«Sans civiliste, nous devrions revoir notre offre à la baisse»

Service civil282 établissements d’affectation écrivent aux élus fédéraux et à Guy Parmelin pour qu’ils abandonnent la révision de la loi.

Plus de la moitié des civilistes sont actifs dans les domaines liés au social ou à la santé. Ici un établissement de soins à Bienne.

Plus de la moitié des civilistes sont actifs dans les domaines liés au social ou à la santé. Ici un établissement de soins à Bienne. Image: VQH

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Les défenseurs du service civil passent à l’attaque. Dix jours après que le Conseil fédéral a proposé huit mesures pour décourager les candidats, les établissements qui accueillent des civilistes ont écrit une lettre aux parlementaires fédéraux – avec le conseiller fédéral Guy Parmelin en copie – pour les alarmer des conséquences d’une telle réforme.

La missive que nous nous sommes procurée émane de la «Communauté d’intérêt Établissement d’affectation du service civil». 282 membres l’ont signée. Parmi eux, on trouve des agriculteurs, des musées, des homes pour personnes âgées. Mais aussi des associations caritatives, culturelles, des fondations actives dans la coopération ou des établissements scolaires. Tous rejettent la loi.

Menace pour l’armée

Deux arguments sont mis en avant. Le premier est lié aux raisons de cette révision. Si le Conseil fédéral veut réduire l’attractivité du service civil, c’est parce qu’il menacerait les effectifs de l’armée. Or, selon les signataires, «il n’existe à ce jour aucune étude qui confirme cette crainte». Et de rappeler que le nombre d’admissions a baissé en 2018. L’Office fédéral du service civil évoque le nombre de 6205, ce qui représente une réduction de 8,5% par rapport à 2017. «Concernant les départs après l’accomplissement de l’école de recrues – les situations directement ciblées par le projet du Conseil fédéral – le nombre d’admissions a même reculé de plus de 17%», peut-on lire dans la missive. Mais les signataires tentent surtout de sensibiliser les élus aux conséquences de cette révision. En Suisse, il y a actuellement 5072 établissements d’affectation. En 2018, cela représentait 1,7 million de jours de service. «Pour ces institutions, les civilistes représentent des ressources importantes. Sans eux, elles n’auraient plus les capacités suffisantes pour accomplir leurs obligations avec le niveau de qualité souhaité.»

Pas une alternative

S’ensuivent plusieurs exemples. «Les plantes nuisibles envahiraient plus rapidement nos paysages, si trop peu de civilistes étaient disponibles pour les arracher. Des personnes âgées pourraient voir leur état de santé empirer plus rapidement si elles n’avaient pas de civiliste pour s’occuper d’elles ou des enseignants pourraient être en surcharge faute de civilistes pour les soutenir.» Bref, pour les signataires, les effets d’un manque de civilistes se feraient sentir sur toute la société (lire encadrés).

Cette lettre peut-elle faire bouger les majorités? Alors que l’UDC tient coûte que coûte à durcir les conditions d’accès au service civil, et que la gauche y est totalement opposée, c’est au centre droit que se jouera la réforme. «Ce genre de démarche peut sensibiliser les élus, analyse Hugues Hiltpold (PLR/GE). Reste qu’elle intervient tout au début du processus, puisque le Conseil fédéral vient de transmettre son message au parlement. J’accueille cette lettre de façon positive, tout en ayant en tête que le service civil doit rester un service de remplacement pour les jeunes qui ne veulent pas faire le service militaire pour des raisons de conscience. Mais ça ne doit pas être une simple alternative.»

Créé: 04.03.2019, 07h27

Humanitaire



Frédéric Guerne, directeur de la Fondation Digger,
active dans le déminage


«Cela doit faire une douzaine d’années que notre fondation embauche des civilistes. Et nous totalisons déjà 95 mandats. Nous avons environ trois civilistes dans la fondation, mais leur nombre peut grimper jusqu’à cinq. Nous recherchons des profils bien particuliers avec des formations spécifiques en informatique, mécanique et électronique puisque le noyau de notre activité c’est l’ingénierie. Ce sont souvent des étudiants, ou des jeunes qui sortent des hautes écoles. Ces civilistes complètent notre équipe pour trouver des solutions novatrices. Faire recours à des civilistes n’est pas évident, car ils restent souvent de 6 mois à une année et il faut faire attention à ne pas perdre le savoir-faire, mais nous nous sommes habitués à ce fonctionnement. Surtout, sans eux, ce ne serait pas la joie! Nous n’avons pas les moyens d’embaucher davantage d’ingénieurs. Nous devrions couper dans le cœur de la fondation et renoncer à plusieurs de nos projets.»

Association



Melyssa Magnin, animatrice socioculturelle pour Caritas Jeunesse Genève

«Nous avons plusieurs dizaines de civilistes par an. Notre situation est particulière, car nous les accueillons pour des affectations de courte durée, lors des vacances scolaires. Ils participent en tant que moniteurs pour les camps et les centres aérés. Leur rôle est d’encadrer les enfants et de participer à l’élaboration du projet de séjours et à toute la logistique (repas, matériel…). Leur présence est un enrichissement. Nos moniteurs sont tous bénévoles, et la majorité sont étudiants et se destinent à des métiers en rapport avec l’enfance, le social ou la santé. Engager des civilistes nous permet d’avoir d’autres profils. Ils sont un peu plus âgés, voire dans la vie active. Ce qui apporte une autre dynamique au sein des équipes et de nouvelles idées d’animation. Ils font partie des équipes à part entière. Sans eux, nous continuerions de tourner, mais nous devrions trouver de nouveaux bénévoles et nous perdrions cette variété de profils, qui est un vrai plus.»

Environnement



Layne Meinich, directrice adjointe du centre Pro Natura de Champ-Pittet

«En général, nous avons trois civilistes. Ils passent un tiers de leur temps en extérieur, réparent les passerelles en bois pour arriver aux lieux d’observation, arrachent les plantes invasives, ou effectuent des travaux de tronçonnage. Comme le centre se trouve dans un bâtiment historique entouré d’un potager et de deux jardins, ils s’occupent également de l’entretien. Tous les deux hivers, nous organisons une exposition. Un quatrième civiliste rejoint l’équipe et s’occupe des décors et des jeux. Sans civiliste, l’offre commerciale et sociale du centre diminuerait. Nous sommes dans une réserve naturelle qui nécessite des interventions humaines pour maintenir l’équilibre de certains milieux. Nos sentiers sont libres d’accès toute l’année et de nombreuses personnes en profitent pour se ressourcer. Sans civilistes, les tronçons ne pourraient pas être entretenus ou sécurisés de la sorte, et nous n’aurions pas les moyens d’embaucher quelqu’un.»

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