Une cinéaste suisse relance l’utopie d’un revenu de base universel

SociétéRejeté par le peuple, le RBI revient par la petite porte avec des projets pilote communaux, dont celui de Rebecca Panian.

La cinéaste argovienne Rebecca Panian cherche un village prêt à tester un revenu de base.

La cinéaste argovienne Rebecca Panian cherche un village prêt à tester un revenu de base. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le projet pourrait s’appeler «Qui veut toucher un revenu de base?» La semaine dernière, la réalisatrice argovienne Rebecca Panian lançait un appel national: quel village serait prêt à garantir pendant un an 2500 francs à ses habitants adultes et 625 francs aux mineurs? Et être le sujet de son futur documentaire?


Edito: Revenu de base universel story


Si elle prend l’apparence d’un jeu télévisé, la démarche est tout à fait sérieuse. Elle pourrait conduire au premier test réel en Suisse en vue de la création d’un revenu de base inconditionnel (RBI). C’est la ferme intention de Rebecca Panian, qui bénéficie du soutien d’anciens partisans bâlois de l’initiative fédérale sur le RBI. Le texte voulait instaurer le versement d’un revenu minimal (d’un montant non déterminé) à tout citoyen, salarié ou non, dès sa naissance et sans contrepartie. Il avait été rejeté en juin 2016 par plus de 75% des votants.

Timide intérêt romand

Un non cinglant qui n’a pas découragé Rebecca Panian. L’Argovienne ne s’attendait pourtant pas à susciter tel enthousiasme. Elle a reçu plus de 80 manifestations d’intérêt, certaines plus sérieuses que d’autres. La plupart émanent des Grisons. En Suisse romande, deux demandes proviennent du canton de Vaud et autant du Valais. Dans la plupart des cas, ce sont des citoyens qui ont contacté la réalisatrice, mais cinq maires se sont aussi directement adressés à elle. On n’en saura pas plus.

La cinéaste va maintenant déterminer quel village se prêterait le mieux à faire office de laboratoire. Sa commune idéale compte pour des raisons de faisabilité et de représentativité entre 150 et 1000 habitants. Elle prendra ensuite contact avec les autorités concernées. En cas d’accord de ces dernières, resterait encore à obtenir l’aval de la population. Et à se procurer les fonds nécessaires, qu’elle ne chiffre pas pour l’heure. Un mécène lui aurait promis son aide. Une campagne de financement participatif pourrait être lancée pour compléter le budget. Si tout s’enchaîne sans accroc, la réalisatrice vise un lancement cet été. Un bourgeois de la commune touchera alors un complément lorsqu’il gagne moins de 2500 francs.

Rebecca Panian se lance dans ce nouveau projet, convaincue par les promesses d’un revenu de base. «J’ai réduit mon temps de travail à 20%, ce qui, en plus des royalties que je reçois pour un de mes films, me laisse suffisamment pour vivre et, surtout, du temps à consacrer à ce que j’aime, la réalisation. Je suis bien plus heureuse aujourd’hui. Le RBI a ce potentiel.»

Les partisans d’un revenu de base inconditionnel y voient un vecteur d’émancipation qui favoriserait des activités créatrices et permettrait une meilleure reconnaissance d’activités sociales comme le travail au foyer. Pour ses détracteurs, c’est une porte ouverte à l’oisiveté.

Rebecca Panian n’est pas la seule à vouloir continuer de faire vivre l’utopie du revenu de base. En avril 2016, le Conseil communal de Lausanne a confié à la Municipalité la tâche d’examiner la faisabilité d’une expérience pilote avec un groupe de bénéficiaires du revenu d’insertion. «On examinerait ici un seul aspect du RBI. Si une personne à l’aide sociale touche de l’argent sans condition et sans devoir rendre de comptes, comment réagit-elle? Retrouve-t-elle plus rapidement un emploi?» détaille la députée Verte au Grand Conseil vaudois Léonore Porchet. En ville de Zurich aussi, une courte majorité rose-verte a chargé en novembre un Exécutif réticent d’une mission similaire.

Les partisans sont partagés

Les partisans du RBI soutiennent-ils ces tentatives? Ce n’est pas le cas de Philip Kovce, l’un des théoriciens du revenu de base universel, qui n’y voit que des demi-mesures. «Le revenu de base doit être un droit fondamental. Ces projets ne font rien avancer et les données qui en ressortiront ne prouveront rien»

Parmi les anciens initiants, on se montre plus enthousiaste. «Les conclusions des tests seront à prendre avec mesure, certes, mais ceux-ci ont au moins le mérite de continuer à faire vivre le débat», dit Gabriel Barta, ancien membre du comité pour l’initiative fédérale. À l’origine de celle-ci, Daniel Häni soutient aussi les velléités communales, convaincu que la question du RBI reviendra bientôt sur la scène nationale. Pour Oswald Sigg, les projets pilotes permettront de prouver que les personnes sans emploi qui touchent un revenu sans condition retournent plus vite sur le marché du travail.

«Le revenu de base doit être un droit fondamental. Ces projets ne font rien avancer et les données qui en ressortiront ne prouveront rien»

Côté politique, la conseillère nationale Lisa Mazzone (Les Verts/GE) regrette que le projet de Rebecca Panian n’aille pas au bout de l’idée du RBI, en ne prévoyant un versement qu’aux personnes qui gagnent moins de 2500 francs. «Un an, cela peut aussi s’avérer un peu court pour mesurer les effets. Mais je salue tout de même la démarche car elle permettra de nourrir le débat par des faits et de dépasser les fantasmes des opposants exprimés pendant la campagne.»

La parlementaire Géraldine Marchand-Balet (PDC/VS) en faisait partie. «J’attends de voir ce qui ressort de ces études. Mais je reste aujourd’hui convaincue que le RBI n’apporterait rien de favorable. C’est un mauvais message pour les jeunes.» Quant à Laurent Wehrli (PLR/VD), il reste toujours persuadé que le financement d’un RBI n’est pas possible.

Un scepticisme qui motive encore plus Rebecca Panian. «Le vrai blocage est dans les esprits. Même s’il n’est pas entièrement représentatif, mon projet pourrait aider à changer les mentalités.» (24 heures)

Créé: 17.01.2018, 06h40

Articles en relation

En acceptant le RBI pour une voix, Sarzens tient la vedette dans le Blick

Broye Le village des hauts de Lucens a accepté l’idée d’un revenu de base inconditionnel à 51,43%. Une ouverture d’esprit peu courante à la campagne. Plus...

Le revenu de base inconditionnel n’aura pas fait rêver les Suisses

L’initiative populaire pour un RBI est balayée par trois quarts des votants. Mais les initiants ne baissent pas les bras. Plus...

Le RBI mérite mieux que ce qui a été écrit sur lui

L’invité René Knüsel enrichit la réflexion autour du Revenu de base inconditionnel. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 13 décembre.
(Image: Bénédicte) Plus...