En colère, les vignerons-encaveurs désobéissent

Coup de gueuleLa nouvelle ordonnance sur le vin n’est pas du goût de tous les producteurs viticoles suisses: certains le font savoir en défiant l’autorité.

Willy Cretegny, président de l’Association suisse des vignerons-encaveurs indépendants (ASVEI)

Willy Cretegny, président de l’Association suisse des vignerons-encaveurs indépendants (ASVEI) Image: Olivier Vogelsang

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«Nous ne pouvons pas être traités comme des commerçants. On ne peut pas comparer les gens qui ne font qu’acheter, importer ou revendre, et nous, qui vivons de la nature avec de la terre sous les souliers», tonne Willy Cretegny. Le président de l’Association suisse des vignerons-encaveurs indépendants (ASVEI) voit rouge depuis l’entrée en vigueur de la révision de l’ordonnance sur le vin le 1er janvier dernier.

Cette dernière prévoit désormais un contrôle unifié de toutes les entreprises actives dans le commerce des vins, alors que l’ancien texte distinguait les producteurs des commerçants. En signe de protestation, l’ASVEI invite ses quelque 600 membres à la désobéissance civile. Leur acte de rébellion: ne pas retourner un formulaire de déclaration au Contrôle suisse du commerce des vins (CSCV).

Surcharge administrative

Car c’est bien de là que viennent tous leurs maux. En accordant le contrôle viticole dans son ensemble au CSCV, l’Office fédéral de l’agriculture soumet désormais les vignerons-encaveurs aux mêmes obligations de contrôle et de comptabilité que les commerces. «Les exigences bureaucratiques ne sont pas les mêmes pour un vigneron ou pour un commerçant. Les petits producteurs n’ont pas de personnel pour faire leur comptabilité, argumente Willy Cretegny, c’est une surcharge administrative et financière.»

La nouvelle ordonnance sur le vin n’est pas non plus du goût de François Montet, vigneron-encaveur vaudois, pour qui les contrôles existants étaient suffisants. «Avant, on payait un contrôle entre 500 et 1000 francs tous les deux à trois ans. Là, on devra payer la même chose mais chaque année», s’indigne-t-il. L’Union des vignerons-encaveurs du Valais, menée par Marie-Thérèse Chappaz, se dit aussi solidaire de la profession dans cette affaire.

Du côté de la Confédération, on assure pourtant qu’aucune surcharge n’est prévue. «Les conditions et exigences de production restent les mêmes qu’avant la modification de l’ordonnance. Le devoir d’enregistrer chaque opération dans la comptabilité de la cave n’a pas changé», répond Manuel Boss, collaborateur de l’Office fédéral de l’agriculture. Quant aux tarifs, il admet que certains vignerons-encaveurs devront peut-être payer un peu plus car le nouvel organe de contrôle est autofinancé à travers ses émoluments contrairement à son prédécesseur, l’Organe intercantonal de certification (OIC), qui était subventionné par les cantons.

Une question identitaire

Alors que les arguments fusent de part et d’autre du conflit, c’est l’identité du vigneron-encaveur qui semble cristalliser les tensions. «L’ASVEI tient toujours à se distinguer très clairement du commerce, c’est-à-dire des importateurs et des vins étrangers, dont elle a une image souvent négative», explique Manuel Boss. Ce dernier rappelle toutefois que la nouvelle ordonnance se base sur une définition légale pour appliquer ses contrôles à «toute personne ou entreprise qui exerce le commerce des vins», comprenant de ce fait les vignerons-encaveurs.

Pour l’ASVEI, le rapprochement entre les deux secteurs d’activité est inadmissible. «Nous travaillons la terre avec tous les risques que cela comporte, nous n’avons aucune garantie de revenu en cas de mauvais temps et on nous impose toujours plus de contrôles», répond Willy Cretegny.

Il déplore également un manque de considération lors de la rédaction de l’ordonnance. «Nous voulions garder notre statut de producteur et bénéficier d’une comptabilité simplifiée. Mais on ne nous a pas écoutés lors des négociations alors que nous étions soutenus par l’interprofession de la vigne et du vin suisse, la Fédération suisse des vignerons et les autorités cantonales, raconte le Genevois, c’est un déni de démocratie.»

Son appel à la désobéissance civile semble avoir trouvé un certain écho au sein de la profession. Les deux parties ne semblent pas encore prêtes à boire le verre de l’amitié.

Créé: 30.01.2019, 11h31

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