Le chef des espions suisses montre les dents

RenseignementJean-Philippe Gaudin et Guy Parmelin détaillent les lignes rouges que les espions russes ou autres ne doivent pas franchir.

Jean-Philippe Gaudin, patron des Renseignements suisses, vendredi à Berne: une prestation martiale.

Jean-Philippe Gaudin, patron des Renseignements suisses, vendredi à Berne: une prestation martiale. Image: Keystone

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Quel contraste! Alors que l’ancien chef des services secrets, Markus Seiler, était sinueux, réservé et administratif dans sa communication, son successeur, Jean-Philippe Gaudin, détonne. Il déborde d’énergie, a le verbe tranchant et une voix de stentor, comme s’il parlait à une troupe de soldats sur le terrain.

Vendredi à Berne, en compagnie de son chef politique Guy Parmelin, il a tiré le bilan de ses 100 jours à la tête du Service de renseignement de la Confédération (SRC). Il a aussi fait le point sur la nouvelle loi sur le renseignement, en vigueur depuis un an et qui décuple les moyens de surveillance de l’État.

L’affaire des espions russes, pris la main dans le sac en train d’espionner l’agence antidopage à Lausanne ou le laboratoire de Spiez, fait monter la moutarde au nez du SRC et du Conseil fédéral. «De l’espionnage, il y en a toujours eu en Suisse, explique Gaudin. Nous le tolérons tant que ce n’est pas illégal et que les intérêts suisses ne sont pas touchés. Mais il y a des lignes rouges très claires. Il est intolérable qu’un service étranger s’en prenne à nos infrastructures critiques comme le centre atomique, biologique et chimique de Spiez.

» Il est aussi inacceptable de mener des actions cyber contre les organisations internationales sur sol suisse. Il y va de la crédibilité et de la souveraineté de notre pays.» Guy Parmelin enfonce le clou en disant que la Suisse ne «tolérera pas de tels agissements». Et il attend du SRC «des résultats».

«Les trois priorités: terrorisme, espionnage et extrémisme»

Pour Gaudin, le terrorisme reste la première menace pour la Suisse. «Elle est permanente et représente un danger immédiat.» Il affirme que le SRC a déjoué une menace importante mais refuse d’en dire plus. Comme il ne dira pas combien de personnes font l’objet d’une surveillance ultrapoussée, désormais permise par la nouvelle loi sur le renseignement. «Nous donnerons le chiffre une fois par an pour ne pas donner des indices sur les surveillances en cours.» Les deux autres priorités du SRC: le contre-espionnage et l’extrémisme politique ou religieux.

«Une nouvelle loi qui nous a aidés avec les espions russes»

Le chef du SRC estime que la nouvelle loi a donné une force de frappe non négligeable pour confondre les espions russes. «Nous avons été au courant de leurs moindres faits et gestes.» Il ajoute aussi que son service a désormais la possibilité de «remonter dans le temps, ce que nous n’avions pas le droit de faire auparavant». Cela signifie que le SRC peut éplucher les données antérieures sur les téléphones portables, les cartes de crédit, les moyens de transport, etc. Gaudin souligne aussi qu’avec les passeports biométriques, il devient plus difficile pour les espions de changer d’identité comme de chemise.

«Administration trop lourde aux frais de l’opérationnel»

Gaudin n’a rien contre la surveillance de son service par le Conseil fédéral, la justice ou le parlement. Il estime ces autorités légitimes et démocratiques. Mais il se plaint que ses tâches administratives envers ces entités, lors d’une surveillance poussée par exemple, empiètent trop sur le fonctionnement du SRC. «Elles se font au détriment de l’opérationnel et cela nuit à l’efficacité sur le terrain.» Guy Parmelin l’a entendu et a déjà débloqué en urgence quelques postes supplémentaires. Le chef du SRC remettra en fin d’année une demande en bonne et due forme pour plus de moyens. «Mais je ne vais pas venir avec la liste du Père Noël. Ce ne serait pas professionnel.»

«Un centre qui seraopérationnel 24 h sur 24»

Gaudin veut sortir le SRC de son carcan administratif. «Nous devons prendre des risques dans l’analyse et dans l’opérationnel. Il nous faut devenir plus percutant et anticiper davantage.» Il annonce dans la foulée que le Centre fédéral de situation a été doté de deux postes supplémentaires pour devenir opérationnel 24 h sur 24 et 7 jours sur 7 dès avril 2019. Les domaines cyber et du contre-espionnage hériteront de 26 postes en plus.

Le style martial et brut de décoffrage du nouveau patron inaugure-t-il une communication plus intensive et transparente sur les activités des services secrets? Gaudin met tout de suite le holà: «Je n’ai pas accepté ce job pour occuper le devant de la scène. Nous devons être efficaces mais discrets. Parfois, moins on en dit, et mieux cela protège nos opérations en cours.»

Créé: 20.10.2018, 08h22

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