Le chêne résiste sur le Plateau malgré la canicule

EnvironnementLes forêts suisses ne paraissent pas menacées de disparition, mais celles-ci souffrent et requièrent des soins. Analyse.

Le chêne des Bosses à Châtillon (JU) est considéré comme le plus vieux et plus grand chêne d'Europe (il serait âgé de près de mille ans). Il mesure 20 mètres de haut et près de 9 mètres de circonférence. Il doit son nom aux protubérances de son tronc.

Le chêne des Bosses à Châtillon (JU) est considéré comme le plus vieux et plus grand chêne d'Europe (il serait âgé de près de mille ans). Il mesure 20 mètres de haut et près de 9 mètres de circonférence. Il doit son nom aux protubérances de son tronc. Image: GILLES SIMOND

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De toutes récentes observations dans des forêts vaudoises et valaisannes le prouvent: différents types d’arbres risquent de disparaître sur certains sites, relativement rapidement. Avant tout à cause du réchauffement climatique, de la sécheresse et des diverses atteintes à l’environnement. Peter Brang, chercheur en écologie et gestion forestière au WSL (Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage), nous livre son analyse de la situation. Sans pessimisme, tout en réalisme. Entretien.

Quels sont les arbres les plus menacés aujourd’hui en Suisse et combien de temps pourront-ils encore résister?
Les recherches du WSL démontrent qu'en Suisse des phénomènes de dépérissement étaient, pendant plus de dix ans, limités au pin sylvestre sur des sites très secs en Valais. On a aussi souvent vu des épicéas attaqués par les bostryches, surtout après des tempêtes ou des canicules. En plus, la majorité des frênes souffrent d'une maladie causée par un champignon: la chalarose. Mais la sécheresse extrême de l'été et de l'automne 2018 a changé la situation. Maintenant, d'autres essences principales, comme le sapin blanc et le hêtre, sont aussi touchées. Même si beaucoup d’arbres résistent encore, il n'est pas possible d'estimer le temps pendant lequel ils pourront encore tous persister. Leur dépérissement est en effet causé par des extrêmes climatiques. Il s’agit surtout de périodes sèches. Celles-ci s’avèrent rares, donc difficiles à prévoir. Le réchauffement climatique signifie néanmoins que de tels phénomènes se multiplieront.


Lire aussi: Des étés de plus en plus chauds en Suisse


Quels types d’arbres doivent être privilégiés en Suisse pour y sauver un minimum de forêt?
La meilleure stratégie consiste à promouvoir des forêts mélangées. Ce processus a la vertu de répartir les risques. On favorisera des essences supportant les sécheresses, comme le chêne, le cerisier et le tilleul. Nous ne sommes cependant pas encore dans un contexte où un sauvetage de la forêt apparaît comme une nécessité. Celle-ci est à même de persister comme un écosystème. Même si certaines prestations forestières se trouvent effectivement en danger, comme le bois à titre de ressource renouvelable. Le dépérissement ne touche en plus qu'une partie des essences d'arbres. Notamment dans des régions avec un déficit élevé de précipitations ou sur des sols superficiels. Ceux-ci stockent mal l'eau. La grande majorité des arbres en Suisse ont pu garder leur vitalité.

Le chêne est-il vraiment, comme on l’entend souvent, l’arbre pouvant le mieux résister dans les forêts suisses?
Le chêne profitera d'un climat plus chaud et plus sec sur le Plateau. L'épicéa et le hêtre y souffrent déjà. Dans les régions humides des Alpes et du Jura, c'est en revanche le hêtre qui profitera de la situation et montera en altitude. Ce processus a déjà commencé.

Le sauvetage des forêts suisses nécessite-t-il une large campagne nationale pour anéantir aussi rapidement que possible des insectes comme le bostryche?
Dans un système naturel comme la forêt, il n'est pas faisable ni désirable d'éliminer totalement des éléments naturels comme des insectes, à l’instar des bostryches. Ni d'arroser les arbres. Les forestiers prennent toutefois des contre-mesures immédiates contre les insectes. Ils éliminent par exemple les arbres attaqués, afin de freiner la propagation des ravageurs. Les forestiers ont en outre commencé de mettre en œuvre, dans leur travail journalier, une amélioration de la stabilité à long terme des forêts. Ils favorisent des essences tolérant la chaleur et suppriment leurs concurrents. Ils plantent en plus des essences adaptées aux futurs climats, dans des trouées issues de l'exploitation du bois. Les moyens publics pour financer de telles mesures ont déjà été augmentés. On pourrait dire qu'une campagne nationale est déjà en cours, mais son but n'est pas de sauver la forêt. Il s’agit en fait de réduire les risques pesant sur les prestations forestières.

Les spécialistes du WSL estiment-ils encore possible de développer les forêts nous protégeant des glissements de terrain et autres chutes de pierres?
Les forêts protectrices ne sont pas menacées à grande échelle pour l’instant. Leur gestion consiste actuellement à assurer leur régénération permanente, afin de les maintenir dans un état jeune et résistant. Du fait des changements climatiques, une diversification des essences d’arbres se développera dans les forêts de protection comme dans les autres. Il faut noter que cela se révèle souvent difficile, car les ongulés, comme le cerf, abroutissent les jeunes arbres. Surtout les pousses d’essences tolérant justement la chaleur, comme le chêne. En cas de pertes locales de l'effet protecteur, comme après une attaque de bostryches, on prend déjà des mesures plus intensives. On construit des ouvrages temporaires (en bois) ou permanents (souvent des filets en acier). Ceux-ci renforcent l'effet protecteur.

Créé: 25.06.2019, 12h07

Peter Brang, chercheur en écologie et gestion forestière au WSL.

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