«On cherche une aiguille dans un bloc de béton»

Chamoson (VS)Les recherches des deux disparus virent au casse-tête dans un dédale de boue et de débris où la technologie n’est d’aucune aide.

Le pont sur la Losentse a résisté à la terrible pression.

Le pont sur la Losentse a résisté à la terrible pression. Image: KEYSTONE

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À Chamoson, l’ambiance est lourde, quatre jours après la coulée de lave torrentielle qui a emporté trois véhicules, dont l’un était occupé par un Genevois de 37 ans et une fille de 6 ans. Les recherches se poursuivaient dans la Losentse ce mercredi pour tenter de retrouver les corps des victimes. Au moment où nous l’avons eu au téléphone, le président de la commune, Claude Crittin, venait de quitter la famille. C’est à lui que revient la tâche de décider de poursuivre ou non les recherches. «Nous prendrons la décision de les interrompre lorsqu’un maximum de personnes sera convaincu que c’est la seule qui doit être prise. Pour le moment, le principe veut que lorsqu’il y a une piste, nous la suivons. Les proches des personnes disparues peuvent compter sur une importante solidarité villageoise.»

Des moyens mécaniques lourds ont été engagés dans le lit de la rivière, où des tonnes de décombres se sont accumulées. JULIEN WICKY

Entre le lieu où la maman a vu sa fille se faire emporter par la boue et l’embouchure du Rhône, le terrain d’investigation est long de plusieurs kilomètres. Par endroits, la boue peut atteindre 3, 4 ou même 5 mètres. Et le temps est aussi bien un allié qu’un ennemi. «À mesure que le temps passe, la lave s’égoutte et certaines zones deviennent plus accessibles. En d’autres lieux, la boue sèche et devient dure comme de la pierre, ce qui complique les recherches», confie Didier Maillard, chef de l’état-major de conduite qui gère les opérations de recherche. Dans le lit de la rivière, deux pelles mécaniques de 30 tonnes et une, plus petite, soulèvent les décombres. «C’est terriblement compliqué», soupire le sauveteur.

Détecteurs inutiles

Trois conducteurs de chiens de recherches sont également sur le terrain avec, selon les moments, 15 à 25 personnes de la Protection civile. Quant aux moyens héliportés et autres drones, ils ont quitté les lieux. «Nous étions mobilisés pour faire des repérages lorsque le lit du torrent était inaccessible. Cela n’apporte plus grand-chose en l’état», concède Pascal Gaspoz, guide sauveteur auprès d’Air-Glaciers. Car les systèmes de détection de métaux, thermiques ou de densité des matériaux, ont un effet très limité sur ces dizaines de milliers de mètres cubes de débris; ils sont bien plus efficaces sur les cônes d’avalanches. Impossible aussi, d’ailleurs, de sonder comme on le ferait dans la neige. «Des déchets métalliques, il y en a partout, ajoute Didier Maillard. Il peut s’agir de morceaux de véhicules mais aussi de béton armé, d’échalas pour la vigne ayant été arrachés. Dans un godet de pelle mécanique d’un tiers de mètre cube, on retrouve presque toujours quelque chose.» Les hélicoptères ne sont cependant jamais bien loin. «Nous sommes en attente, surtout si la zone devait se modifier, du fait de la météo», précise Pascal Gaspoz.

Les restes d’une voiture emportée par la lave torrentielle. KEYSTONE

L’image qu’on nous cite la plus fréquemment est celle d’une aiguille dans une botte de foin. Mais pour Claude Crittin, c’est encore pire: «C’est une aiguille dans un bloc de béton et l’aiguille s’est peut-être brisée en mille morceaux.» Il n’est pas certain, en effet, que le véhicule puisse être retrouvé entier dans la masse de boue.

Fouiller le Rhône?

Quant aux occupants, ils ont pu être éjectés. «Et à mesure qu’on descend vers le Rhône, le torrent forme un véritable delta, ce qui complique encore les recherches», explique Stéphane Vouardoux, porte-parole de la police cantonale.

Le Rhône, justement, n’attire pour l’instant que modérément l’œil des secouristes. «Une surveillance a été mise en place à l’embouchure tout de suite après que l’alerte a été donnée dimanche. Que la voiture entière ait été éjectée dans le Rhône nous semble impossible», affirme Didier Maillard sans exclure que des «éléments disparates», et donc des corps, aient pu rejoindre le fleuve. Si ce n’est pas encore la priorité, la possibilité d’envoyer des plongeurs reste ouverte.

Mais outre les difficultés techniques, c’est bien le moral qui commence à peser. «Il y a certes de la fatigue pour ceux qui sont engagés depuis quatre jours, mais nous sommes faits pour durer et les moyens peuvent encore être augmentés», reconnaît le chef de l’état-major. La difficulté, poursuit-il, tient aussi au fait que «tout le monde s’attend à tomber à un moment ou un autre sur un corps et c’est très lourd à supporter psychologiquement».

Habitué des sauvetages complexes et difficiles, Pascal Gaspoz connaît toutes les difficultés de telles recherches. Y compris celles, d’un autre genre, tombant sur la tête de la famille. «Sans corps, il y a tous les aspects légaux et d’assurances qui peuvent virer au véritable casse-tête épuisant.» Et tous sur place d’espérer une issue, aussi douloureuse soit-elle, la plus rapide possible à ce triste événement.

Créé: 14.08.2019, 19h03

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