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«Le climat nous réserve des surprises»

Le célèbre climatologue Martin Beniston prend sa retraite. Il donnera sa leçon d’adieu ce lundi soir à l’UNIGE. Interview.

Martin Beniston, après une carrière contre le réchauffement, estime que le monde a beaucoup progressé sur la question.
Martin Beniston, après une carrière contre le réchauffement, estime que le monde a beaucoup progressé sur la question.
PASCAL FRAUTSCHI

Des premiers travaux scientifiques sur le réchauffement de la planète à l’Accord de Paris, la carrière de Martin Beniston, directeur de l’Institut des sciences de l’environnement (ISE) à l’Université de Genève (UNIGE), épouse la lente prise de conscience mondiale de l’urgence climatique. A 64 ans, le professeur, lauréat du Prix Nobel de la paix en 2007, tire sa révérence. «J’ai vraiment adoré les onze années que j’ai passées à l’UNIGE, mais il est temps de laisser la place aux jeunes», sourit-il.

A l’heure où Donald Trump vient de sortir les Etats-Unis de l’Accord de Paris, le climatologue dresse pourtant un bilan positif d’une carrière passée à lutter contre le réchauffement: «Les choses avancent lentement, mais elles avancent. Nous allons dans la bonne direction.»

- Après quarante ans de carrière dans la recherche sur le climat, quel bilan tirez-vous?

- Dans les années 1970, personne ne parlait du climat comme d’un thème d’importance. Puis au début des années 1980, la question de savoir si les activités humaines pouvaient perturber la planète a commencé à se poser avec les pluies acides et le trou dans la couche d’ozone. Aujourd’hui, les mentalités ont bien changé. Il existe un consensus scientifique pour dire que l’humain est l’acteur principal du réchauffement climatique. Et tant au niveau politique qu’au sein du grand public, la prise de conscience de l’urgence s’est imposée. Le bilan est donc positif. Les choses avancent dans la bonne direction, même si c’est très lentement.

- Mais Donald Trump vient de décider de retirer les Etats-Unis de l’Accord de Paris…

- Notre cher Donald Trump, qui n’en manque pas une, fait heureusement figure d’exception. Sa décision est une absurdité qui vise à cajoler une partie de son électorat. Mais, les réactions, autant aux Etats-Unis que dans le reste du monde, ont été unanimes: la lutte contre le réchauffement est devenue une priorité.

- Il reste quand même des climatosceptiques…

- Les médias ont tendance à mettre sur un pied d’égalité les climato­sceptiques et les chercheurs convaincus que l’homme est responsable du réchauffement. Cela donne l’impression que deux groupes équivalents s’affrontent. Mais, en réalité, 99,9% des scientifiques sont d’accord sur le fond, même si certains détails sont sujets à débat. Il faut néanmoins reconnaître que les climatosceptiques ont obligé les chercheurs à être plus rigoureux dans leurs travaux. Sans eux, la climatologie ne serait pas aussi avancée.

- Quelles sont les grandes dates charnières qui ont permis d’aboutir à ce consensus mondial?

- La première, c’est 1988 et la création du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Cela a marqué une première prise de conscience de l’ONU et des Etats. Ensuite, il y a 1997 et la signature du Protocole de Kyoto. Même s’il s’agissait d’un accord imparfait, qui n’a jamais fonctionné, des pays se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, ce qui était inédit à l’époque. Après, c’est la Conférence de Copenhague de 2009 et le «climategate» qui s’est ensuivi. Il y avait beaucoup d’attente et d’espoirs autour de cette conférence, mais la communication du GIEC a été désastreuse, ce qui a conduit à l’échec des négociations. Peut-être que certains chercheurs, après avoir reçu le Prix Nobel de la paix en 2007, se croyaient tout permis. Enfin, évidemment, la dernière date charnière, c’est l’Accord de Paris sur le climat, signé en décembre 2015. Même si on peut légitimement douter de sa mise en œuvre, il s’agit d’une grande avancée. Pour les scientifiques, comme moi, qui travaillent sur le climat depuis plus de trente ans, cet accord sonne comme une reconnaissance du travail accompli.

- Hélas, nous avons perdu une génération. Car si la climatologie a beaucoup progressé, les conclusions des scientifiques sont restées les mêmes depuis trente ans. Les efforts dans la lutte contre le réchauffement climatique auraient pu débuter dès le début des années 1990 sans attendre Paris.

- Quels sont les grands défis qui restent à surmonter?

- Il faut vaincre l’inertie politique, afin que des actions concrètes soient prises. En 1987, la ratification du Protocole de Montréal, qui a interdit l’utilisation des gaz CFC, a permis de régler le problème du trou dans la couche d’ozone. Cela montre que si les Etats se mettent d’accord, il est possible d’agir vite et d’obtenir des résultats concrets. Sur la question du réchauffement climatique, les choses sont évidemment plus complexes, puisque les énergies fossiles (gaz, charbon, pétrole) sont les grands responsables et qu’il n’est pas possible de passer à autre chose du jour au lendemain. Mais l’interdiction des ampoules à incandescence, par exemple, a permis de diminuer la consommation. En donnant des signaux forts, le monde politique peut changer les choses.

- Et au niveau scientifique?

- Il va falloir rester vigilant. Si on se dit que le job est fait après l’Accord de Paris, cela ne va pas fonctionner. Les chercheurs doivent continuer de répéter le message et affiner la science. Il reste encore de grandes inconnues, comme le rôle des nuages. Ceux-ci peuvent réfléchir l’énergie du soleil et ainsi refroidir l’atmosphère. Mais ils captent également la chaleur de la Terre en agissant comme une couverture. Si bien qu’au final nous ne savons pas s’ils possèdent un effet refroidissant ou réchauffant au niveau planétaire.

- D’autres questions restent-elles en suspens?

- Beaucoup. Le climat est une machinerie très complexe. Des effets de seuil, par exemple, peuvent se manifester. La fonte du permafrost – des terres gelées en permanence – va libérer le carbone piégé dans la glace. Cela pourrait conduire à une hausse brutale des températures, loin de l’augmentation progressive imaginée. Le réchauffement nous réserve encore bien des surprises.

- Vous consacrez votre leçon d’adieu aux réseaux sociaux. Pourquoi avoir choisi ce thème?

- Avec l’avènement d’Internet, chacun peut se proclamer expert en climatologie et donner son avis. Mais un tweet de 140 signes vaut-il trente ans de recherche? Les gens doivent apprendre à pondérer les informations qu’ils reçoivent. Toutes les sources ne se valent pas.

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