Chêne-Bourg: un suspect arrêté avec les clés de la retraitée agressée

GenèveUn des prévenus, pincé non loin d’un bancomat aux Eaux-Vives, cachait 1000?francs sur lui. Révélations

Image: LAURENT gUIRAUD

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Violent, cruel et cupide. A en croire les premiers éléments de l’enquête, c’est ainsi qu’apparaît l’homme ayant agressé, torturé et séquestré une retraitée dans son appartement à Chêne-Bourg samedi soir. Selon les premiers éléments de l’enquête, dont la Tribune de Genève a pris connaissance, l’homme a frappé la victime à l’œil avant de l’attacher et de lui dérober ses cartes bancaires, ses bijoux et 10?000?francs. Après avoir été ligotée dans sa baignoire, l’aînée a entendu des rires dans une autre pièce, laissant penser que son agresseur n’était pas seul.

Quoi qu’il en soit, deux suspects, un Algérien et un Palestinien, ont été interpellés le soir même vers minuit aux Eaux-Vives à deux pas d’un bancomat UBS. Selon une source policière, un des prévenus avait sur lui les clés de la victime, l’autre cachait un billet de 1000 francs dans sa chaussure. Peu avant, à 23?h, les deux hommes avaient retiré 5000?francs sur le compte de la retraitée. La banque a visiblement mis les inspecteurs sur la piste des suspects.

«Je n’ai besoin de rien»

Le calvaire de l’aînée a commencé vers 21?h samedi. Une personne sonne à sa porte. Elle regarde par le judas. Le corridor est dans l’obscurité. Elle n’aperçoit qu’une ombre et imagine qu’il s’agit d’un colporteur. «Je n’ai besoin de rien», dit-elle. Le malfrat prononce quelques mots qu’elle ne comprend pas. Mais il parvient ainsi à gagner la confiance de la locataire qui ouvre la porte. Il glisse aussitôt son pied dans l’appartement pour empêcher la retraitée de s’enfermer et d’appeler au secours.

Il s’agit d’un homme, de type maghrébin, mesurant entre 1,80 et 1,90?m, dira-t-elle aux enquêteurs. L’inconnu la traîne par les vêtements dans la chambre à coucher et la pousse sur son lit. Il la frappe au visage. Elle tombe sur le matelas, tente plusieurs fois de se relever, mais à chaque fois l’homme, armé d’un long couteau, la rejette sur son lit. Il la somme de se taire ou de parler moins fort et monte le volume de la TV pour couvrir les bruits. Il se met à fouiller l’appartement, s’empare des bijoux de la retraitée et de son argent. En la menaçant, il la somme de griffonner sur un papier le code des cartes bancaires. Il menace même de revenir se venger, avec plusieurs complices, si le code révélé est faux. Le voyou arrache ensuite une lanière d’un sac à main et lui attache les poignets. Il la conduit dans la baignoire, se saisit d’une écharpe et lui lie les pieds. Une fois son forfait accompli, l’homme s’enfuit. Avec un complice? L’enquête le confirmera. Il est passé 22?h: le voisin de la victime, qui a entendu des cris et qui s’étonne du volume excessif de la TV, se rend chez elle. Il lui porte secours puis alerte immédiatement la police.

La version des détenus

Une heure plus tard, cinq retraits de 1000 francs sont effectués avec la carte de la retraitée aux Eaux-Vives. La police quadrille le quartier. Soudain, une patrouille aperçoit les deux suspects devant un autre bancomat qui vient d’avaler la carte. L’interpellation est musclée. Un des policiers est blessé au doigt. Un des prévenus a reçu des coups au visage et sur le ventre. Au poste, les suspects contestent les faits reprochés. Ce duo de multirécidivistes est mis en prévention de brigandage, avec la circonstance aggravante de la cruauté et de l’arme dangereuse, ainsi que de séquestration. Les détenus risquent, selon la loi, une peine oscillant entre 5 et 20?ans de prison. L’un d’eux déclare avoir passé la soirée aux Eaux-Vives chez des amis. Il avait rendez-vous, dit-il, vers 21?h avec le second prévenu, qu’il dit connaître depuis peu. Ce dernier serait arrivé aux Eaux-Vives à 22?h et aurait affirmé avoir reçu une carte bancaire d’une connaissance mais qu’il ne savait pas comment retirer l’argent. Version crédible? Les enquêteurs trancheront. Pour cela, ils attendent, ces prochains jours, les résultats de l’ADN prélevé dans l’appartement de la victime. «Je rappelle qu’ils sont présumés innocents», explique Me Romain Jordan, avocat d’un des suspects. Ce dernier se refuse à tout commentaire. Tout comme Me Corinne Arpin, avocate du second prévenu.

Inquiétante montée de la violence

Les multirécidivistes arrêtés samedi après l’agression d’une septuagénaire affichent un parcours révélateur d’un phénomène observé par la police: les petits délinquants venus du Maghreb passent la vitesse supérieure en termes de délits et de violence. Les peines infligées ne leur font pas peur. Et ils ne peuvent être refoulés.

«Depuis un ou deux ans, certains menacent leur victime avec un couteau ou l’agressent pour obtenir le butin recherché: un sac, une chaîne en or ou un smartphone», décrit François Schmutz, chef de la police judiciaire (PJ). Si le nombre de «brigandages de rue» reste stable, ils sont commis avec plus de violence. Autre constat: «Certains se sont reconvertis dans les cambriolages, en employant la violence, à l’instar de celui commis samedi dernier», relève-t-il. Ils s’introduisent dans les appartements, de jour comme de nuit. S’ils tombent sur une personne, ils n’hésitent pas à la menacer, voire à la frapper pour obtenir argent, cartes de crédit ou valeurs. Si le nombre de brigandages violents est stable, «c’est le degré de violence qui s’accentue».

Les cas de cambriolages ont par ailleurs explosé l’an passé par rapport à 2010. En clair, la moyenne de trente?opérations par jour a largement été dépassée. Ces statistiques seront dévoilées en détail à la fin du mois de mars. A travers ce sordide fait divers, la question des peines infligées aux multirécidivistes se pose. Olivier Jornot, futur procureur général, rappelle que «depuis la réforme du Code pénal suisse en 2007, la récidive ne figure malheureusement plus dans la liste des circonstances aggravantes. Néanmoins, il est parfaitement possible de prendre en compte les antécédents et de requérir une sanction plus lourde contre ceux qui violent sans cesse la loi. Je veux que le message soit clair: on ne peut admettre que des gens s’installent durablement dans la délinquance.» Mais les sanctions pénales restent parfois sans effet. Des mesures d’expulsion peuvent alors être prononcées par l’autorité administrative. Leur application reste pourtant hypothétique: la Suisse peine à négocier des accords de réadmission ou à obtenir leur ratification avec certains pays, comme l’Algérie. «Depuis plusieurs années, nous avons affaire à des ressortissants de pays d’Afrique du Nord issus de certaines banlieues, qui ne peuvent pas être refoulés», observe François Schmutz. Et depuis le Printemps arabe, leur nombre s’accroît. Il est évalué à plus de 200, selon des sources policières.

Sophie Roselli

Créé: 23.02.2012, 07h51