Les CFF annoncent la fin des billets en papier

Transports publicsLors du colloque Ouestrail, la cheffe du service Voyageurs a estimé que les titres de transport ordinaires pourraient être supprimés d'ici 10 à 15 ans.

Image: Keystone

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«Nous pouvons garantir la vente des billets ordinaires pour dix à quinze ans. Au-delà, nous ne prenons pas d'engagement», a indiqué la directrice du service Voyageurs des CFF lors du colloque de l'association Ouestrail hier à Yverdon-les-Bains. Jeannine Pilloud a expliqué que les usagers occasionnels du rail entraînaient des coûts élevés pour la vente des titres de transport.

On l'aura compris, l'avenir est aux billets électroniques et autres cartes à puce. Le SwissPass, le nouveau sésame rouge des transports publics suisses, était d'ailleurs la vedette de ce 11e colloque. Avec pour guest-stars, Karen Slijkhuis, analyste des données de l'«OV Chipcard» (la carte à puces des entreprises de transports néerlandaises) et Joost Mortier, directeur de ce programme.

Succès indéniable au Pays-Bas

Distribuée depuis 2009 à 14 millions d'exemplaires – dans un pays comptant 16,8 millions d'habitants – la carte néerlandaise est un succès indéniable. «Lorsqu'il a été lancé il y a une quinzaine d'années, le projet visait à améliorer la sécurité des gares, à simplifier l'utilisation des billets et à lutter contre la fraude. Mais pas à réduire le personnel», a expliqué Karen Slijkhuis. Il s'est concrétisé sous la forme d'une carte à puce qui doit être présentée pour ouvrir les portillons d'accès aux quais ainsi qu'à la fin du parcours (système Check-in-Check-out, ou CICO).

La carte permet d'acquérir d'autres services – location de voitures ou de vélos, etc. – dans une perspective d'offre de transport globale. Le paiement s'effectue soit en chargeant un montant déterminé (prépaiement), soit par facture à la fin du mois. L'investissement total, avec l'équipement des gares s'élève à près d'un milliard d'euros. Avec cette carte, le Mobility Pricing (tarifs différenciés selon les heures et les jours), prôné par certains spécialistes en Suisse, est devenu une réalité aux Pays-Bas. «Cependant, reconnaît Karen Slijkhuis, on n'a pas constaté de modification visible des flux de voyageurs depuis l'introduction de l'OV Chipcard.»

Extension prévue

Si les Pays-Bas ont servi de modèle lors de l'étude du SwissPass, le résultat est très différent à l'arrivée, puisque la carte suisse est présentée dans les trains comme un abonnement traditionnel. Elle intègre seulement l'abonnement général, le demi-tarif et des services additionnels (location de voitures et de vélos, skipass, etc.) pour le moment. Une extension progressive à d'autres abonnements et prestations est prévue. La principale difficulté rencontrée en Suisse a été le nombre et la diversité des entreprises de transport (240 contre une vingtaine aux Pays-Bas), ainsi que le nombre très important d'abonnés.

Hier, les participants se sont accordés sur le fait que le modèle hollandais n'en est plus un pour la Suisse. Le Mobility Pricing et l'exploitation des données des usagers suscitent de fortes réticences et ne peuvent pas être transposés tels quels. En outre, le SwissPass constitue maintenant une base afin de passer à l'étape suivante qui pourrait être celle du Be-in-Be-out (BIBO), système reposant sur une carte à puce RFID qui est détectée lorsque le voyageur entre et sort du train ou du bus. Un essai est d'ailleurs prévu l'an prochain dans la région de Zoug.

Créé: 06.11.2015, 17h26

Gian Mattia Schucan

Spécialiste en billettique



Pourquoi le modèle hollandais ne vous paraît-il pas applicable en Suisse?

Il y a trois raisons qui militent contre un tel système de carte à puce actionnant des portillons d’accès et de sortie dans les gares. D’abord, les Suisses sont habitués depuis toujours à un système ouvert, sans restriction d’accès aux gares et aux quais. Ensuite, la Suisse comprend un nombre très important d’abonnés: pour ces usagers, ce serait une régression de devoir sortir une carte pour entrer dans le train ou le bus et pour en sortir. Enfin, il y a des considérations de coûts. Le système du check-in-check-out (CICO) à la hollandaise impose d’installer des tourniquets, des barrières, voire d’élargir les passages sous-voies. Je pense que le BIBO (be-in-be-out) reposant sur une carte à puce détectée lorsque le voyageur entre et descend du véhicule est mieux adapté aux réalités helvétiques.

Mais la Suisse emprunte une autre voie avec le SwissPass…
Le SwissPass est une étape intermédiaire indispensable avant de passer à un système comme le BIBO. Quand la décision a été prise de lancer le SwissPass, toutes sortes de systèmes commençaient à apparaître parmi les entreprises de transport. Il a été déjà difficile de s’entendre sur un standard. Passer directement à un système plus évolué aurait été vraiment complexe.
Pour l’usager, quels sont les avantages du SwissPass?
Il peut acheter et prolonger en ligne son abonnement et l’utiliser immédiatement. Avec l’intégration des communautés tarifaires à la fin 2016, l’utilité sera encore accrue. Pour les entreprises, le SwissPass est une base offrant de nombreuses possibilités de développement.

Comment le téléphone portable se positionne-t-il dans ce contexte de la billetterie?
Concernant le BIBO, une application sur portable est difficilement envisageable dans l’état actuel, mais l’évolution est très rapide. Aujourd’hui, le portable permet d’acheter en deux clicks un abonnement et de le passer sur le SwissPass. Parmi les prestataires de solutions IT, il y a une concurrence très saine qui aboutit au développement de prestations toujours plus performantes.

A terme, l’avenir est donc au BIBO…
Dans le contexte suisse, avec beaucoup d’abonnements, le BIBO présente beaucoup d’avantages. C’est le plus performant pour la clientèle et le plus efficace en termes d’infrastructures. En effet, il faut juste équiper les véhicules de détecteurs. La technologie est disponible, il convient de tester la mise en œuvre lors d’essais-pilotes, dans l’idéal à l’échelle d’une région. Si la Suisse s’engage dans cette voie, elle fera œuvre de pionnière.

Quels sont les obstacles?
Il faut se mettre d’accord avec 240 entreprises de transport. Ce n’est pas évident de convaincre alors que l’utilité et les avantages ne sont pas encore tangibles pour l’exploitant et l’usager. Concernant la protection des données, il faudra faire un important travail de conviction et être tout à fait transparent.

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