Cassis suscite les espoirs d’une industrie d’armement aux abois

Commerce extérieurLes règles pour l’exportation du matériel de guerre pourraient être assouplies. La gauche et les ONG montent au créneau.

L’arrivée du Tessinois à la tête du DFAE est perçue comme une aubaine par les milieux proches de l’industrie de l’armement.

L’arrivée du Tessinois à la tête du DFAE est perçue comme une aubaine par les milieux proches de l’industrie de l’armement. Image: Reuters/Stefan Wermuth

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Ils portent les masques de Johann Schneider-Ammann, Guy Parmelin et Ignazio Cassis. Alors que le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) présentait mardi son rapport annuel sur les exportations de matériel de guerre, une poignée de manifestants antimilitaristes accusaient ce trio de vouloir faciliter les ventes d’armes à l’étranger.

Le Conseil fédéral doit en effet prochainement se pencher sur un assouplissement des règles d’exportation. Le travail a été mené en amont par les Départements de l’économie, de la défense et des affaires étrangères, dirigés respectivement par les ministres Schneider-Ammann, Parmelin et Cassis. L’arrivée du Tessinois à la tête du DFAE est perçue comme une aubaine par les milieux proches de l’industrie de l’armement.

«Didier Burkhalter voulait plaire à tout le monde, à l’ONU en particulier; Ignazio Cassis semble plus sensible à la réalité des emplois en Suisse», commente le conseiller national genevois Roger Golay (MCG). «Il est aussi question de technologies essentielles pour la place industrielle», abonde Raymond Clottu (UDC/NE), qui veut croire lui aussi à un changement de cap. «Il n’y a pas encore de preuve, mais c’est en tout cas un espoir politique», ajoute Corina Eichenberger (PLR/AG), coprésidente du Cercle de travail sécurité et techniques de défense.

Davantage de ventes à l'étranger
Dans les faits, les ventes d’armes suisses à l’étranger ont progressé l’année dernière (lire l'encadré). Face à la presse, le SECO s’est pourtant évertué mardi à expliquer que l’industrie d’armement restait dans une situation difficile. «La tendance générale est à la baisse, insiste Simon Plüss, responsable du dossier. Il y a aussi moins de demandes à l’interne avec la réorganisation de l’armée. Toutes les entreprises en souffrent.»

Un discours qui colle presque mot pour mot à celui des lobbies de l’industrie d’armement. Le Cercle de travail sécurité et techniques de défense écrit ainsi que la baisse générale du volume des exportations «menace la survie» de cette industrie. «Si on enlève l’acquisition extraordinaire de la Thaïlande, le recul observé ces dernières années se confirme», s’inquiète Corina Eichenberger.

Depuis des années, l’industrie d’armement est aux abois et tente de faire alléger les règles pour l’exportation du matériel de guerre. Actuellement, l’ordonnance fédérale qui régit ce commerce interdit d’exporter si le pays de destination est impliqué dans un conflit armé interne ou international.

Une première victoire a été remportée devant le parlement en 2014 pour une voix. Pas suffisamment pour les entreprises actives dans ce secteur, qui sont revenues à la charge. À la fin de l’année dernière, plusieurs de ses représentants ont été entendus à deux reprises par la Commission de politique de sécurité du Conseil des États. Leur objectif est de pouvoir exporter leurs produits aussi dans des pays connaissant des conflits armés intérieurs.

Nombreux emplois en jeu
«Alors que la Suisse joue les bons élèves, nos concurrents européens contournent les règles, explique Roger Golay, qui s’est fait le relais de ces préoccupations au National. Nous n’avons pas à être plus restrictifs que nos voisins. Il est question de nombreuses places de travail en Suisse.»

Les espoirs du bloc bourgeois sont autant de craintes pour la gauche et les ONG. Une lettre signée par vingt-cinq d’entre elles a été envoyée il y a quelques jours au gouvernement afin qu’il ne cède pas aux exigences des marchands d’armes. «Il faudra voir à l’usage comment se positionne Ignazio Cassis, réagit Pierre-Alain Fridez (PS/JU). Didier Burkhalter avait une attitude exemplaire en termes de promotion de la paix.»

Plusieurs rappellent d’ailleurs le bras de fer qui avait opposé en 2016 le Neuchâtelois à son collègue de parti Johann Schneider-Ammann lorsque ce dernier souhaitait revenir sur le moratoire pour l’exportation de matériel de guerre vers l’Arabie saoudite, alors en conflit avec le Yémen. «On sait que les majorités sur les questions liées aux droits humains sont souvent de quatre contre trois», rappelle Alain Bovard, juriste au sein d’Amnesty International. «Avec le départ de Didier Burkhalter, on perd un important garde-fou», tranche Lisa Mazzone (Verts/GE). (24 heures)

Créé: 27.02.2018, 21h30

Allemagne et Thaïlande en tête

Après deux années de baisse, les exportations suisses de matériel de guerre ont augmenté de 8% en 2017, pour se porter à 446,8 millions de francs (+34,7 millions). Les principaux pays destinataires ont été l’Allemagne (117,7 millions), la Thaïlande (87,6 millions) et le Brésil (32,9 millions). Suivent l’Afrique du Sud et les États-Unis. La Suisse a exporté vers 64 pays, a précisé mardi le Secrétariat d’État à l’économie (SECO), qui délivre les autorisations. Les armes de guerre représentent 0,15% du total des exportations.
Les principales ventes ont concerné des systèmes de défense antiaérienne vers la Thaïlande (87,6 millions), différents types de munitions vers l’Allemagne (78,3 millions) et des appareils de conduite de tir pour systèmes de défense antiaérienne vers le Brésil (32,9 millions). Le matériel de conduite de tir représente d’ailleurs 39,4% des livraisons effectuées l’an dernier, tandis que les munitions et de leurs composants constituent 30,5% du volume total.

ATS

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