entreprises électriques suisses. Alors qu’elle saluait la révision de Leuthard en juin, la voilà qui se réjouit – en partie – de son abandon. Une situation qui ne surprend pas Benoît Genecand (PLR/GE). «Comme ils vivent des réalités différentes, les producteurs d’électricité n’arrivent plus à parler d’une seule voix. Leur position est fragilisée. A priori, en tant que libéral, je pourrais être pour une baisse de la redevance hydraulique. Mais la vraie question, c’est à qui profite-t-elle? Est-ce pour assurer des dividendes? Quand on pose ce genre de question, ça devient très vite brumeux.» Pour lui, Axpo et Alpiq ont appris à pleurer plus fort que ce que provoque vraiment la douleur.

De son côté, Thomas Egger (PDC/VS), directeur du Groupement suisse pour les régions de montagne, renvoie les deux groupes à leur responsabilité. «Si ces entreprises ont des problèmes, qu’elles se tournent vers les cantons propriétaires. C’est à eux de les aider, pas aux cantons alpins.» Et Yannick Buttet d’enfoncer le clou en critiquant un manque de transparence complète sur leur situation financière.

«Asymétrie absurde»

Acculés, les deux géants se défendent. «Ce que montre le rapport de l’OFEN, c’est qu’il y a deux types de producteurs, explique Tobias Kistner, porte-parole d’Axpo. Ceux qui ont des clients captifs et qui s’en sortent bien; et ceux qui sont sur le marché libre et qui ont des problèmes de rentabilité en raison de la chute des prix.» La porte-parole d’Alpiq, Aline Elzingre-Pittet, abonde. «Cette asymétrie est absurde. Alors que les gestionnaires du réseau de distribution et les producteurs avec des clients captifs réalisent des bénéfices grâce au monopole, l’hydraulique sur le marché libéralisé est vendue à un prix inférieur aux coûts de revient. Ce problème n’est pas propre à Alpiq, il concerne 40% de l’hydraulique suisse.»

Pas question non plus de laisser planer des doutes sur le fait que «des choses seraient cachées». «Alpiq a fourni l’ensemble des chiffres exigés», précise-t-elle. «Nous avons communiqué de façon ouverte et transparente, ajoute Axpo. Nous avons répondu à l’ensemble des questions, notamment les coûts actuels de nos centrales hydrauliques. Mais nous ne pouvons pas donner tous les détails concernant les rendements et bénéfices futurs pour chaque installation.»

Position de force

À ceux qui les accusent de continuer à verser des dividendes, le porte-parole d’Axpo rétorque que cela fait trois ans que le groupe n’en distribue plus. Et de prévenir: «Il existe le risque qu’on ne puisse plus investir suffisamment dans nos installations. Cela coûte cher d’entretenir les centrales électriques. Sans argent, les exploitants pourraient renoncer à certaines d’entre elles. Ce serait un non-sens dans le cadre de la stratégie énergétique, qui se base notamment sur l’hydraulique.»

Les autorités seront-elles sensibles à ce cri du cœur? Plus besoin en tout cas d’amadouer Doris Leuthard. Il n’est pas sûr que ce soit la ministre qui porte le nouveau projet. Le système de redevance arrive à échéance à la fin de 2019. Si elle se retire effectivement à la fin de la législature, elle devra passer le témoin. «Avec un nouveau conseiller fédéral, nous serions en position de force», glisse un élu d’un canton alpin.

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