La Chine, ce marché qui fait saliver la Suisse

TourismeLa perspective des Jeux de Pékin de 2022 pousse les Chinois à se mettre au ski. Sur place, Suisse Tourisme travaille à capter cette nouvelle clientèle.

A l’heure de «l’après-ski», la Suisse vente ses paysages et ses produits du terroir sur son pavillon.

A l’heure de «l’après-ski», la Suisse vente ses paysages et ses produits du terroir sur son pavillon. Image: SUISSE TOURISME/DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Raclette, chasselas, chocolats Cailler, sapins et images de poudreuse projetées sur écran géant… A Pékin, Suisse Tourisme met le paquet pour que le Chinois se sente comme dans un chalet. Du 7 au 10 septembre, la Suisse était l’hôte d’honneur de la 2e World Winter Sports Expo (WWSE).

Sur le pavillon helvétique – l’un des plus vastes de la foire –, c’est l’heure de l’«après-ski». Un coup d’œil au stand suisse et aux hordes de visiteurs et de journalistes qui s’y attardent suffit à réaliser que, dans l’Empire du Milieu, notre pays séduit.

Les statistiques le confirment: chaque année, 1,3 million de touristes chinois séjournent chez nous. Mais ce juteux marché entame un tournant historique: l’appel d’air généré par la perspective des Jeux olympiques de 2022 pousse les Chinois à chausser gentiment leurs lattes. Le président Xi Jinping l’a promis: 300 millions de ses compatriotes se mettront aux sports d’hiver, alors que le pays (1,38 milliard d’habitants) n’en compte aujourd’hui «que» 50 millions.

Cinquante stations par an
La Chine se donne les moyens de cet ambitieux objectif: «La vision du sport d’hiver comme but de vacances est récente chez nous, constate Wu Bin, directeur de la station de ski Shijinglong près de Pékin et vice-directeur de la Beijing Ski Association. Mais depuis 2010-2011, de nombreuses stations se sont construites aux alentours de Pékin et sont venues s’ajouter à celles qui existaient notamment dans le nord du pays. Chaque année, 50 nouveaux domaines skiables apparaissent et 60 l’an dernier. En 2015, on dénombrait 15 millions de skieurs. En deux ans, ce chiffre à presque triplé. La croissance est gigantesque et le gouvernement pousse dans ce sens, en encourageant par exemple les écoles à organiser des camps de ski.»

L’enjeu pour les professionnels occidentaux du tourisme? Capter ce tout nouveau segment de clientèle. Suisse Tourisme et l’ambassade de Suisse à Pékin ont fait le forcing pour décrocher le titre d’hôte d’honneur de la WWSE. Avec le partenariat stratégique sino-suisse initié cette année par les autorités des deux pays, le prétexte était tout trouvé. «C’est un travail sur le long terme que nous menons ici, analyse Simon Bosshart, directeur région Asie-Pacifique pour Suisse Tourisme. Le retour sur investissement est minime pour l’heure. Mais la Suisse doit se positionner sur ce nouveau marché. En termes de visibilité, c’est une occasion en or: la chaîne de télévision nationale CCTV est venue sur notre pavillon, elle a relayé notre présence. De nombreux autres médias étaient présents et ont partagé des images de la Suisse.»

Un tremplin pour Lausanne 2020
Directeur des Jeux olympiques de la jeunesse Lausanne 2020, Ian Logan en est convaincu et était du voyage à Pékin. «Si le président chinois affirme que 300 millions de personnes pratiqueront un sport d’hiver d’ici 2022, on peut être certain que cela se fera. Il faut sauter sur l’occasion: les jeunes athlètes chinois doivent venir s’entraîner dans les Alpes vaudoises et pas ailleurs! En Suisse, beaucoup considèrent encore les JOJ comme les «petits Jeux olympiques». Ici, on les voit comme un événement majeur. On doit en profiter et tisser des liens entre nos manifestations.»

Tout reste à construire sur place. Sur le pavillon, Paal Thunæs, responsable des ventes de la chaîne hôtelière Myrkdalen, estime que la WWSE est un observatoire idéal. «On ignore encore tout de ce marché hivernal. La distance, la barrière de la langue et des cultures font qu’il est difficile d’obtenir des informations. Pour l’heure, les touristes chinois se déplacent en Europe avant tout en été. Ce segment s’est beaucoup développé, mais l’hiver reste faible. Comment faire comprendre aux clients que nos fjords et vos montagnes sont aussi beaux à la saison froide? Changer les mentalités prendra du temps. D’autant que les tour-opérateurs proposent encore exclusivement des packages estivaux.»

Simon Bosshart constate les mêmes difficultés en Suisse. «Pour moi, la solution ne passera pas par un travail auprès des tour-opérateurs classiques. Il y a une nouvelle vague de sociétés qui se lancent sur l’offre hivernale, plus par passion que par intérêt économique, d’ailleurs. Ce sont ces entreprises que nous devons capter. Et mettre en place des partenariats avec les stations chinoises pour qu’elles encouragent leurs clients à venir chez nous.»

«Nous sommes ici pour rappeler que notre pays se trouve au cœur des Alpes, que nos montagnes sont les plus belles et que c’est chez nous, à Saint-Moritz, que le tourisme d’hiver est né, en 1864!»

