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«Cassis n’a pas de colonne vertébrale»

Après sa démission de ProTell, la gauche accuse le Tessinois d’inconstance. A droite, on invoque la collégialité.

Ignazio Cassis a lâché du lest pour s’aligner sur le Conseil fédéral.
Ignazio Cassis a lâché du lest pour s’aligner sur le Conseil fédéral.
Keystone

Ignazio Cassis s’est-il tiré tout seul une balle dans le pied? C’est en tout cas l’impression qu’il donne. Un mois après avoir adhéré à Pro- Tell, la société suisse en faveur d’un droit libéral sur les armes, le conseiller fédéral tessinois a décidé de quitter l’association. C’est le site de l’Aargauer Zeitung qui le révèle. Cette adhésion, effectuée neuf jours avant son élection au Conseil fédéral mais révélée au grand jour seulement la semaine dernière, a provoqué des vagues. Ignazio Cassis a été accusé d’avoir donné des gages aux nationalistes UDC pour bétonner son élection le jour J.

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Edito:«Cassis, la girouette et le vent»

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Comment le conseiller fédéral tessinois justifie-t-il son passage éclair à ProTell ? Il ne répond pas personnellement. Maintenant qu’il se trouve dans l’antichambre du pouvoir, auquel il accédera officiellement le 1er novembre, il communique via la Chancellerie fédérale. Celle-ci précise tout d’abord que rien n’empêche les élus du Conseil fédéral d’être membres de sociétés, d’associations ou de fondations. Ils doivent simplement éviter les conflits d’intérêts.

Ursula Eggenberger, cheffe de la communication à la Chancellerie fédérale, en arrive ensuite à l’explication du retrait de Cassis: «En raison du débat public en cours et de l’instrumentalisation de son adhésion à ProTell et à Libertà e Valori, il a démissionné de ces sociétés. Il défendra ses convictions concernant une législation sur les armes respectueuse de la liberté et conforme à la tradition suisse au sein du Conseil fédéral, comme il défendra son soutien aux accords bilatéraux et à l’Accord de Schengen.»

«Si Cassis se montre aussi ferme et conséquent dans les négociations internationales, alors bonne nuit»

En clair, Ignazio Cassis reste droit dans ses bottes quant à ses convictions personnelles, mais vu les vagues provoquées par son adhésion il lâche du lest pour s’aligner sur le Conseil fédéral. Ce dernier défend en effet une politique des armes plus restrictive afin de pouvoir respecter l’Accord de Schengen.

Cette volte-face fait bien rigoler à gauche. «Si Cassis se montre aussi ferme et conséquent dans les négociations internationales, alors bonne nuit», s’amuse le conseiller national Cédric Wermuth (PS/AG) sur Twitter. Et d’en rajouter une couche en prétendant qu’il va reprendre son passeport italien…

Cette versatilité amuse moins la conseillère nationale Lisa Mazzone (Verts/GE). «C’est le signe d’un manque de colonne vertébrale. Cette inconstance le fragilise et montre qu’il n’a pas acquis la stature d’un homme d’Etat. S’il gère les Affaires étrangères de cette manière, il y a de quoi s’inquiéter.» Elle relève cependant que cette démission, sur le fond, est une bonne chose. «L’erreur était d’avoir adhéré récemment à ProTell alors que cette organisation menace d’un référendum le projet du Conseil fédéral.»

«Je ne comprends pas comment Cassis a pu adhérer 9 jours avant son élection au Conseil fédéral si ce n’est pour chercher encore des voix à l’UDC»

C’est cet aspect qui choque d’ailleurs le plus la conseillère aux Etats Géraldine Savary (PS/VD). «Quand on voit le nombre de morts par année dû aux armes à feu, je ne comprends pas comment Cassis a pu adhérer 9 jours avant son élection au Conseil fédéral si ce n’est pour chercher encore des voix à l’UDC. C’est une démarche opportuniste et décevante.»

«Dans le moule»

Le vice-président du PLR Christian Lüscher vole au secours du conseiller fédéral tessinois. «Je persiste et je signe: c’était une démarche courageuse d’adhérer à ProTell à quelques jours de l’élection. Et qu’on ne vienne pas dire que c’était pour s’attirer des voix UDC. Il les avait déjà!» Mais n’agit-il pas en girouette en démissionnant un mois plus tard? «Non. Dans moins de deux semaines, il entrera en fonction. Il se met ainsi dans le moule du Conseil fédéral.» Une démission pour le bien de la collégialité donc.

A ProTell, le vice-président de l’association et conseiller national Jean-Luc Addor (UDC/VS) ne répond pas aux questions. Il renvoie au communiqué de l’association qui regrette cette démission mais la comprend vu les circonstances. La société tire même un bilan positif de toute cette polémique. «La campagne de presse a donné à notre association une audience historique. Elle nous a permis de mettre au cœur du débat le refus de toute restriction supplémentaire à notre loi sur les armes.» Et ProTell a bon espoir d’atteindre un objectif stratégique de 20 000 membres pour ses 40 ans d’existence.

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