«Le centre droit fait preuve de lâcheté politique»

ImmigrationChristian Levrat juge «ridicule» la surenchère de l'UDC sur les migrations. Il tacle au passage les autres partis bourgeois, accusés de mener «double jeu».

Le président du PS suisse était en fin de semaine à Chandolin, dans le Val d'Anniviers, pour l'Université d'été du parti.

Le président du PS suisse était en fin de semaine à Chandolin, dans le Val d'Anniviers, pour l'Université d'été du parti. Image: Keystone

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A entendre Christian Levrat, le Parti socialiste serait la seule formation gouvernementale à assumer ses responsabilités en ce moment. A l'occasion de l'Université d'été du deuxième parti du pays, à Chandolin, le président du PS pose un constat: il reste dix-huit mois à la Suisse pour appliquer l'initiative contre l'immigration de masse du 9 février 2014 et le dossier a peu progressé.

Or, la campagne monothématique de l'UDC sur les migrations ne mène à rien, selon le Fribourgeois. Quant aux partis du centre droit, ils sont accusés de bloquer le dossier européen par manque de courage. Interview

Christian Levrat, le sujet de l’asile et des migrations occupe toute la campagne des élections fédérales et c'est l’UDC qui donne le ton. Le PS n’a-t-il pas du souci à se faire?

Pas du tout. D’abord sur l’asile, ma conviction est qu'il y a la place en Suisse pour une politique d'asile généreuse face à des gens véritablement persécutés. L’'immense majorité de ceux qui viennent, les Syriens comme les Érythréens, ont besoin de protection. Ce que je vois, c’est plutôt une radicalisation permanente qui conduit l’UDC à des positions de plus en plus ridicules. Le fait que l’UDC remette systématiquement en question les droits de l’homme et veut en finir avec le droit d’asile est indigne d’un parti gouvernemental.

Les sondages montrent que ce problème est celui qui préoccupe le plus les citoyens en ce moment…

Oui, mais j’ai le sentiment que la majorité de la population soutient la politique d’asile menée par notre conseillère fédérale, Simonetta Sommaruga. Une minorité d’élus de droite tente à tout prix de faire naître une polémique. Quitte à se montrer ridicules et à s'autoproclamer spécialistes de la situation en Erythrée. On a même entendu un conseiller d’Etat lucernois, PDC, du haut de sa connaissance approfondie de la Suisse centrale, nous déclarer que l'Erythrée est un pays démocratique et qu'il n'y a pas de persécution. L'ensemble des pays de l'Union européenne (UE) et les ONG disent l'inverse, mais cela ne semble pas le gêner.

Ne faut-il pas trouver des moyens pour restreindre l’immigration?

Oui, mais pas comme ça. Plus généralement, la Suisse est en droit de gérer elle-même sa politique migratoire, encore faut-il s'entendre sur les moyens. Il est illusoire de penser qu’on pourra introduire des contingents tout en maintenant les bilatérales, je crois que tout le monde l’a compris. La solution de l’UDC est claire, elle veut dénoncer les bilatérales. Malheureusement les deux partis du centre, le PDC et le PLR, font encore comme si il était possible de faire coexister les accords bilatéraux et l'introduction de contingents. Ils le font pour des motifs électoraux afin de rassurer leur aile droite et de lui laisser entendre que l'initiative de l'UDC peut être appliquée de manière stricte.

Vous ne croyez pas à la possibilité de trouver une voie médiane?

Non, on ne peut pas prétendre tout et son contraire. Je constate que nous sommes à mi-chemin du délai de trois ans pour appliquer l’initiative «contre l’immigration de masse» et aucune solution ne se dessine. Philippe Müller, le président du PLR, propose de réduire l’immigration des pays tiers. Ce n’est pas crédible. Il oublie de dire que cette immigration-là touche les travailleurs spécialisés et le regroupement familial. Est-ce qu'il veut vraiment interdire aux informaticiens américains de Nestlé de faire venir leurs épouses? Est-ce qu'il pense vraiment que c'est l'avenir du personnel qualifié dont les entreprises de ce pays ont besoin? Actuellement, le dossier ne progresse plus à cause du double jeu du PLR et du PDC pour des raisons électorales. Il y a une forme de lâcheté politique.

Et vous, que proposez-vous pour appliquer l’initiative?

Nous réclamons des mesures de politique intérieure, un contrôle accru des salaires, des mesures dans la politique du logement et des infrastructures. Il faut faire en sorte que la libre-circulation ne soit pas perçue par la population comme une charge mais qu'elle en retire aussi quelques bienfaits. Pour moi, c'est compatible avec l'article constitutionnel. Mais cela nécessite d’avoir le courage de dire à la population que l'UE n'acceptera jamais les contingents. Nous, nous avons décidé de choisir les bilatérales, mais nous voulons prendre des mesures pour rentre cette libre-circulation profitable à tous. Un tel courage politique manque hélas aux partis du centre droit.

Cela suffirait-il à faire baisser le solde migratoire?

En partie seulement, il ne faut pas se faire d'illusion: le solde migratoire dépend de l'état de notre économie. C'est le besoin de main-d’œuvre qui est déterminant. Ce qu'on peut faire, c'est faciliter l'accession des femmes au marché du travail, ou prendre des mesures pour soutenir les salariés les plus âgés. On vit des situations dramatiques et la droite en appelle toujours à la bonne volonté de l'économie, comme elle le fait depuis dix ans. Cela fait dix ans que la situation se dégrade, mais cela ne semble pas les gêner.

Le fait de taxer les entreprises qui embauchent à l’étranger, comme le PS le propose dans son «plan d’action Tessin», n’est-ce pas une solution UDC?

Pas du tout, nous en parlons au PS depuis longtemps. Le canton du Tessin est un cas particulier, qui souffre énormément de la proximité de l’agglomération de Milan et ses dix millions d'habitants. Le salaire moyen au Tessin est plus bas que dans le reste de la Suisse: 44'000 francs au lieu de 54'000. On ne peut pas laisser le Tessin seul face à ses démons. Je suis assez frappé de voir que les autorités fédérales, à commencer par le Secrétariat d’Etat à l’Economie (SECO), sont totalement sourds à toute idée concrète pour aider le Tessin. Nous sommes les premiers à présenter un plan global avec quelques dizaines de mesures particulières.

Malgré tout, le thème des migrations ne risque-t-il pas de donner des ailes aux adversaires du PS?

Non, une majorité du peuple soutient nos propositions sur la retraite, la politique du logement et l’intégration des travailleurs âgés dans le marché du travail. En septembre, le Parlement traitera de la prévoyance-vieillesse et du tournant énergétique. L’UDC n’a aucune proposition sur ces sujets qui puisse convaincre une majorité du peuple. Voilà pourquoi ils essaient de lancer un faux débat sur l’asile.

Créé: 09.08.2015, 15h39

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