Alors que ces dernières sont toujours plus nombreuses et accessibles depuis les grands centres urbains, la nouvelle génération de skieurs aura-t-elle encore un intérêt à venir en Europe? Wu Bin n’en doute pas: «Le niveau global est encore faible mais grimpe rapidement. Les bons skieurs ne se contenteront pas des stations de la région, dont certaines ne comptent que deux ou trois pistes et un dénivelé faible. Ces clients vont voyager pour découvrir les domaines skiables historiques européens ou nord-américains.» A la Suisse donc de saisir l’opportunité, insiste Urs Eberhard, directeur adjoint de Suisse Tourisme: «Nous sommes ici pour rappeler que notre pays se trouve au cœur des Alpes, que nos montagnes sont les plus belles et que c’est chez nous, à Saint-Moritz, que le tourisme d’hiver est né, en 1864!»

Créé: 23.09.2017, 08h39

Articles en relation

JO 2022: Pékin lance son opération séduction

Sports d'hiver Pékin tente de rallier 300 millions de Chinois aux sports d'hiver afin de favoriser la candidature du pays aux jeux Olympiques de 2022. Plus...

Ce que les Chinois attendent de la Suisse

Visite d'Etat Le président Xi Jinping sera dès dimanche dans notre pays. Sa visite le conduira aussi à l’ONU et au Comité international olympique. Avec quels objectifs? Plus...

Le temple du ski indoor a ouvert à Harbin

Sports d'hiver La plus grande halle de ski au monde a ouvert il y a deux mois au nord de la Chine. Visite des lieux. Plus...

Apéro et Bricotine, deux ambassadeurs vaudois au poil



Sur le stand suisse de la World Winter Sports Expo, c’est la foire d’empoigne. On se presse pour se prendre en photo avec Apéro et Bricotine. Si le service de sécurité contemple la scène d’un œil désapprobateur, les deux saint-bernards semblent prendre à la cool leur statut d’ambassadeurs de Suisse en Chine.

C’est Suisse Tourisme qui a eu l’idée d’inviter Rachel et David Lüthi, deux éleveurs de saint-bernards de Marchissy, et leurs chiens. «Comme la Chine met en avant le panda dans sa diplomatie, nous voulions créer un point de contact au travers de ces chiens, explique Simon Bosshart, directeur région Asie-Pacifique. Ils incarnent bien les valeurs suisses: le côté calme et discret, la convivialité, l’entraide…»

L’opération a fonctionné à merveille à Pékin, malgré quelques soucis au démarrage. «Il faut savoir que les groschiens sont interdits en Chine, raconte Rachel Lüthi. Les faire accepter à la foire a demandé pas mal de négociations. L’ambassade de Suisse nous a beaucoup aidés.» Pour les deux toutous, la tournée se poursuit, passant notamment par Shanghai. Leurs fans maîtrisant le mandarin peuvent les suivre sur le réseau social Weibo.

Quelques chiffres

1,278 million Le nombre de nuitées générées en Suisse en 2016 par les touristes chinois, soit 6,6% du total des nuitées étrangères. Le résultat 2016 est en recul par rapport à 2015 (-16%) mais la moyenne des cinq dernières années montre une progression de 52,8%.

330 fr. La dépense moyenne individuelle par jour. A titre de comparaison, les touristes étrangers dépensent en moyenne 180 francs par jour.

442 millions de fr. Le chiffre d’affaires généré par le tourisme chinois en Suisse en 2016.

67% Le taux de touristes chinois voyageant en Suisse l’été (juin à octobre). A noter que sur les 33% d’hôtes hivernaux, le nombre de skieurs est aujourd’hui faible.

1 à 3 38% des hôtes chinois séjournent en Suisse pendant 1 à 3 jours, 35% d’entre eux entre 4 et 7 nuits et 27% y restent plus de 8 jours.

«L’avenir se trouve en Asie»

La naissance de 50 stations par an en Chine donne des idées aux entreprises actives dans le domaine des sports d’hiver. Bartholet SA était présent à Pékin pour «observer, comprendre ce marché et nous y implanter», résume Thomas Spiegelberg, vice-président du constructeur de remontées mécaniques saint-gallois. L’entreprise réalise 10 à 20% de ses affaires en Suisse. «Un marché prioritaire, mais forcément limité.» Au contraire de la Chine: Bartholet s’y engouffre, travaillant à la construction d’une remontée mixte (télécabine et télésiège) à Altay, dans le nord-ouest du pays. «Notre avenir se trouve en Asie, confirme Thomas Spiegelberg. Il y a, d’une part, le fort développement des sports d’hiver. Mais aussi le défi de la densification des villes. Ici, les embouteillages sont un problème majeur et le transport aérien urbain est en pleine croissance.»

Dans les travées de la WWSE, l’avis est unanime: «La Chine est un marché particulier, estime Walter Reusser, directeur du secteur sports d’hiver de la maison Stöckli. Nous sommes arrivés ici il y a cinq ou six ans. Rapidement, nous avons constaté que nous devions repenser notre réseau de distribution. La vente en ligne ne fonctionne pas comme en Europe. Le modèle des stations est aussi très différent. Ici, c’est souvent un grand groupe qui est propriétaire de l’intégralité des infrastructures – remontées, hôtels, magasins. Être présent sur cette foire permet de mieux comprendre ces mécanismes.» Quoi qu’il en soit, ce marché est crucial: «Le potentiel de croissance est gigantesque et les moyens économiques réels. Si vous expliquez au client ce qu’il gagne à payer plus pour des skis de qualité, il vous suivra. Ici, le savoir-faire suisse jouit d’une excellente réputation.»

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.