Les chevaux suisses tirent la langue

AgricultureLes éleveurs sont pénalisés par des conditions-cadres défavorables. Sans parler de pratiques discutables.

Derrière l’image d’Epinal du Marché-Concours de Saignelégier, la situation n’est pas rose pour la filière équine suisse.

Derrière l’image d’Epinal du Marché-Concours de Saignelégier, la situation n’est pas rose pour la filière équine suisse. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Dès vendredi et durant ce week-end, le cheval sera à l’honneur lors du Marché-Concours de Saignelégier (JU). Si cette manifestation haute en couleur réunit le banc et l’arrière-banc des éleveurs de la race franches-montagnes, ces trois jours de liesse ne parviennent pas à masquer les difficultés rencontrées par la filière tout au long de l’année.

Face aux importations, les animaux nés en Suisse – franches-montagnes et demi-sang principalement – ont toujours plus de peine à tirer leur épingle du jeu. Comme tout produit suisse, ils sont handicapés par le coût élevé de la nourriture et du personnel, auquel s’ajoutent des prescriptions de garde très sévères. Au point que les éleveurs affirment exercer leur activité par passion plus que par intérêt financier.

Outre la concurrence de nations comme l’Allemagne (1459 chevaux importés en 2015), la France (900) ou les Pays-Bas (305), les éleveurs font désormais face à des pays de grande tradition équestre comme la Hongrie ou la Pologne. «Des chevaux de grande qualité sont élevés en Europe de l’Est, à des coûts imbattables», souligne Pierre Saunier, responsable du secteur élevage à la Fédération cheval suisse. Des animaux souvent acquis par des Allemands et revendus ensuite en Suisse. A l’inverse, «certains éleveurs suisses font travailler leurs poulains dans les Balkans, pour les ramener en Suisse vers 5 ans», explique Pierre Saunier.

Marché très porteur

En apparence, le marché suisse est très porteur – il a enregistré une croissance de plus de 1800 chevaux par an entre 2002 et 2012 – et devrait offrir à chacun une place au soleil. Ce d’autant plus qu’un contingent fixé à 3822 têtes est censé limiter les importations. La taxe de 120 francs, «qui ne couvre probablement pas les coûts des douanes», estime Charles Trolliet, secrétaire du Conseil et observatoire suisse de la filière du cheval, est si dérisoire que le contingent est épuisé année après année dès la fin de l’été.

Hors contingent, la facture est nettement plus salée, entre 900 et 3834 francs selon la taille de l’animal. De telle sorte que certains professionnels rivalisent d’ingéniosité pour éviter de payer plein pot. La combine la plus courante étant de procéder à une importation provisoire, libre de taxe, d’exporter le cheval à la fin de l’année puis de le réimporter au début de la suivante pour profiter du nouveau contingent.

Depuis 2016, l’Administration fédérale des douanes a tronçonné le contingent en deux tranches de 3000 têtes – épuisée depuis juillet – et de 822 qui sera ouverte dès octobre. «Les places seront chèrement disputées et cette tranche liquidée en quelques semaines», prédit Charles Trolliet. Le vétérinaire de Montheron (VD) ne croit guère en cette demi-mesure visant à calmer les marchands qui souhaitent que les contingents soient augmentés, voire carrément levés.

Inégalité de traitement

Une proposition qui fait grincer des dents les éleveurs. Ces derniers s’élèvent déjà contre l’inégalité de traitement entre l’importation de chevaux en Suisse, pratiquement gratuite dans les limites du contingent, et l’exportation vers l’Union européenne soumise à une TVA pouvant atteindre 33%.

En comparant le renouvellement du cheptel, les importations et les naissances en Suisse, Pierre Saunier, qui pratique l’élevage à Damvant (JU), estime que le compte n’y est pas. Selon lui, un nombre non négligeable de chevaux entrent en douce en Suisse, que ce soit à pied par la frontière verte ou dans un van au nez et à la barbe des douaniers. «Ces derniers ne vont jamais se risquer à entrer dans un camion pour compter les chevaux et encore moins pour lire les puces électroniques.» Et de s’insurger contre le tort supplémentaire causé aux éleveurs par «ces chevaux passés en douce, qui sont très bon marché».

De son côté, Charles Trolliet estime que les acheteurs se focalisent trop sur le prix d’achat. «Ce dernier ne représente qu’une fraction de ce que le propriétaire va payer durant la vie du cheval en pension, en frais de vétérinaire, etc.» Il reconnaît que l’on peut être tenté par un trotteur français réformé vendu 1000 à 2000 euros, mais «l’acheteur doit être conscient que ce magnifique animal exigera déjà beaucoup de travail pour être apte à la monte».

Charles Trolliet estime qu’au-delà du prix, les éleveurs suisses ont aussi des arguments. «En Suisse, un acheteur peut savoir à quel éleveur il a affaire, il a plus de garanties quant à la qualité. Et sur le long terme, un cheval suisse pourra bien lui coûter moins cher qu’un animal importé.»

Créé: 10.08.2016, 08h28

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.