Cassis accroît le malaise au sein de la DDC

Aide au développementLa coopération internationale sera-t-elle la victime collatérale du virage à droite du Conseil fédéral? À Berne, la gauche s’inquiète.

Ignazio Cassis, conseiller fédéral en charge du Département fédéral des affaires étrangères

Ignazio Cassis, conseiller fédéral en charge du Département fédéral des affaires étrangères Image: Keystone

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Ne le cherchez pas, ce point ne figure pas à l’ordre du jour de la conférence annuelle de la Direction du développement et de la coopération (DDC). Mardi, cette dernière communiquera sur ses priorités pour l’année qui vient et détaillera certains projets. Du malaise qui règne en son sein, elle ne pipera pas mot.

La DDC est sous pression depuis des mois. L’UDC et une partie du PLR cherchent constamment à limiter ses moyens et à revoir ses missions. L’arrivée d’Ignazio Cassis à la tête du Département fédéral des affaires étrangères n’a pas apaisé les craintes. Au contraire, certaines de ses déclarations les ont plutôt renforcées.

Lors du repas de Noël de la DDC, le Tessinois aurait comparé la taille de l’institution à celle de l’armée. Avec un budget de 1 milliard et près de 650 emplois plein-temps, cet office est en effet le plus gros du Département. Cassis aurait ajouté, selon la Luzerner Zeitung, qu’il y a «une limite au nombre de personnes qu’elle peut employer». Maladresse ou menace? Quelques semaines plus tôt, il aurait aussi rappelé aux collaborateurs de la DDC qu’ils ne devaient jamais oublier qu’ils étaient rémunérés par de l’argent public, rapportait Le Temps. «Il a aussi reproché à l’organisation de ne pas savoir se vendre et de manquer de loyauté, nous confirme une source proche du dossier. Il y a une volonté de restreindre la marge de manœuvre de la DDC.»

Collaborateurs inquiets

L’inquiétude des collaborateurs est arrivée aux oreilles de plusieurs parlementaires de gauche. «Comparer la DDC avec l’armée, ce n’est pas malin, réagit Didier Berberat (PS/NE). On ne peut que le regretter. La Suisse a une tradition humanitaire qu’elle doit poursuivre.» Il attend des clarifications de Cassis sur la question de l’aide au développement lors d’une prochaine séance de commission. «Lorsque Cassis dit que la politique extérieure, c’est de la politique intérieure, il laisse entendre qu’il doit y avoir un retour sur investissement rapide, commente à son tour Lisa Mazzone (Verts/GE). Or, cette logique est profondément en contradiction avec la coopération internationale qui se construit sur le long terme.»

Déjà lors des auditions devant les groupes parlementaires, celui qui était alors candidat au Conseil fédéral avait expliqué que, à part l’agriculture et l’armée, il n’avait aucun tabou en matière de rigueur budgétaire. «Il est possible qu’il y ait un virage à droite sur ce dossier», commente Roger Nordmann (PS/VD). «C’est un homme lige de l’UDC. Il doit des gages à ceux qui l’ont élu. Il est menotté», tacle Manuel Tornare (PS/GE). Le même discours est tenu au centre, bien qu’on estime que le parlement saura résister. «Il aimerait changer les buts de la DDC. Il l’a promis à l’UDC, explique Élisabeth Schneider-Schneiter (PDC/BL), présidente de la Commission de politique extérieure. Jusqu’ici le centre, la gauche et les PLR romands ont su créer des majorités pour s’y opposer.»

«Pivot» du Conseil fédéral

Les libéraux-radicaux romands, justement, tentent de dédramatiser l’affaire. «Ignazio Cassis a une vision plus étatiste des relations avec les pays en voie de développement, explique Laurent Wehrli (PLR/VD). Mais à aucun moment il n’a laissé entendre qu’il y aurait moins d’argent pour l’aide au développement. Il est juste de s’interroger sur les priorités. L’armée va se réformer avec le DEVA (ndlr: Développement de l’armée). Une nouvelle organisation pour la DDC ne doit pas être un tabou.» Et de préciser que le fameux discours de Noël a plu à des collaborateurs.

L’UDC, elle n’a pas l’intention de lâcher son os. «En cas d’égalité, Didier Burkhalter a toujours fait pencher les décisions vers la gauche, analyse Roland Büchel (UDC/SG). À nous de faire d’Ignazio Cassis l’homme qui les fait pencher à droite. C’est le pivot du gouvernement, et il faut mettre plus de pression sur lui.»

D’ailleurs, au sein de l’UDC, on se félicite déjà que le Conseil fédéral ait voté en faveur d’une enveloppe de 8 milliards pour les avions de combat, et on rappelle aussi qu’aucun contre-projet n’a été concocté pour l’initiative sur la transparence. «Cela n’aurait jamais été possible avec Burkhalter», souligne un membre de la présidence. (24 heures)

Créé: 11.02.2018, 19h57

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