La chute d’une politicienne atypique

FribourgLa conseillère d’Etat Marie Garnier a jeté l’éponge. Jeux politiques et caractère bien trempé ont formé un cocktail explosif.

Elue en 2011, la conseiller d’Etat a attiré des inimités de toutes parts. Elle a fini par craquer.

Elue en 2011, la conseiller d’Etat a attiré des inimités de toutes parts. Elle a fini par craquer. Image: Keystone

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Les traits tirés, au bord des larmes, la ministre fribourgeoise Marie Garnier a annoncé mercredi sa démission devant la presse. Le résultat de mois de tensions et d’un climat délétère qui sont venus à bout de ses forces et de sa motivation. «Vous ne savez pas tout ce qui a été entrepris contre moi depuis six ans», souligne l’élue de 55 ans. Marie Garnier prendra donc congé de sa fonction de cheffe de la Direction des institutions, de l’agriculture et des forêts au 30 avril 2018. Sa décision a pris tout le monde au dépourvu. Mais la Fribourgeoise a l’habitude des surprises. À commencer par son élection en 2011 au Conseil d’État. Alors que son parti ne récolte que 5% des voix, elle devient la première Verte à accéder à la fonction de ministre. Très vite, son ton détonne, voire agace. Les élus qui la côtoient usent presque tous du même vocabulaire: légèreté, désinvolture, voire indélicatesse, tant pour décrire sa manière de s’exprimer que de présenter les dossiers. Fin 2015, elle peine à assembler les voix lors de son élection à la présidence du Conseil d’État, une désignation qui tient le plus souvent de la routine. Le camp bourgeois est le principal instigateur de ce camouflet. «Il s’agissait alors de lui lancer un avertissement, de lui faire comprendre que sa façon de gérer les dossiers – parfois minimaliste – n’était pas toujours satisfaisante, explique le président du PDC fribourgeois, André Schoenenweid. Elle n’a jamais réussi à se fondre dans le moule des mœurs de la politique fribourgeoise. Son côté atypique l’a portée au début et lui a valu sa popularité auprès de la population. Mais c’est aussi ce qui l’a handicapée dans l’exercice de sa fonction.»

Manœuvre politique

Son caractère, le nerf du problème? «Marie n’est pas un ange. Lorsqu’elle veut quelque chose, elle ne le lâche pas, explique l’une de ses proches collaboratrices. Elle est très intelligente et réfléchit très rapidement. Ça la rend impatiente. Cela donne l’impression qu’elle saute du coq à l’âne, qu’elle est mal préparée, alors qu’elle est juste déjà passée à autre chose.» Selon elle, son accession laborieuse à la présidence du gouvernement ne serait donc que le résultat d’une manœuvre politique venant d’un camp convoitant le siège de la Verte, à une année des élections.

Finalement, Marie Garnier traverse son année de présidence sans grand encombre. Très populaire, elle est réélue en novembre 2016 pour un deuxième mandat. Les affaires se gâtent à nouveau dans les semaines qui suivent, lorsque des conflits internes éclatent à la préfecture de la Sarine, placée sous l’autorité de Marie Garnier. Guerre d’ego, ambitions déçues et tensions entre collaborateurs aboutissent à une fuite de documents dans les médias. Ceux-ci accusent d’incompétence et d’inadéquation une collaboratrice de Marie Garnier, que celle-ci s’empresse de défendre. L’audit incriminant l’employée présenté aux médias est incomplet. Elle décide de l’envoyer dans sa totalité, violant ainsi le secret de fonction. Une procédure est ouverte. Le procureur général demande au début de l’été la levée de son immunité auprès du Grand Conseil. Après un préavis positif donné par une commission spéciale, à dix voix contre une, le Grand Conseil se prononcera mardi prochain.

Trop seule

Marie Garnier a craqué avant la sentence. Pourtant, tous s’accordent à dire que l’affaire n’était pas si grave. La conseillère d’État ayant agi de bonne foi, elle ne risquait guère une peine sévère. Le président de la commission spéciale Nicolas Bürgisser (PLR) fait part de son étonnement. «Rien qui ne laissait présager cette démission. En audition, les questions étaient franches et claires, mais dénuées d’agressivité. Elle aurait tout à fait pu continuer jusqu’en 2021.» Plusieurs voix expliquent que ses dossiers étaient dés­ormais systématiquement bloqués. «On lui cherchait des poux pour chaque détail, on lui renvoyait ses dossiers pour un mot incorrect alors que d’autres, bien plus incomplets, passent comme une lettre à la poste», raconte sa collaboratrice. Un blocage confirmé par plusieurs initiés.

Le camp bourgeois se défend d’avoir été l’unique acteur de sa chute. Les socialistes auraient porté le coup de grâce en se détournant d’elle, la critiquant ouvertement depuis l’affaire de la préfecture de la Sarine. Avec cinq élus au Grand Conseil, les Verts ne pèsent pas lourd. Sans les socialistes, la ministre s’est retrouvée très esseulée. Au point de décider de tout lâcher.

Créé: 10.11.2017, 08h18

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