«La clause de sauvegarde est une bonne base de négociation»

InterviewLa présidence de Didier Burkhalter s’achève. Il nous parle d’Ecopop, d’immigration, de démission et de ses talents de poète.

Didier Burkhalter croit à la possibilité de trouver une solution commune avec l’Europe pour appliquer le vote du 9 février. «C’est très délicat mais pas impossible.»

Didier Burkhalter croit à la possibilité de trouver une solution commune avec l’Europe pour appliquer le vote du 9 février. «C’est très délicat mais pas impossible.» Image: Keystone

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L’année présidentielle de Didier Burkhalter touche à sa fin. L’occasion de l’interroger sur les négociations délicates avec l’Union européenne (UE) suite à l’initiative sur l’immigration du 9 février.

– L’UE a présenté un rapport très dur sur la Suisse (lire ci-contre). Cela n’a pas l’air de vous émouvoir?
– Effectivement, c’est un rapport et rien d’autre. Il paraît tous les deux ans et les médias s’en emparent comme si c’était la fin du monde. La Suisse a fixé sa ligne. Elle veut qu’on reconnaisse qu’elle souhaite mieux maîtriser son immigration qui est intense. Nous avons 23% d’étrangers et une immigration quatre fois plus forte que celle de la Grande-Bretagne. Si on transpose nos chiffres à l’Allemagne, cela signifierait une immigration annuelle nette d’environ 1 million d’étrangers.

– C’est un «rapport de technocrates», dites-vous. Vous négociez avec eux…
– Oui, mais c’est avec les politiques qu’on décide. Ce sont eux qui fixeront le cadre à leurs négociateurs. C’est bien le problème actuel car la nouvelle équipe se met en place. Et les compétences des uns et des autres ne sont pas encore très claires. Ce qui est sûr, c’est que nous avons un intérêt commun à trouver une solution. Mais nous ne sommes pas membre de l’UE et ne voulons pas l’être.

– On a l’impression que le Conseil fédéral adopte toujours un ton très gentil envers l’UE, plein de compréhension pour son principe cardinal de libre circulation, alors que nous sommes un pays tiers.
– Je ressens l’inverse. La libre circulation des personnes est une valeur cardinale de l’accès au marché. Tout pays qui veut y avoir accès comme s’il était membre doit trouver une solution.

– Justement on ne voit pas très bien la solution côté Conseil fédéral.
– Pas d’accord! Nous avons très rapidement proposé en juin un concept de concrétisation. Et nous aurons une proposition de loi d’exécution d’ici à fin janvier. J’espère qu’elle pourra être soumise à la première Chambre du parlement à la fin 2015. Parallèlement nous avons adopté un projet de mandat de négociations avec l’UE. Nous sommes donc parfaitement dans les clous avec un Conseil fédéral qui a des sensibilités différentes. Tout cela sans crise et sans panique.

Ecopop, c’était un tournant par rapport au 9 février?
– Non, pas du tout. Cela clarifie le message du peuple. Celui-ci ne veut pas une fermeture du pays. Mais ce serait une grave erreur de croire que le 9 février est effacé. Le peuple veut maîtriser son avenir. Je le comprends très bien. Deux semaines avant la votation j’étais persuadé que le peuple accepterait l’initiative. Je pensais même que ce serait plus net. J’ai discuté avec les gens. D’une façon très suisse, ils ne voulaient pas que les décisions se prennent ailleurs. Je comprends cela parce que je pense la même chose. Mais on doit trouver une solution pragmatique avec l’UE. C’est un peu cornélien tout ça.

– Y a-t-il vraiment un compromis possible sur les contingents et la préférence nationale? Ou sont-ce des mots tabous pour l’UE?
– Pour nous, il n’y a pas de tabous. Tout dépend comment ces notions sont appliquées. Nous souhaitons aboutir à une solution avec l’UE au plus près de l’initiative. C’est très délicat mais pas impossible. Nous avons des idées mais nous ne voulons pas les donner maintenant. Nous voulons en discuter avec nos partenaires en espérant que l’UE puisse partager notre vision.

