Comprendre la catastrophe de Chamoson

EnvironnementLe village valaisan a été le théâtre d'une lave torrentielle. Comment cet événement naturel se produit-il? Réponses d'un scientifique.

Chamoson est emblématique des villages construits sur un cône de déjection.

Chamoson est emblématique des villages construits sur un cône de déjection.

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Emmanuel Reynard est directeur du Centre interdisciplinaire de recherche sur la montagne de l'UNIL. Il nous explique scientifiquement ce qui s’est passé à Chamoson dimanche soir. Dans ce village valaisan, un impressionnant torrent de boue et de cailloux a dévalé de la montagne emportant sur son chemin plusieurs véhicules.

C’est quoi les laves torrentielles dont on parle à Chamoson?
Une lave torrentielle, c’est un mélange d’eau et de sédiments, qui forment une espèce de boue mêlée de cailloux se déplaçant très vite. Il y a deux facteurs qui vont expliquer ce phénomène. Il faut des matériaux mobilisables et de grandes quantités d'eau. Comme on a pu le voir sur les images de Chamoson, ces laves torrentielles peuvent être constituées de matériel assez fin, mais elles contiennent aussi parfois des blocs qui sont pris dans la masse. Tout dépend de la source des sédiments. À Chamoson, c’est la géologie qui est responsable de cela. Dans le bassin versant de la Losentze, ce sont des schistes riches en argiles qui sont favorables à ce genre de phénomène.

Et ces laves torrentielles peuvent-elles aller jusqu’à charrier des voitures?
À partir du moment où elles charrient d’énormes blocs de plusieurs tonnes, ce n’est pas étonnant qu’elles puissent également emporter des véhicules. Une voiture, c’est lourd, mais ce n’est pas très dense, car le volume est important. Et si la voiture est perpendiculaire à la trajectoire du torrent, elle est très facile à mobiliser.

Êtes-vous surpris qu'un tel événement se soit produit à Chamoson?
Non. Le village de Chamoson est construit sur un cône de déjection, c’est-à-dire un amas de sédiments formés par l’activité d’un torrent. Ce qui est plus surprenant, c’est la récurrence de deux événements de forte intensité, puisqu’un événement similaire s’est passé au même endroit il y a une année environ.

Cela signifie que quand on habite sur un tel cône de déjection, il faut s’habituer à ce genre de catastrophe?
Souvent les gens ont la mémoire courte. En fait, ces phénomènes torrentiels, c’est justement ce qui forme les cônes de déjection. Les villages comme Chamoson sont relativement anciens et de tout temps, on s’est prémuni face à cette activité torrentielle. Ce n’est pas quelque chose de nouveau, c’est juste un processus naturel.

Mais pourquoi a-t-on construit des villages à ces endroits?
Avant les grands travaux de correction du Rhône, la plaine était facilement inondable. À choisir entre s’établir dans la plaine - et risquer les débordements du fleuve - et sur les cônes de déjection, les gens préféraient ces derniers qui étaient un peu moins dangereux.

Est-ce qu’on peut se protéger efficacement contre ces laves torrentielles?
Beaucoup de recherches ont été faites sur le sujet. On a construit des digues ou des bassins - qu’on appelle des dépotoirs - qui servent de réservoirs qui bloquent une partie du matériel transporté. On a aussi installé des grilles en métal qui laissent passer l’eau en retenant les gros blocs et les troncs d’arbres. L’autre manière de se protéger, c’est d’agir dans le bassin versant directement, en stabilisant les matériaux grâce à des plantations d’arbres par exemple. C’est ce qu’on a beaucoup fait à la fin du XIXe siècle. Mais ces travaux ont aussi eu un effet pervers.

Un effet pervers? C’est-à-dire?
Avec la mise en place de mesures de protection, on a créé un sentiment de sécurité. Les gens ont eu tendance à se rapprocher des cours d’eau. Cela s’est surtout fait après les années 60. Les mesures de protection ont réduit l’aléa, c’est-à-dire le phénomène naturel; parallèlement, on a augmenté la vulnérabilité, à savoir l’exposition des populations au danger. Et ce n’est qu’à partir des années 90 qu’on a commencé à réaliser des cartes de danger et mis en place les mesures d’aménagement du territoire qui vont avec.

Cet événement a-t-il un lien avec le réchauffement climatique?
Il est toujours difficile de répondre à cette question car on manque de profondeur statistique. Tout de même, on vit depuis quelques années une augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques intenses (canicules, sécheresses, pluies intenses, orages), qui est certainement une conséquence du réchauffement du climat.

Créé: 12.08.2019, 12h51

Galerie photo

Coulée de lave torrentielle à Chamoson

Coulée de lave torrentielle à Chamoson La rivière de la Losentse en Valais, un jour après la catastrophe du dimanche 11 août 2019. Coulée de boue, dégâts, voitures emportées.

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