Clash entre un officier et un conseiller national PLR

Loi sur les armesLe ton monte entre Benoît Genecand et le président de la Société des officiers du Valais romand sur l’attitude des cadres de l’armée.

La votation sur la nouvelle loi sur les armes déchaîne les passions.

La votation sur la nouvelle loi sur les armes déchaîne les passions.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«En Suisse, contrairement à d’autres États, notre armée n’est pas le suppôt d’un gouvernement, mais au service du peuple dans l’intérêt du pays et de sa population.» Cette déclaration publiée ce week-end par Roger Haupt, président de la Société des officiers du Valais romand, sur la page Facebook de Benoît Genecand n’en finit pas de faire polémique. «Je suis tombé de ma chaise en lisant cela, a réagi le conseiller national PLR genevois, interrogé par Rhône FM. Si les cadres de l’armée n’ont plus besoin du politique, on rentre dans un État où il y a un lien direct entre la population et les militaires. Ça s’appelle la dictature militaire.»

Les mots sont forts, à l’image de toute la campagne en vue de la votation du 19 mai sur les armes. En liant la sauvegarde des traditions à un pseudo «diktat» de l’UE, les opposants ont réussi à faire de ce texte un cocktail explosif. Car la déclaration de Roger Haupt ne tombe pas de nulle part. Il s’agissait d’une réponse à une critique virulente de Benoît Genecand contre la Société suisse des officiers (SSO), qui rejette le texte alors que le Conseil fédéral le soutient. L‘élu PLR parle d’un comportement comparable à de la «sédition». «Les Français appellent leur armée la grande muette: pour une fois, j’envie nos voisins.»

«Ce n’est pas parce qu’on est officier qu’on n’a pas le droit de donner notre avis. Sinon il faut nous supprimer le droit de vote»

Sur les ondes de la radio valaisanne, Roger Haupt a persisté dans ses déclarations. «Oui, la SSO incite à refuser cette loi. Nous avons un devoir d’être critiques par rapport à nos dirigeants. Ce n’est pas parce qu’on est officier qu’on n’a pas le droit de donner notre avis. Sinon il faut nous supprimer le droit de vote.»

Roger Haupt a le soutien de Stefan Holenstein, président de la SSO. «Je suis heureux qu’il ait répondu aux provocations de M. Genecand, même si j’aurais préféré éviter toute cette polémique. La SSO a décidé unanimement de rejeter ce texte, mais elle a aussi décidé de ne pas s’engager activement, car nous avons d’autres combats plus essentiels à mener.» Sur le devoir de réserve que devraient avoir les gradés, sa réponse est claire. «La SSO n’est pas le bras armé du Département de la défense (DDPS). Nous sommes une association de milice indépendante qui essaie d’avoir un regard objectif sur les objets militaires. Nos relations sont transparentes avec le Conseil fédéral. D’ailleurs, tant Viola Amherd que Karin Keller-Sutter respectent notre position.»

Viola Amherd interpellée

Sous couvert d’anonymat, un membre influent de la SSO nous dit être d’accord avec les propos de Roger Haupt. Il admet toutefois que les mots choisis auraient pu être «plus respectueux» des institutions. Une critique qu’il adresse aussi à Benoît Genecand. Contacté, le DDPS n’était pas encore au courant de la polémique, mais il précise ceci: «La Société suisse des officiers (SSO) est une association […] indépendante. Son but est de représenter les officiers et leurs intérêts dans le cadre de la politique de sécurité suisse. Elle ne reçoit aucune subvention fédérale, mais se finance entièrement par les cotisations des membres et des dons. De ce fait, la SSO est libre de définir et de défendre sa politique et ses positions, selon les processus démocratiques de la Suisse.» Mais Renato Kalbermatten, porte-parole du DDPS, précise que les officiers généraux de l’armée Suisse sont pour la loi (lire l’encadré).

L’affaire ne devrait pas en rester là. Pas satisfait de la réponse du DDPS, Benoît Genecand a l’intention d’interpeller le Conseil fédéral. Il envisage déjà une question orale à Viola Amherd lors de la prochaine session du parlement.

Créé: 29.04.2019, 11h57

Le post Facebook

Les officiers sont divisés

Face à la fronde des miliciens de la Société suisse des officiers (SSO), Philippe Rebord, chef de l’armée, remet les pendules à l’heure. «Les officiers généraux de l’armée suisse soutiennent de manière officielle la position du Conseil fédéral et du parlement, qui est claire: la révision partielle de la loi est une contribution à la lutte contre l’utilisation abusive des armes. Pour les soldats, la révision de la loi ne change rien.» Ces déclarations tenues dans le «Blick» n’étonnent pas Stéphane Holenstein, président de la SSO, mais il doute de l’unanimité de cette position. «Les officiers généraux doivent suivre la ligne du Conseil fédéral, c’est évident. Ils n’ont pas la même liberté de parole que nous. Mais je serais étonné que sur la cinquantaine d’entre eux, il n’y en ait aucun qui soit critique avec cette nouvelle loi.»

L’ancien conseiller national Yannick Buttet (PDC/VS), qui a choisi cette campagne pour tenter un come-back, a dit à peu près la même chose sur Rhône FM. «Si on posait la question au haut commandement de l’armée de ce qu’il pense vraiment de cette votation, on aurait sûrement une autre version que la version officielle.» En début de campagne, Jean-Luc Addor (UDC/VS) – capitaine à l’armée et président ad interim de Pro Tell – avait même interpellé la ministre de la Défense, Viola Amherd, après l’intervention d’un officier général de l’armée en faveur de la loi devant une assemblée de tireurs. «L’armée et ses plus hauts responsables vont-ils continuer à être ainsi instrumentalisés dans cette campagne?» Des accusations d’instrumentalisation démenties par la ministre de la Défense.

Articles en relation

Un rejet de la loi coûterait 500 millions au tourisme

Directive sur les armes Une exclusion de Schengen priverait la Suisse de milliers de visiteurs. La branche lance une offensive pour éviter ce scénario Plus...

L’afflux de réfugiés s’invite dans le scrutin sur les armes

Directive européenne Un non pourrait entraîner la chute de l’accord Dublin. Berne met en garde contre une augmentation des demandes d’asile. Plus...

Karin Keller-Sutter veut baisser le prix du nouveau permis d’armes

Votation 19 mai Surprise! En pleine campagne de vote, la ministre PLR compte rendre la nouvelle loi indolore pour le porte-monnaie des acquéreurs. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.