«Changer de ministre ne nous sortira pas de l’impasse européenne»

Démission BurkhalterFrançois Cherix, le président du Nomes, appelle le Conseil fédéral à reprendre l'intégration de la Suisse dans l'UE.

François Cherix, président du Nouveau mouvement européen suisse (NOMES).

François Cherix, président du Nouveau mouvement européen suisse (NOMES). Image: Odile Meylan -A

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Le Conseil fédéral tient ce vendredi une séance spéciale sur sa politique européenne. Elle intervient deux jours après l'annonce de Didier Burkhalter de quitter le Département des Affaires étrangères. François Cherix, le président du Nouveau mouvement européen suisse (NOMES), estime que le coup d'éclat de Burkhalter doit être entendu. Interview.

La démission de Didier Burkhalter, c’est un coup dur pour les pro européens en Suisse.
A priori, ce n’est pas une bonne nouvelle. Les blocages dans le dossier européen ne sont pas étrangers au découragement de M. Burkhalter. D’un autre côté, c’est aussi un signal envoyé par le ministre comme quoi on ne peut pas rester dans les blocages actuels. Cela peut se transformer en nouvel élan.

Quel élan? A Berne, le discours que l’on entend auprès de la droite alémanique est: «on veut un nouveau ministre plus à droite et plus ferme avec l’UE».
C’est juste. Nous courrons le risque absolu qu’on descende encore d’un cran dans l’europhilie des ministres. Ce n’était pas du tout le message de Burkhalter. La droite est à rebours de l’Histoire. Celle-ci, avec la France de Macron, l’Allemagne et l’Italie nous envoie le message suivant: «Attention, nous Européens, si nous ne serrons pas les rangs, nous allons nous faire détruire». Des environnements du type Trump, Poutine ou Erdogan mettent l’ensemble du continent en danger. Face à cela, il faut être européen, défendre l’Europe, défendre nos valeurs et notre économie. Le phénomène Brexit ouvre aussi les yeux aux gens en montrant que ce n’est pas si facile de jouer tout seul, même quand on est une grande nation comme le Royaume-Uni.

Le départ de Burkhalter, c’est aussi le signe que l’accord institutionnel, avec la Cour européenne de justice comme instance de règlement des litiges, a définitivement du plomb dans l’aile.
Oui, cette solution n’a pas de soutien politique, malheureusement. Ni au Conseil fédéral, sinon Didier Burkhalter serait resté, ni dans les partis. Mais quelle est l’alternative? Il faut avancer sur le dossier.

L’accord institutionnel a été rebaptisé «accord de consolidation des Bilatérales». Vous pensez que cela sera suffisant pour parer l’attaque sur «la soumission aux juges étrangers»?
Non. Il faut absolument expliquer aux Suisses que l’on ne doit pas changer de ministre pour sortir de l’impasse européenne. La Suisse doit changer d’attitude. Nous avons l’obligation de développer notre relation avec l’Union européenne et reprendre notre intégration.

Qu’attendez-vous du Conseil fédéral qui se réunit ce vendredi pour une séance spéciale sur sa politique européenne?
Une prise de conscience que le signal donné par Didier Burkhalter n’est pas anodin. Nous sommes dans une séquence européenne importante. Avec d’un côté une Europe qui se réveille (défaite des populistes, présidence Macron, nouvelle dynamique France-Allemagne) et d’un autre côté la Suisse qui court le risque de se rendormir complètement, avec des conséquences graves dans quelques années. J’espère que le Conseil fédéral est conscient de l’importance historique de sa discussion.

Doris Leuthard a dit à Bruxelles qu’elle visait un accord cadre avec l’UE à la fin de l’année. mais que cela ne serait pas un drame si cela n’aboutissait pas. D’accord?
Non, pas du tout. Il y a sans doute un message de protection de sa part pour ne pas se retrouver en situation trop difficile sur le plan intérieur. Mais si on est à nouveau dans une situation d’échec ou d’attente, le crédit de l’accord cadre va fortement diminuer. Et l’isolement de la Suisse va augmenter.

Une situation bloquée n’est pas si grave. Lors du vote sur l’EEE, on a aussi menacé du pire en cas de non. Or la Suisse est toujours là avec une santé économique insolente par rapport à la majorité des pays européens.
Tout à fait. Il y a une forme de paradoxe. On peut avoir l’impression qu’au fond tout va bien. Mais on va se trouver de plus en plus inféodé à des processus qu’on ne contrôle pas si on veut maintenir nos relations avec l’UE. L’écart entre un développement de l’UE et nous va encore augmenter. On le paiera de tout façon un jour. Les blocages sur l’accord institutionnel, c’est en quelque sorte le prix du refus de l’EEE. L’Histoire présente toujours la facture.

Le mouvement d’éloignement de la Suisse avec l’UE continue quasi inexorablement. Refus de l’EEE, demande d’adhésion jetée à la poubelle par le Parlement, et maintenant des frictions toujours plus importantes sur les Bilatérales. Vous déprimez au Nomes?
Cela nous inquiète. Nous ne sommes pas déprimés car notre nature profonde n’est pas d’être découragés. Surtout que la réalité nous donne raison. Plus personne ne croit qu’on peut revenir aux Etats nations, à part des idéologues nationalistes. Tout le monde est conscient que si l’Europe ne s’unit pas, elle va être complètement dépassée par les grands blocs environnants. L’avenir montrera que notre travail et nos analyses étaient pertinents. J’ai le sentiment que l’opinion, même en Suisse, commence à changer.

La cause européenne n’est plus vraiment défendue haut et fort par le PS auquel vous appartenez. Un crève-coeur?
Cela ne me réjouit pas. Mais je peux comprendre les attitudes prudentes du PS car ce n’est pas porteur de brandir le drapeau européen très haut. Les socialistes sont plus Européens dans leur coeur que dans leurs paroles. Je souhaite que mon parti puisse reprendre l’offensive quand le moment sera venu. Il y a quand même un symbole extrêmement fort d’avoir vu un président de la République française se faire élire en défendant l’Europe au milieu des drapeaux européens.

Créé: 16.06.2017, 12h18

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