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Cassis signe le retour de «l’italianità» à Berne

Le Tessin attendait cela depuis longtemps. Mais l’arrivée d’Ignazio Cassis au pouvoir aura été marquée par les polémiques. Attendu sur le dossier européen, il découvre l’intransigeance de Bruxelles.

Ignazio Cassis descend les marches du Palais fédéral après son élection le 20 septembre dernier.
Ignazio Cassis descend les marches du Palais fédéral après son élection le 20 septembre dernier.
MARCEL BIERI

«Lo giuro .» À peine Ignazio Cassis était-il élu qu’il plaçait son entrée au Conseil fédéral sous le signe de la langue de Dante. Dans les travées du Palais, ce mercredi 20 septembre, Silva Semadeni (PS/GR) peine à retenir ses larmes. «Je ne pensais pas que j’aurais toutes ces émotions», confie la présidente du groupe Italianità. Voilà dix-huit ans que cette minorité linguistique attendait ce retour. Cette absence a joué un rôle crucial dans l’ascension du libéral-radical tessinois. Elle lui a permis de surmonter les polémiques qui ont rythmé une campagne dont les soubresauts ont occupé les médias tout l’été.

Sous le feu des projecteurs dès l’annonce surprise de la démission de Didier Burkhalter, Ignazio Cassis a dû endosser le difficile rôle de favori. Premier à se déclarer candidat, il a aussi été le premier à affronter les attaques. Sur son accointance avec les caisses maladie d’abord, lui qui était président d’une faîtière des assureurs; sur sa vision libérale en matière de drogues ensuite, lui qui songe à légaliser la cocaïne. Des tempêtes, comparées au tsunami provoqué par sa décision de rendre son passeport italien. On l’accuse d’être à la botte de l’UDC.

Fragilisé, Ignazio Cassis plie mais ne rompt pas. Malgré le désir de porter une femme au Conseil fédéral, malgré la campagne menée tambour battant par Pierre Maudet, ni la conseillère nationale vaudoise Isabelle Moret ni le conseiller d’État genevois ne réussiront à lui barrer la route. Le ticket à trois porté devant l’Assemblée fédérale récompense sans suspense celui qui était donné gagnant dès le début.

L’ancien médecin s’empare ensuite du Ministère des affaires étrangères, emportant dans son bagage l’épineux dossier européen, dont il a annoncé vouloir faire une remise à zéro. C’est le fameux «reset» que toute la sphère politico-médiatique répète désormais à chaque évolution des négociations entre Berne et Bruxelles. Pas question pour lui de repréciser ses intentions. Il donne rendez-vous aux médias à l’issue de ses 100 premiers jours de fonction.

Rompre la tradition

Mais Ignazio Cassis, 56 ans, n’aura pas profité bien longtemps de l’état de grâce que connaissent en général les nouveaux conseillers fédéraux. Il est rattrapé par la polémique liée à son adhésion de dernière minute à Pro Tell, le lobby des armes à feu. Juste avant son élection, le Tessinois a rejoint cette organisation qui prône un droit libéral sur les armes. De quoi le mettre en porte-à-faux avec le Conseil fédéral, qui – sous la pression de l’Union européenne – exige plus de restrictions dans ce domaine. Il finit par se retirer, expliquant s’être fait instrumentaliser par Pro Tell pour promouvoir une sortie de l’Espace Schengen. Des justifications qui n’ont pas calmé ceux qui critiquent l’opportunisme d’un homme prêt à tout pour arriver au pouvoir.

Moins d’un mois après son élection, Ignazio Cassis marque de nouveau son territoire du sceau de l’italianità. Rompant avec la tradition, il ne fait pas sa première visite officielle en Autriche mais à Rome. L’occasion de montrer à l’interne qu’il a l’intention d’empoigner les problèmes en suspens: les frontaliers, mais aussi l’accès au marché pour les banques.

Mais c’est à Paris que le Tessinois découvre l’âpreté des négociations avec l’UE. Finie l’accalmie qui a entouré la visite du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Après avoir inscrit la Suisse sur sa liste grise des paradis fiscaux, voici que Bruxelles limite à une année l’équivalence de la Bourse suisse. En visite dans la capitale française le 19 décembre, Ignazio Cassis a fait part de son indignation. Quelques jours plus tard, le Conseil fédéral, par la voix de Doris Leuthard, tapait lui aussi du poing sur la table. Depuis, c’est l’escalade. Les relations Suisse-UE sont de nouveau dans l’impasse. Le conseiller fédéral PLR termine l’année au pied du mur. L’UDC l’appelle à assumer ses responsabilités, et à se séparer des diplomates trop proches de l’UE. La tête de Pascale Baeriswyl, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, est demandée. Critiqué au centre et à gauche pour son ambiguïté et son côté populiste, Ignazio Cassis doit encore convaincre sur sa ligne européenne. S’expliquera-t-il plus tôt que prévu? Si ce n’est pas le cas, rendez-vous en février 2018, terme de ses 100 premiers jours.

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Le mot de l’année: La Prévoyance vieillesse 2020, ce combat homérique

Souvent accompagné du chiffre 2020, le mot «prévoyance» – un brin désuet – s’est offert une deuxième jeunesse en 2017. Il fut au cœur d’un combat acharné, qui s’est d’abord joué au parlement. À un rythme effréné, les deux Chambres ont débattu ce projet qui devait assurer l’avenir des retraites. Le défi est immense, Alain Berset voulait réformer en même temps les premier et deuxième piliers. Une bataille homérique s’est alors engagée.

D’un côté, le bloc formé de la gauche et du centre; de l’autre, le PLR et l’UDC. Qui l’emporterait? Le suspense aura été insoutenable jusqu’au bout. En mars, le projet passait l’écueil du Conseil national d’une seule petite voix. Un véritable polar, dont le vote au parlement n’était que la première partie. À peine le temps de respirer que les vainqueurs du jour devaient prendre leur bâton de pèlerin pour convaincre la population de les suivre. Les adversaires du projet n’ont pas non plus ménagé leurs efforts pour tenter de réussir dans les urnes ce qu’ils avaient échoué à faire dans l’hémicycle. Un engagement qui a payé. Le 24 septembre, le peuple coulait la Prévoyance vieillesse 2020, comme toutes les dernières réformes des retraites. Le troisième épisode de cette saga, dont personne ne connaît la fin, s’est joué il y a quelques jours. Le ministre Alain Berset a remis l’ouvrage sur le métier et proposé les grandes lignes d’un nouveau projet. Le paquet a été scindé en deux, le bonus AVS a disparu des radars. La droite semble avoir réussi à imposer ses vues. La bataille continue. C’est sûr, on reparlera de prévoyance en 2018.

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