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«Contre le commerce de guerre»: l’initiative séduit

De son lancement en avril 2017 à son dépôt jeudi, le texte a pris une dimension nouvelle. Analyse.

C’est l’histoire d’une initiative populaire qui, en quatorze mois, a gagné en envergure. Le texte qui veut interdire le financement des producteurs de matériel de guerre par les caisses de pension et la Banque nationale suisse (BNS) a été déposé jeudi à la Chancellerie fédérale. Dans cette bataille contre le «commerce de guerre», l’Église réformée s’est déjà jointe aux traditionnels alliés politiques du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA). Les initiants ont acquis la conviction que leur proposition peut créer la surprise – pour plusieurs raisons.

Leur texte s’inscrit d’abord dans un mouvement global vers davantage de transparence, notamment au niveau financier. Ainsi, au lancement de l’initiative, la caisse de pension de la Ville de Zurich semblait bien seule à exclure de son portefeuille les producteurs d’armes de guerre. Un an plus tard, celle de la Ville de Lucerne l’a rejointe, tout comme la caisse de pension fédérale Publica.

À l’étranger, le fonds souverain norvégien et le fonds de pension néerlandais APB ne soutiennent plus les producteurs d’armes nucléaires. Quand le camp adverse estime qu’il est irréaliste de vouloir investir dans des produits structurés en évitant certaines entreprises, Muriel Waeger, cosecrétaire du GSsA, rétorque: «C’est techniquement faisable, comme le montrent de nombreux exemples. Et les montants qui doivent être réinvestis ailleurs ne sont pas énormes rapportés à l’ensemble des investissements.»

Selon le rapport 2018 «Don’t bank on the bomb», qui recense les participations des banques privées dans les producteurs d’armes, UBS y investit 4 milliards de francs, Credit Suisse 783 millions. Si ces chiffres paraissent importants, ils ne représentent qu’une paille par rapport au total des investissements des deux grandes banques. Mais le conseiller national Roger Golay (MCG/GE), opposé à l’initiative, met en garde: «Nous voulons toujours être les bons élèves. Mais nous pourrions nous priver des bons rendements et risquer de mettre en danger nos retraites.»

Paix ou production d'armes

Les chances de l’initiative ont aussi progressé en raison du contexte international et national, veulent croire ses partisans. «On entend aujourd’hui des bruits de bottes, des menaces d’utilisation d’armes nucléaires, réagit le conseiller national Carlo Sommaruga (PS/GE). Et l’attitude du Conseil fédéral, qui veut faire une fleur à la vente d’armes suisses à l’étranger, renforce encore les chances de l’initiative.» C’est une question de cohérence, poursuit Muriel Waeger. «La Suisse ne peut pas promouvoir la paix et en même temps financer des producteurs d’armes de guerre. On sent que l’opinion publique est très sensible à cet argument.»

Enfin, les initiants ont pris des précautions utiles. Leur texte ne menace directement aucun des fleurons de l’industrie d’armement suisse. Insuffisant, aux yeux de Roger Golay: «Si nous n’investissons plus dans des sociétés étrangères qui produisent tant des composants civils que militaires, cela risque de freiner les innovations et, par ricochet, de se retourner aussi contre notre industrie et nos emplois.» Les initiants rêvent quant à eux déjà du scénario qu’a connu l’initiative «Pour des multinationales responsables», à laquelle le parlement a fini par opposer un contre-projet, voyant les sondages au vert.

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