– La vraie négociation, c’est la clause de sauvegarde, non?
– C’est certes un point d’accroche car la clause de sauvegarde figure déjà dans l’accord de libre circulation des personnes. C’est donc une bonne base de négociation.

– Vous avez dit que vous ne regrettez rien dans votre année présidentielle. Pas même le 9 février?
– Non. Je l’ai pris comme un défi. Sur Ecopop, si le peuple avait dit oui, là je n’aurais plus compris. Et je ne saurais plus quoi faire. Mais le 9 février, c’est différent. C’est un message qu’on peut tout à fait comprendre et même respecter. C’est mon message aux Européens. Le peuple n’a pas dit des choses excessives.

– Vous avez pourtant dit que le 9 février serait l’amorce du déclin de la Suisse!
– Très franchement, je crois que chacun fait aussi son chemin. Avec le résultat d’Ecopop, les citoyens montrent qu’ils ne veulent pas le déclin mais veulent avoir les choses plus en main. Et nous sommes aussi là pour exécuter la volonté du peuple. Je n’aurais pas pu faire ce chemin si les Suisses avaient dit oui à Ecopop.

– Le 9 février a mis par terre tous vos plans européens. Vous avez quand même enregistré avec le Conseil fédéral une défaite historique, la défaite de la décennie.
– Je ne suis pas si sûr. Certes, nous aurions préféré gagner. Mais si la défaite était vraiment historique, le Conseil fédéral devrait partir. Moi je me serais posé la question en cas de oui à Ecopop. Mais le 9 février, le peuple a tranché. Et même si le Conseil fédéral était d’un autre avis, il va mettre en œuvre cette décision. Peut-être verra-t-on dans quelques années, qu’un résultat inverse n’aurait rien résolu. Donc je n’étais pas pour mais le peuple a décidé. Je l’accepte et je le comprends. C’est normal d’évoluer.

– Les montagnes, les nuages et le soleil sont très présents dans vos discours. Vous auriez aimé être poète?
– Certains disent que je le suis déjà. On puise sa force dans la nature et dans les expériences. Mais surtout dans la nature. J’ai toujours besoin de revenir à Neuchâtel. Pour faire le plein de ses saisons, de ses paysages. Je ne m’en lasse jamais. Cela me donne de la force pour affronter la réalité. Poète? Oui, mais tout le monde l’est un peu.

Créé: 16.12.2014, 22h21

«Pas possible de stopper l’immigration»

– L’immigration en Suisse se montera à 100'000 nouveaux résidents étrangers en 2014. N’est-ce pas une bombe politique sachant que le peuple a estimé que 80'000, c’était déjà trop?
Il n’est pas possible à l’heure actuelle de stopper brusquement l’arrivée d’étrangers. L’initiative prévoit un délai de trois ans pour réguler l’immigration. Nous avons agi où nous le pouvions, par exemple sur les contingents des pays tiers. Si le boom économique continue et que les employeurs ne comprennent pas qu’il faut faire attention, l’immigration va continuer d’augmenter.
– Pourquoi le Conseil fédéral n’envoie-t-il pas un signe
à la population en fixant un objectif maximal de 60'000 nouveaux résidents étrangers par année?

Je peux comprendre cette revendication mais elle ne figure pas dans l’initiative. Celle-ci prévoit que les contingents sont fixés en fonction des besoins de l’économie. Donc il n’y a pas de limite quantifiable. Mais dans la loi, nous proposerons un mécanisme pour définir cette limite. C’est vrai qu’en attendant, il est difficile pour nous de montrer que nous agissons sur ces paramètres. Et quand on le fait, avec la baisse des contingents pour les pays tiers, l’écho n’est pas très grand.
– Parce que la réduction porte sur quelques milliers de personnes…
Oui mais cela suffit pour que tout le monde monte aux barricades. Tous les secteurs veulent bien baisser les contingents mais jamais dans leur branche.
– Les entreprises doivent-elles faire des efforts?
Oui, le mouvement est amorcé. Je vois des entreprises qui font de gros efforts sur le plan du recrutement. Ce sont en général des patrons de PME proches du milieu social et qui comprennent la politique suisse. Mais maintenant il faut une mobilisation de tous. Cela prendra du temps. Un médecin suisse, par exemple, il faut dix ans pour le former.

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