Christian van Singer: «Non, je ne suis pas un Bisounours»

Services secretsApostrophé par l'UDC, le Vert vaudois réplique. Il a refusé la Loi sur le renseignement aujourd'hui à Berne, comme ses collègues de gauche, parce qu'il en attend mieux.

Christian Van Singer (Verts/VD), membre de la commission de la sécurité du Conseil national.

Christian Van Singer (Verts/VD), membre de la commission de la sécurité du Conseil national. Image: Jean-Bernard Sieber

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Le Loi sur le renseignement a passé la rampe au National ce matin par 119 voix contre 65. Les Verts, qui étaient contre, ont été rejoints au vote final par le Parti socialiste et les Vert'libéraux. Evoquant les risques terroristes, l'UDC neuchâtelois Raymond Clottu a lancé à la tribune: «On est loin de la société de Bisounours de Monsieur Christian van Singer.» Réplique du Vert vaudois à son collègue.

- Bisounours, vraiment? Christian Van Singer, est-ce que vous sous-estimez la menace terroriste qui pèse sur la Suisse?

- Pas du tout, je ne suis pas un Bisounours. Mais c'est un compliment d'être le seul parlementaire cité par l'UDC alors qu'une large partie du Conseil national a refusé cette loi: Verts, socialistes et vert'libéraux. L'UDC devrait se rappeler que des pays comme la France, le Danemark ou les États-Unis, qui ont des services de renseignements aux pouvoirs beaucoup plus étendus que les nôtres, n'ont pas pas réussi à éviter des attentats. Avec les Verts, je pense qu'il faut améliorer la situation actuelle. Il faut aussi doter le Service de renseignement de la Confédération (SRC) de personnel en nombre suffisant, avec des cadres de valeur et des personnes efficaces et bien formées. Cela ne semble pas être le cas actuellement.

- Pourquoi combattez-vous cette loi avec tant de force?

- Plusieurs aspects nous dérangent. Si on octroie au SRC tout ce que propose cette loi, il faut mieux définir les règles. Par exemple, quand on transmet des données à des services étrangers, cela doit être fait de façon claire pour éviter que les données soient captées par des Etats non démocratiques où la protection des données n'existe pas. Autre exemple, le SRC doit être étroitement surveillé et la seule surveillance du conseiller fédéral en charge du Département de la Défense ne suffira pas: il faut une commission indépendante qui ait du pouvoir. C'est indispensable pour ne pas retomber dans les travers des années 8o où plus de 700'000 fiches avaient été dressées sur des citoyens. On a vu qu'en 2010, des milliers de fiches ISIS (banque de données sur la sécurité intérieure) avaient été accumulées, soi-disant parce que le SRC n'avait pas le personnel pour éliminer les fiches non pertinentes. Le risque de dérapage est toujours là.

- Si un attentat devait se produire en Suisse, ce que personne ne souhaite, ne craignez-vous pas qu'on vous reproche une certaine légèreté?

- Non. Au contraire! Nous faisons des propositions concrètes qui permettent justement d'agir pour réduire la liste des djihadistes. Nous proposons des actions préventives dans les prisons, la tenue d'un registre des détenus dangereux, et la séparation des djihadistes avec les autres prisonniers pour éviter des radicalisations en milieu carcéral. C'est ce qui s'est passé en France. Nous avons posé une première question à ce sujet et Ueli Maurer n'est pas entré en matière. Nous allons revenir à la charge. Nous pensons aussi que la Suisse doit agir au niveau international pour bannir du Net les sites qui font appel à la haine raciale, à la violence ou l'appel au djihad. Mais ce n'est pas une loi qui veut permettre au SRC de jouer aux James Bond tout en le maintenant en sous-effectif de personnel qui servira à quelque chose.

- Le référendum évoqué par la gauche est-il une menace crédible?

Cette loi doit d'abord passer aux Etats: nous espérons que les sénateurs aient une attitude plus sage. On verra le projet à la fin des débats parlementaires. Il est très important que les services secrets, par nature délicats car ils agissent dans l'ombre, soient bien cadrés. Il est essentiel que les citoyens aient confiance et puissent transmettre des informations sans arrière-pensée.

Créé: 17.03.2015, 13h55

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