Clause de sauvegarde: «Berne a encore beaucoup de travail»

Revue de presseDe Zurich à Genève, les éditorialistes de la presse suisse ne ménagent pas leurs critiques face à la décision mercredi du Conseil fédéral d'actionner la clause de sauvegarde de la libre circulation.

La clause de sauvegarde ne diminuera concrètement que de 3000 le nombre de permis B délivrés sur un an, sur un total de 57'000, rappelle <i>Le Temps</i>.

La clause de sauvegarde ne diminuera concrètement que de 3000 le nombre de permis B délivrés sur un an, sur un total de 57'000, rappelle Le Temps. Image: Keystone

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Malgré les critiques, le Conseil fédéral a étendu mercredi la clause de sauvegarde pour limiter l'immigration liée à la libre circulation des personnes.

La mesure, prévue sur une année, frappe tous les ressortissants de l'Union européenne souhaitant s'établir durablement en Suisse avec un permis B, d'une durée normalement de cinq ans.

La presse suisse s'est fait l'écho jeudi de cette décision controversée tant à gauche qu'à droite et vivement critiquée par les milieux économiques.

Dans un édito commun, La Tribune de Genève et 24 heures observent que Berne n’avait «plus grand-chose à perdre» en prenant cette décision, ceci en dressant un froid constat de la politique extérieure de la Suisse: «Les accords bilatéraux sont au point mort, les relations avec nos proches voisins mauvaises. Mais surtout, la pression exercée par les Etats-Unis et l’OCDE dans le dossier du secret bancaire est telle qu’elle fait passer les rodomontades de Bruxelles pour une simple plaisanterie».

«Politiquement indispensable»

Le bénéfice de la clause de sauvegarde est donc à chercher dans la politique intérieure de la Suisse, où elle était devenue «politiquement indispensable» pour que les citoyens ne rejettent pas en bloc dans un futur proche l’ensemble du concept de la libre circulation des personnes.

Les quotidiens s’alignent enfin sur la stratégie de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, qui promulgue «l’addition de mesures ponctuelles» pour calmer les tensions intérieures face au flux «d’une immigration nourrie tant par l’asile que la libre circulation des personnes». D'autres mesures devront donc suivre.

Une «baisse homéopathique»

L’inquiétude des Suisses sur l’immigration est réelle, à défaut peut-être d’être légitime, souligne pour sa part Le Temps. Le Conseil fédéral se devait donc d'agir.

Le journal fustige toutefois sa décision d’actionner la clause de sauvegarde. Cette mesure ne diminuera concrètement que de 3000 le nombre de permis B délivrés sur un an, sur un total de 57'000. Il s’agit donc d’une «baisse homéopathique de 5%» qui prendra fin dans un an.

«Le caractère cosmétique du dispositif contraste avec l’objectif. Croire que l’on rassurera ainsi les Suisses paraît bien naïf», critique ainsi l’éditorial du jour.

Un effet pervers de la mesure est même souligné. En interdisant les séjours de longue durée, la migration temporaire pourrait être encouragée. Avec, à la clé, une pression supplémentaire sur les salaires dans les secteurs peu qualifiés prisés par les immigrants européens (santé, restauration, construction…).

Au final, ni le dumping salarial, ni la petite délinquance ne sont combattus par la décision du Conseil fédéral qui a donc, conclut le journal, encore «beaucoup de travail» pour gagner la «confiance du peuple».

«Les vœux pieux ne suffisent pas»

«Les vœux pieux ne suffisent pas», titre pour sa part le Tages-Anzeiger dans son édito du jour. Face à une inquiétude croissante des Suisses, accrue par «l’immigration de la misère» issue du Sud de l’Europe en crise et l’élargissement de l’Union européenne à l’est en 2016, on aurait pu attendre une mesure plus forte du Conseil fédéral, critique le quotidien zurichois.

Or le Conseil fédéral sait que ce ne sont que les mesures sur le long terme qui lui permettront de gagner la confiance des citoyens suisses sur la libre circulation.

Le constat de la Neue Zürcher Zeitung n’est pas très éloigné de celui de son confrère zurichois.

«Le Conseil fédéral s’est donné un peu d’air, mais s’est également mis lui-même sous pression car d’autres mesures que la clause de sauvegarde seront désormais attendues de sa part», note le commentaire du quotidien, qui souligne que les sept sages devront à l’avenir faire preuve de plus de courage, et ne pas se cantonner d'actionner des mesures symboliques.

Initiatives menaçantes

Pour Le Nouvelliste, la décision du Conseil fédéral a été prise au pied du mur face à la menace de plusieurs initiatives populaires: «L’initiative Ecopo, une autre de l’UDC contre l’immigration de masse, sans oublier le débat futur sur l’extension de la libre circulation des personnes à la Croatie: à n’en pas douter, voici les trois raisons pour lesquelles le gouvernement a choisi de montrer les dents».

Du côté de Neuchâtel, le titre du commentaire de L’Express/L’Impartial a le mérite d’être clair: «Une clause à deux balles».

De la «poudre aux yeux»

L’action du Conseil fédéral y est dénoncée comme étant de la «poudre aux yeux» par l’éditorialiste, notamment parce que la limitation des permis B de longue durée sera facilement contournable en recourant aux permis de courte durée.

Quant aux initiatives populaires à venir, les quotidiens neuchâtelois comptent sur «la raison» des citoyens pour les rejeter, et non sur ce genre de mesures temporaires.

Créé: 25.04.2013, 12h13

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