Côme, ou l’échec du dispositif Dublin

MigrationLe refoulement des migrants à la frontière tessinoise est révélateur d’une situation bloquée. Réactions.

Selon les gardes-frontière, 3560?personnes ont été renvoyées du Tessin vers l’Italie en juillet seulement. Image: Keystone

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Plus de 450 migrants campent dans un parc près de la gare de Côme (I), à la frontière avec la Suisse. Ces migrants, Ethiopiens et Erythréens pour la plupart, cherchent à passer par la Suisse pour gagner l’Allemagne. Mais ils sont refoulés à Chiasso (24 heures du 14 juillet). Selon les gardes-frontière, 3560 personnes ont été renvoyées du Tessin vers l’Italie en juillet seulement. L’attitude rigide de la Suisse suscite des critiques. La représentante italienne du Haut-Commissariat pour les réfugiés a affirmé que l’ONU pourrait demander à Berne de revoir sa politique, notamment pour les mineurs non accompagnés. Amnesty International dénonce également cette situation.


Deux parlementaires livrent leur analyse

Cesla Amarelle, conseillère nationale (PS/VD)

Quel regard portez-vous sur la situation à la frontière tessinoise?

J’observe tout d’abord que la Suisse est un peu coincée dans cette affaire. L’Italie ne parvient pas à accueillir tous les migrants qui abordent ses côtes et l’Allemagne a demandé spécifiquement à la Suisse de ne pas devenir un corridor de libre transit, comme l’a fait l’Autriche.

Cette attitude de la Suisse aboutit à un entassement des migrants à Côme…

Faute de collaboration, le développement de telles poches est annoncé depuis un à deux ans dans toute l’Europe. En tant que pays de transit, la Suisse est particulièrement exposée. Or il est crucial de ne pas laisser la situation se dégrader. Même si Côme n’est pas Calais et qu’on ne peut pas parler de «jungle», la situation est désastreuse à terme pour la région et son image. Elle risque d’attiser parmi la population des sentiments de xénophobie et d’abandon par les autorités. La Suisse et l’Italie doivent se concerter au cas par cas pour éviter une telle évolution.

Si la situation n’est pas si dramatique, pourquoi le renvoi des mineurs en vertu de Dublin est-il dénoncé?

Contrairement à ce qui est dit, la Suisse ne procède pas à des renvois de mineurs non accompagnés en vertu de l’accord de Dublin. Ici, les mineurs renvoyés ne demandent pas l’asile: soit ils veulent voir un parent en Suisse, soit ils veulent passer en Allemagne. En outre, 65% des migrants qui se présentent à la frontière sont déjà enregistrés en Italie. Ils ne peuvent pas demander l’asile en Suisse. Pour en revenir aux mineurs, personne ne semble s’être préoccupé jusqu’à présent de la Convention relative aux droits de l’enfant. Selon cette dernière, toute mesure étatique doit tenir compte du bien-être de l’enfant. La Suisse devrait confier chaque mineur à une personne de confiance en Italie qui puisse s’assurer du respect de cette convention.

Le dispositif de Dublin ne fonctionne pas. Que préconisez-vous?

Dublin est effectivement dépassé. La Suisse l’applique encore mais pourrait le suspendre sans autre si une solution européenne se dégageait. En attendant, il faut résoudre chaque situation personnelle au cas par cas et vite. Le but ultime reste de garantir une protection internationale aux personnes qui en ont besoin.


Yves Nidegger, conseiller national (UDC/GE)

Quel regard portez-vous sur la situation à la frontière tessinoise?

Sur le fond, l’accord de Dublin ne fonctionne pas. Tout migrant qui se présente par voie de terre à la frontière suisse n’a pas vocation à l’asile car il est déjà passé par un premier Etat. Dans ces conditions, le statut de mineur brandi par des gens prêts à s’accrocher à n’importe quel prétexte pour ouvrir toutes grandes les portes du pays n’est pas pertinent. Si la Suisse avait le mauvais goût de laisser entrer ces migrants, elle devrait s’en occuper jusqu’à leur refoulement qui, dans les faits, n’interviendra jamais.

Pourquoi pas des sauf-conduits pour les personnes qui veulent seulement passer en Allemagne?

Cette histoire de transit est un prétexte. La Suisse peut être facilement contournée. Si ces personnes se présentent à la frontière allemande, elles seront refoulées et la Suisse devra s’en charger.

Quelle solution préconisez-vous pour ces migrants bloqués à Côme?

En fait, j’espère que cette situation va faire tache d’huile et montrer l’inanité des accords Schengen-Dublin. Le premier a ouvert les frontières et le second devait réduire l’immigration. Il est temps qu’on se rende compte qu’on a les contraintes du premier sans les avantages du second. On ne peut pas être dans un système qui n’est plus appliqué.

Selon vous, les Accords de Schengen-Dublin sont dépassés…

L’Union européenne a tenté de sauver le dispositif en passant un accord avec le président turc Erdogan. Malheureusement, elle est en train de se fâcher avec lui. Ces accords peuvent être comparés à une assurance: tout va bien tant qu’on n’en a pas besoin. Aujourd’hui, l’Union européenne est en pleine crise migratoire. Les pays de l’Est ont rétabli le contrôle de leurs frontières, l’Italie n’enregistre plus les requérants et Mme Merkel dit que l’Allemagne est prête à accueillir tout le monde.

Que doit faire la Suisse?

Le contraire de l’Allemagne: elle doit communiquer clairement qu’elle rétablit le contrôle de ses frontières, au besoin avec l’aide de l’armée. (24 heures)

Créé: 10.08.2016, 19h23

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