La Chaux-de-Fonds a le moral au plus bas

ReportageLa cité horlogère, qui se sentait déjà oubliée, est touchée par des crises financière et hospitalière.

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«Vivre ici, c’est loin d’être un enfer!» s’exclame Marc Bloch. De son entreprise, le patron des cafés La Semeuse a une vue plongeante sur La Chaux-de-Fonds. Cette ville, il l’aime. Parce que c’est la ville à la campagne. Parce que, même si elle est un peu «de l’autre côté de l’Oural», elle propose une offre culturelle étendue. Mais le sexagénaire s’inquiète pour l’avenir. Et il n’est pas le seul. La cité a le moral en berne depuis qu’une crise financière s’est ajoutée au conflit hospitalier.

«Les autorités se sont discréditées», commente Marc Bloch. Et de rappeler qu’avant l’affaire Monnard il y a eu celle Legrix – l’édile UDC qui s’est vu retirer ses départements par ses collègues en août 2013, mais a été réintégré suite à l’enquête d’un expert indépendant.

Dans les rues de la troisième ville romande, les citoyens s’interrogent aussi. Pourquoi n’a-t-on pas tiré la sonnette d’alarme plus tôt? Si Pierre-André Monnard est pointé du doigt, le reste de l’Exécutif en prend aussi pour son grade. «Amateurisme», «gestion de gniolus»: beaucoup espèrent un changement. «Ils sont si peu dignes que j’ai peur que, si l’on se présente aux prochaines élections communales avec Cuche, cela marchera encore mieux qu’au Conseil d’Etat. Et ce n’est pas peu dire», plaisante le comique Barbezat, un enfant du lieu exilé dans le canton de Vaud.

«Je peux comprendre que la population, qui ne connaît pas forcément la machine politique, nous mette tous dans le même panier», réagit la présidente de la Ville, Nathalie Schallenberger (Verts). Le manque de curiosité du collège sur l’état des finances? «L’Exécutif est basé sur un rapport de confiance. Ne serait-ce que parce qu’il serait compliqué de tout contrôler.» Les informations ont été transmises «de manière orale, comme cela se fait depuis des décennies». Et les réponses ont «à chaque fois été positives».

Subventions incertaines

Nathalie Schallenberger appelle aussi à voir ce qui a été fait durant cette législature difficile, comme la promotion médicale pour attirer des généralistes ou la mise en place de guichets sociaux régionaux. Mais les Chaux-de-Fonniers craignent surtout d’être «la risée de la Suisse», comme le dit Marc Bloch. L’entrepreneur redoute encore la baisse des investissements publics alors que des licenciements ont été annoncés.

Comme beaucoup d’autres, Corinna Weiss partage ce souci. La trentenaire vient d’ouvrir un centre d’art contemporain dans les anciens abattoirs. C’était le 20 février, le jour où elle apprenait les difficultés financières de la Ville. Depuis, Quartier Général, l’association qui gère les lieux, ne sait pas sur quelle subvention elle pourra compter.

Pourtant, Corinna Weiss veut y croire. Sa ville, elle la voit comme un petit Berlin: «Des choses positives se font ici! Regardez, nous avons un superprojet.» Ne pas baisser les bras: Jacques Froidevaux, de Plonk & Replonk, lance le même appel. Selon lui, les Chaux-de-Fonniers ont toujours dû se battre: «A la limite, cette ville n’aurait pas dû exister. Amener l’eau courante a été un défi, la construction du chemin de fer une prise de risque terrifiante.»

Sentiment d’être oubliés

Si l’illustrateur se moque des clichés en lançant un appel à tricoter des écharpes pour les pingouins frigorifiés de sa ville, il s’inquiète sérieusement pour les infrastructures de sa région. Ici, personne n’a oublié le refus par le peuple du TransRUN, en 2012. L’école d’ingénieurs, les classes professionnelles du Conservatoire ou la maternité ont aussi quitté le haut du canton. Si ces décisions ont été justifiées, leur accumulation donne aux Montagnes neuchâteloises le sentiment d’être oubliées. La crainte, aussi, d’être «vidées», comme dit un passant. «Si nous ne nous battons pas, nous allons devenir une banlieue, avertit Jacques Froidevaux. Mais les derniers événements, même si le trou annoncé ne correspond qu’à 5% du budget, découragent les gens. C’est un peu le dernier coup de marteau.»

«Le danger est que les gens se distancient du politique», renchérit Robin Erard, membre du collectif Le Haut veut vivre. Créé après le non au TransRUN, ce groupe a lancé des initiatives pour une liaison ferroviaire rapide avec le Bas et pour un service pédiatrique avec maternité dans les Montagnes. «Une ville sans hôpital est moins attirante, souligne-t-il. Sur ce dossier aussi, les autorités ont été faibles. Elles ont accepté la fusion sans demander des garanties suffisantes.» Ces regroupements ne sont-ils pas nécessaires? Robin Erard est persuadé que sa région possède la masse critique suffisante. Il en veut pour preuve le rachat, par le groupe Genolier, de la Clinique Montbrillant, située sur les hauts de La Chaux-de-Fonds.

Créé: 11.04.2015, 21h13

Deux dossiers plombent le Haut

Crise financière Les Chaux-de-Fonniers ont appris fin février que les comptes 2014 de la Ville affichaient un déficit de 12 millions de francs, alors que le budget prévoyait un bénéfice de 2 millions. Le PLR Pierre-André Monnard, grand argentier communal à qui l’on reproche de ne pas avoir tiré la sonnette d’alarme, a démissionné et le budget 2015 doit être revu.
Des coupes de 10% dans les subventions et une retenue sur les salaires des employés allant jusqu’à 3% sont prévues. Plusieurs projets, comme la construction d’une piscine couverte, sont menacés. Il faudra les redimensionner, avertissent les autorités locales. Les détails seront révélés le 24 avril.
Crise hospitalière En janvier, le Conseil d’Etat neuchâtelois a gelé une partie de la rénovation de l’Hôpital de La Chaux-de-Fonds, remettant en cause la répartition des missions entre hôpitaux votée par le peuple
en 2013. Depuis, les urgences chirurgicales pour lesquelles le pronostic vital du patient est engagé ont été centralisées à Neuchâtel et le bloc opératoire du Haut fermé les week-ends et les jours fériés. La crise est plus large à l’Hôpital neuchâtelois (HNE), où plusieurs départs ont été annoncés. Le directeur général et le directeur financier ont notamment jeté l’éponge. Vendredi, L'Express et L’Impartial ont révélé que la directrice médicale, Anne-Françoise Roud, a démissionné. Le radiologue du Centre du sein, situé à La Chaux-de-Fonds, a fait de même.

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