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Quelques clics suffisent à s’endetter pour des années

Quatre ans après l’entrée en vigueur d’une loi censée limiter la publicité, les demandes de petits crédits sont à la hausse. Enquête.

«Il y a des situations hallucinantes où des gens insolvables ont obtenu des prêts de 20'000 francs.» (Image d'illustration)
«Il y a des situations hallucinantes où des gens insolvables ont obtenu des prêts de 20'000 francs.» (Image d'illustration)
Keystone

Sur internet, tapez «petit crédit» dans un moteur de recherche: vous tomberez sur une offre gigantesque. «Tout de suite, de l’argent», «Il y a toujours une solution», «Un crédit, simplement»: les slogans aguicheurs défilent. En quelques clics, vous demandez de l’argent (jusqu’à 250'000 francs) à un prêteur à des taux d’intérêt pouvant grimper jusqu’à 10%. Nous avons fait le test sur trois platesformes.

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Sur le site de Cembra Money Bank, aucun document spécifique n’est requis. Seules les informations de base (nom, prénom, adresse, etc.) sont demandées. Trois petites minutes suffisent pour envoyer la requête: 10'000 francs sur 72 mois, à un taux d’intérêt de 7,95%. Juste avant le clic final, on apprend que le prêteur va nous offrir comme cadeau de bienvenue… une carte de crédit.

À l’inverse, l’offre en ligne de la Banque Migros est moins attractive. Copie de la pièce d’identité, numéro de l’employeur, budget mensuel détaillé, poursuites en cours ou passées, il faut montrer patte blanche. Chez Bank-now, des informations sur le salaire et les poursuites sont demandées. Mais aucune attestation n’est exigée.

Surendettement alarmant

En Suisse, chaque année, plus de 120'000 nouveaux crédits à la consommation sont accordés. Les sommes (33'000 francs en moyenne en 2018) et les durées moyennes de remboursement (près de quatre ans et demi) sont en augmentation (voir notre infographie ci-dessus). Le nombre de surendettés suit la tendance. Christine Egger est assistante sociale à Caritas Genève. «Dans l’inconscient collectif, on imagine que les demandeurs de ces crédits les utilisent pour acheter une nouvelle voiture ou partir en vacances. Ce n’est pas ce que l’on constate. Les personnes qui arrivent chez nous sont acculées et l’argent reçu permet de régler des dettes urgentes.»

«Il ne faut pas prendre un crédit lorsqu’on a déjà des dettes»

L’association faîtière Dettes Conseils Suisse traite chaque année entre 5000 et 6000 dossiers. Son secrétaire général, Sébastien Mercier, dresse un constat alarmant. «Il suffit d’un accident, d’un licenciement, d’un problème de santé, d’un divorce, et tout bascule. Comme l’engagement avec le prêteur est valable sur plusieurs années, ces charges restent et le risque de surendettement est très élevé. Il y a des situations hallucinantes où des gens insolvables ont obtenu des prêts de 20'000 francs.» Quel est le conseil absolu? «Ne pas prendre un crédit lorsqu’on a déjà des dettes. Car si vous n’arrivez pas à payer à un taux de 5%, vous ne pourrez pas vous en sortir avec un taux de 10%. Dit crûment: vous creusez votre tombe!»

Budget mal calculé

Pour Alexis Preitner, juriste spécialisé dans le désendettement, le fond du problème, c’est le calcul du budget par les prêteurs. Parfois, les montants ne correspondent pas à la réalité financière des demandeurs. «Avec certaines banques, on a souvent des problèmes car les consommateurs n’ont pas spécifié leurs frais professionnels mensuels comme les transports, les repas ou alors le calcul des impôts a été sous-évalué.»

Alors, laxistes les prêteurs? Seule Bank-now, filiale de Credit Suisse, nous a répondu, par la voix de son porte-parole Bernhard Schmid: «La Loi sur le crédit à la consommation (LCC) impose des exigences très strictes pour évaluer le caractère abordable d’un prêt. Il est dans l’intérêt de la banque de statuer sur les demandes de prêt de telle sorte qu’elle puisse supposer que le client pourra rembourser l’argent prêté.»

Que dit cette LCC? Que le prêteur peut s’en tenir aux informations fournies par le consommateur sur ses sources de revenus, notamment. Il peut – mais ne doit pas – exiger un extrait du registre des poursuites et des attestations de salaire. Le taux d’intérêt maximal a aussi été abaissé de 15 à 10%. Et le texte précise, depuis 2016, que la publicité pour le crédit à la consommation ne doit pas être «agressive». Le prêteur pourrait alors être puni d’une amende de 100'000 francs.

C’est la Commission suisse pour la loyauté qui est chargée d’examiner les plaintes et peut émettre des recommandations. En quatre ans, elle n’a pas eu à intervenir. Le porte-parole de la commission, Thomas Meier, précise: «Nous n’avons reçu aucune plainte concrète depuis l’entrée en vigueur, ni des consommateurs ni des organisations actives contre l’endettement.»

Aller plus loin

À l’époque, c’est Josiane Aubert, ancienne conseillère nationale (PS/VD), qui s’était battue contre la publicité trop alléchante. Quel bilan tire-t-elle quatre ans après l’entrée en vigueur de la nouvelle loi? «J’avais obtenu une toute petite victoire d’étape après des heures passées à récolter les signatures de mes collègues, se souvient-elle. Cela a au moins eu le mérite d’une légère prise de conscience, mais c’est clairement un domaine sur lequel il faudrait retravailler, en termes de prévention. On est encore loin du compte. Dès le début de leur vie professionnelle, certains jeunes se retrouvent déjà avec plus de 100'000 francs de dettes, c’est fichu d’avance.» Son espoir? «Avec le nouveau parlement, ça pourrait bouger.»

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