Une coalition veut stopper le plan de la SSR

DéménagementÀ gauche comme à droite, les partis exigent le maintien des productions audiovisuelles à Genève et celles de radio à Lausanne.

La SSR envisage de transférer une partie de la production télévisuelle de la RTS de Genève à Lausanne sur le nouveau site de l’EPFL à l’horizon 2024.

La SSR envisage de transférer une partie de la production télévisuelle de la RTS de Genève à Lausanne sur le nouveau site de l’EPFL à l’horizon 2024. Image: Keystone

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L’attaque contre les plans de la SSR est massive. Il suffit de regarder le nom de ceux qui sont au front. Ce mardi, une commission se penchera sur cinq initiatives qui veulent toutes la même chose: empêcher la concentration de la SSR à Lausanne et Zurich. Les auteurs de ces textes ne sont autres que Regula Rytz, Albert Rösti, Gerhard Pfister, Martin Landolt et Beat Jans, soit les présidents des Verts, de l’UDC, du PDC, du PBD et le vice-président du PS. En clair, l’écrasante majorité des partis présents à Berne.

Modification de la loi

Comment en est-on arrivé là? Le sursaut est venu l’automne passé. Mi-septembre, la SSR se prononçait pour le transfert de Berne à Zurich d’une partie essentielle des rédactions radio de la SRF. L’entreprise examine en outre la possibilité de transférer une partie de la production télévisuelle de la RTS de Genève à Lausanne à l’horizon 2024. Ces mesures s’inscrivent dans le plan d’économie de 100 millions engagé suite au rejet de l’initiative populaire No Billag, l’an dernier, et au plafonnement de la redevance. Des déménagements qui ont fait l’effet d’une bombe dans les villes lésées.

Pour bloquer le projet, les politiques ont donc sorti les grands moyens. Les cinq partis proposent carrément une modification de la loi qui préciserait ceci: «Dans la région germanophone, la SSR produit la majeure partie de ses offres audiovisuelles sur le site de Zurich et la majeure partie de ses offres audio sur le site de Berne; dans la région francophone, elle produit la majeure partie de ses offres audiovisuelles sur le site de Genève et la majeure partie de ses offres audio sur le site de Lausanne.»

Que la gauche soit derrière ce projet n’est pas étonnant. «Nous étions contre le programme d’économie de 100 millions, rappelle Jacques-André Maire (PS/NE). Il y a donc une forme de cohérence. Pour l’UDC, par contre, j’ai plus de mal à comprendre. C’est elle qui critique en permanence les moyens de la SSR.» Piqué au vif, Manfred Bühler (UDC/BE) rétorque: «À l’époque de la digitalisation, je ne suis pas sûr que cette concentration permette de réduire les coûts.» Son parti estime que ce sont les prestations de la SSR qui doivent être réduites. «Le service public n’a pas à économiser sur le dos des régions», assène le Bernois.

«Il faut un signal fort»

Au final, seuls deux partis manquent à l’appel de cette coalition: Le PLR et les Vert’libéraux. «Ce n’est pas à un parti de dicter la politique d’une entreprise, se justifie Isabelle Chevalley (VD), vice-présidente des Vert’libéraux. On ne peut pas d’un côté se plaindre que la SSR coûte trop cher, et de l’autre pleurnicher dès qu’elle propose des solutions pour réduire ses coûts.» Elle trouve notamment les jérémiades genevoises exagérées. «Demandez aux Jurassiens ce qu’ils pensent d’un déménagement de Genève à Lausanne, deux villes situées à une demi-heure l’une de l’autre.» Sur le même ton, Philippe Nantermod (VS), vice-président du PLR, voit même une certaine logique à concentrer les activités de la RTS dans la capitale vaudoise. «Pour n’importe quel Romand – à part les Genevois – Lausanne occupe une position plus centrale.»

Vu le casting, ces initiatives ont toutes les chances de passer. D’autant que certains PLR ne suivront pas la ligne du parti. Christian Wasserfallen (BE), vice-président du PLR, n’hésite pas à dire qu’il soutiendra le texte. «Pour éviter la concentration des médias, il faut un signal fort. La SSR a un devoir que n’ont pas les médias privés. Elle reçoit 1,2 milliard de redevance pour remplir son mandat de service public. Or, le potentiel d’économie évoqué est de l’ordre de quelques millions.»

Le sursaut pour la SSR viendra peut-être d’une proposition d’Hugues Hiltpold (PLR/GE), qui juge lui-même problématique que le politique intervienne dans la conduite d’une entreprise. «Je vais demander un rapport à l’Office fédéral de la communication. Nous devons connaître l’impact financier réel de ces changements.» L’objectif étant de pouvoir se prononcer sur ces initiatives en toute connaissance de cause. (24 heures)

Créé: 14.01.2019, 17h01

Le service public veut garder sa liberté

Comment la SSR réagit à ces attaques? «Ces initiatives méritent un débat de fond sur notre liberté d’organisation, pour définir jusqu’à quel point la politique peut intervenir, explique Sibylle Tornay, porte-parole. Il convient d’étudier avec attention si un projet de modification de la loi peut créer un précédent et si des directives aussi détaillées sont appropriées à l’égard d’une entreprise de média de service public.»

La SSR dit avoir besoin de conserver sa liberté d’organisation pour se développer dans un paysage médiatique en pleine mutation. «Le fédéralisme et la diversité restent des priorités, ajoute Sibylle Tornay. La SSR produit ses offres dans 7 studios principaux et 17 studios régionaux. Mais le fédéralisme n’est pas seulement une affaire d’emplacement géographique. La diversité régionale tient avant tout à l’attitude de la SSR et à la façon dont elle se concrétise dans ses programmes.»

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