Christian Levrat bouscule l’agenda européen du Conseil fédéral

Relations Suisse-UELe président du PS est prêt à risquer un vote sur l’Europe en 2019, année des élections fédérales.

Christian Levrat, président du PS, veut voter sur un accord cadre en 2019 déjà.

Christian Levrat, président du PS, veut voter sur un accord cadre en 2019 déjà. Image: Keystone

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«La situation est catastrophique.» Christian Levrat ne mâche pas ses mots pour commenter l’état des relations entre la Suisse et l’UE. Profitant du traditionnel apéritif de la fête des Rois, le président du PS a fustigé le silence d’Ignazio Cassis. La décision du ministre des Affaires étrangères d’attendre cent jours avant de communiquer n’est pas de son goût. «Se laisser du temps pour faire le tour du propriétaire, c’est bien. Mais pas quand la maison brûle!»

Le Tessinois n’est pas le seul à subir les foudres du Fribourgeois. Christian Levrat a aussi détaillé les erreurs et critiqué la cacophonie du Conseil fédéral en général. «On ne peut pas à la fois presser l’UE de négocier un accord-cadre et reporter tout débat à 2021. Cette stratégie est hypocrite.»

De donneur de leçons, le socialiste s’est mué en maître du temps. Il veut accélérer la cadence. «La question institutionnelle redevient urgente. J’ai cru qu’on pouvait laisser traîner les choses avant de signer un accord. J’ai changé d’avis. J’espère que les autres partis aussi.» L’appel du pied n’est pas adressé à l’UDC, considérée comme un adversaire avec qui il ne sert à rien de discuter, mais au PDC et au PLR.

«À l’époque, ils ont tous deux voté un mandat de négociation, dont ils s’éloignent aujourd’hui. Il faut désormais qu’ils affichent la couleur et se mettent d’accord sur un nouveau mandat d’ici au printemps.» Levrat veut aller vite. «Appuyé par trois partis gouvernementaux, ce mandat pourrait être négocié avec l’UE d’ici à l’automne. Le parlement pourrait le traiter en décembre. Une votation pourrait être organisée en mai 2019.» Soit cinq mois avant les élections fédérales.

Une fenêtre de tir
Le timing de tous les dangers? Pour Christian Levrat, la Suisse n’a pas le choix. «Il existe une fenêtre de tir. Il faut régler ce dossier avant les élections européennes de fin 2019, qui entraîneront des changements au sein de la Commission.» Il craint aussi qu’à force d’attendre – dans un contexte où l’UE a mauvaise presse – le peuple se distancie des Bilatérales. «Cette phase d’insécurité profite à nos adversaires.»

Encore faut-il que le centre droit partage l’agenda socialiste. Or le PDC n’est pas aussi pressé. Lors de son propre apéritif, un peu plus tôt dans la matinée, le parti a exigé d’Ignazio Cassis qu’il propose de nouvelles options, qu’il clarifie sa fameuse «remise à zéro». Et si le PDC évoque lui aussi l’urgence d’un scrutin, c’est d’un vote de clarification, comme le propose Doris Leuthard, qu’il parle. Il n’est pas encore question d’accord-cadre.

«Le président du PS semble oublier que la Suisse n’est pas seule à négocier. La priorité de l’UE, c’est de régler le cas du Brexit»

Au PLR, l’empressement du PS est qualifié de «vœu pieux» par Laurent Wehrli (PLR/VD). «L’idéal serait de voter rapidement un tel accord, mais le PS semble oublier que nous ne sommes pas seuls à négocier. L’UE est actuellement en train de régler le Brexit, et la Grande-Bretagne, ce n’est pas n’importe quel pays.»

Pour le Vaudois, la priorité est d’éclaircir deux points fondamentaux. «Qui juge les différends et que signifie pour la Suisse la reprise automatique du droit européen. Tant qu’on n’aura pas réglé ces deux questions, il ne sert à rien d’évoquer un calendrier.» D’ailleurs, si Laurent Wehrli rejoint Christian Levrat sur le désamour grandissant des Suisses vis-à-vis de l’UE, il s’interroge sur l’opportunité d’organiser un tel vote en mai 2019. «On va faire des élections fédérales avant l’heure. L’UDC s’en servira pour faire sa campagne électorale en dénonçant un accord qui détruirait à ses yeux l’indépendance de la Suisse. C’est évidemment faux, mais le peuple n’ira pas regarder tous les détails du texte.»

Face à cette menace, Christian Levrat a déjà sa réponse. «Si on part avec l’idée qu’il n’y a pas de chances de gagner, c’est sûr qu’on va perdre. L’UDC considérera cet accord comme un contrat colonial. C’est aux autres partis de faire comprendre qu’il s’agit de la sauvegarde des Bilatérales. Il faut arrêter de craindre les initiatives UDC et fixer notre propre agenda.» (24 heures)

Créé: 05.01.2018, 19h54

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