«On comprendra mieux les enjeux derrière une votation»

TransparenceUne coalition a lancé mardi l'initiative sur la transparence qui demande aux partis de dévoiler leur financement. Interview avec la Verte genevoise Lisa Mazzone.

La Verte genevoise Lisa Mazzone est co-présidente de la coalition derrière l'initiative sur la transparence.

La Verte genevoise Lisa Mazzone est co-présidente de la coalition derrière l'initiative sur la transparence. Image: Keystone

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Une alliance de gauche comprenant quelques membres du centre-droit a lancé mardi à Berne une récolte de signatures pour l'initiative visant à plus de transparence dans le financement de la politique en Suisse. Le texte demande aux partis de dévoiler tous les donateurs, personnes morales ou physiques, qui ont versé plus de 10'000 francs par année et par personne. Interview avec la conseillère nationale Lisa Mazzone (Verts/GE), co-présidente de la coalition.

24 heures: Pourquoi lancer cette initiative maintenant?

Lisa Mazzone: On a testé et essayé à de multiples reprises la voie parlementaire pour faire aboutir davantage de transparence dans le financement des actions politiques, campagnes d’élections ou de votations. Et on a constaté lors des dernières élections fédérales que les sommes investies prenaient l’ascenseur et atteignaient des sommes astronomiques. Il est donc urgent de pouvoir assurer davantage de transparence, alors que l’on se fait remonter les bretelles à la fois par l’OCDE et le groupement des Etats contre la corruption (Greco). Il y a donc une nécessité de passer par la voie populaire. D'autant qu'un récent sondage a montré que pratiquement trois quarts des gens se disent favorables à davantage de transparence dans le financement de la politique. Il est donc devenu possible d’aboutir, par la voie populaire, à une réglementation.

S le peuple accepte votre initiative, qu’est-ce que cela va changer concrètement? Vous pensez qu’elle peut avoir une influence des gens lors de votations?

Totalement ! Nous pensons vraiment que les montants investis jouent un rôle dans la formation de l’opinion publique. Aujourd'hui, les personnes qui doivent prendre leur décision n’ont pas toutes les cartes en main pour le faire puisqu'on ne sait pas justement qui a investi combien dans quelle votation, quelle élection, derrière quelle personne. Rendre ces éléments publics, à savoir les dons excédant plus de 10'000 francs par an et par personne, publier les comptes des partis ou des organisations qui auraient fait campagne pour plus de 100'000 francs dans un objet, et bien, cela permet de se forger une opinion en toute connaissance de cause, de faire un vrai choix, afin d'aller au bout de la démocratie.

Certains cantons, comme Neuchâtel, le Tessin et Genève pratiquent déjà cette transparence. Quel bilan peut-on tirer de cette expérience à Genève, qui est votre canton?

La loi sur la transparence à Genève n'est pas assez complète puisque elle précise que l’on doit publier d’une part les dons, d’autre part les donateurs, mais qu’il n’y a pas de mise en lien entre dons et donateurs. Il n’est donc pas possible de faire toute la transparence par cette loi. En outre, un autre élément qui est important dans notre initiative, c’est que notre texte précise que l’on doit faire une première publication des montants récoltés avant la votation ou l’élection. A Genève, cette publication n’intervient qu’après, ce qui ne permet donc pas d’intervenir dans la formation de l’opinion publique. Je pense donc qu’il est essentiel que les standards que nous réclamons dans notre initiative s’appliquent à l’ensemble de la Suisse car les enjeux majeurs, comme les votations, se passent au niveau national.

Le comité est formé d’une alliance de gauche dans laquelle figurent également quelques membres du centre-droit. Le PLR et l’UDC n’ont pas voulu rejoindre vos rangs?

Nous avons des représentants de la droite, comme le PBD. Quant aux autres partis de droite, nous les avons sollicités un par un, notamment ceux qui s’étaient dits dans un sondage smartvote (ndlr : rempli par tous les candidats aux élections fédérales) favorables à plus de transparence. Nous attendons et nous espérons encore qu’ils nous rejoignent. A ce stade, nous n’obtenons toujours pas une majorité au Parlement, et cela en dit sans doute long sur les intentions de certains partis.

Outre le PS, ce sont donc surtout les petits partis qui sont derrière cette initiative. N’est-ce pas un moyen d’avoir un outil pour mieux se faire entendre lors de prochains scrutins?

C’est clair que cela fait partie des éléments à mettre sur la table quand on fait une campagne. C’est clair aussi que l’ensemble des acteurs doit jouer le jeu. A ce titre, chaque parti pourra profiter de cette transparence car elle permet de prendre au sérieux l’électeur. On lui dit : «pour former votre opinion, vous avez le droit de tout savoir». On ne peut pas continuer de faire l’apologie de la démocratie suisse, tout en laissant une zone d’ombre totale sur la question du financement comme aujourd'hui. Ce qui est important avec notre initiative, ce n’est pas forcément le montant investi dans les campagnes, mais c’est qu’elle permet de révéler les personnes physiques ou morales qui auront mis plus de 10'000 francs dans une campagne. Et ça pour l’instant, on n’en sait rien. Avec notre texte, on pourra mieux comprendre les enjeux derrière une campagne et une élection. (nxp)

Créé: 26.04.2016, 17h05

Qui contrôle quoi et comment

Le texte demande aux partis politiques de publier tous les dons supérieurs à 10'000 francs par personne et par année. Cela concernerait autant les cadeaux de personnes privées que ceux de comités, d'entreprises, d'associations ou de syndicats. Tout don anonyme est proscrit.

Les partis ou candidats qui dépensent plus de 100'000 francs pour la campagne précédant une votation populaire ou des élections fédérales seraient aussi tenus de déclarer leur budget avant le scrutin.

Concrètement, il reviendrait à la Chancellerie de contrôler les budgets, comptes et donations des partis. Ceux qui contreviendraient à la loi seraient passibles de sanctions à définir dans la loi d'application.Mais cela pourrait se traduire par des amendes, des pénalités au niveau du Parlement ou des conséquences en matière fiscale.

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