Compromis fédéral pour la formation et la recherche

BudgetLa formation, la recherche et l’innovation devraient toucher près de 26 milliards pour quatre ans.

Le Bureau du Conseil national, lors du débat sur l’enveloppe à la formation.

Le Bureau du Conseil national, lors du débat sur l’enveloppe à la formation. Image: KEYSTONE/L. LEHMANN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Entre la générosité et la rigueur, le Conseil national a choisi… la voie du milieu. Jeudi, au terme d’un débat fleuve, il a décidé d’octroyer à la formation, à la recherche et à l’innovation une enveloppe de près de 26 milliards pour quatre ans, entre 2017 et 2020.

La Chambre basse n’a donc pas suivi l’UDC, qui préconisait des coupes à tous les niveaux, pour un total d’environ 1 milliard de francs, ni la Commission de la science, de l’éducation et de la culture (CSEC), qui, à l’inverse, enjoignait au parlement d’augmenter l’enveloppe de 3,2%. Coupant la poire en deux, le National a soutenu une augmentation de 2% par an (contre 3,7% pour 2013-2016), comme le préconisait la majorité de la Commission des finances, des groupes PLR et PDC ainsi que le Conseil fédéral.

Gare à la compétitivité

Les défenseurs de la hausse à 3,2% (la gauche, le PBD, le PVL et une poignée de PLR et de PDC) n’ont pas ménagé leurs efforts pour tenter d’imposer leurs vues. «Si la petite Suisse veut que son économie reste compétitive, elle ne doit jamais s’arrêter d’innover, et si nous voulons qu’elle innove, alors il faut encourager la recherche et la formation. On ne peut pas fixer des objectifs ambitieux et ne pas se donner les moyens de les atteindre», a lancé la Vert’libérale Isabelle Chevalley (VD), allant jusqu’à citer Abraham Lincoln: «Si vous pensez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance.»

Le PLR Christoph Eymann, par ailleurs directeur de l’Instruction publique de Bâle-Ville, a martelé le même message, précisant que la Chine et Singapour, «qui investissent massivement dans ces domaines», sont en train de rattraper leur retard. «Si nous n’y mettons pas les moyens, les problèmes finiront immanquablement par se faire sentir. Et si on veut traire une vache, il faut d’abord lui donner à manger.»

Dans les rangs de l’UDC, si l’importance de la recherche et de la formation n’a pas été remise en cause, c’est l’argument financier qui a été mis en avant. «Le groupe UDC jouera, dans cette histoire, le rôle du méchant parce qu’il voudra obstinément se tenir à une rigueur financière par gros temps», a relevé la Vaudoise Alice Glauser.

Dans un contexte de dégradation des finances fédérales, l’argument du nerf de la guerre aura donc fait mouche. «C’est démoralisant de constater que le parlement estime que le domaine qui doit se serrer la ceinture est celui dont la Suisse a le plus besoin», a déploré Fathi Derder (VD/PLR), chantre de la recherche et de l’innovation. Et l’élu d’espérer que le Conseil des Etats, où le dossier est renvoyé, revienne sur ce vote.

Les «polys» en tête

Dans le détail de l’enveloppe, les «polys» de Lausanne et de Zurich toucheront 10,18 milliards, les Universités 2,75 milliards et les hautes écoles spécialisées (HES) se partageront 2,15 milliards. Sans oublier 500 000 francs de contributions aux investissements de construction et 224,8 millions pour des projets des Universités et HES. De leur côté, la formation professionnelle et la formation continue toucheront respectivement 3,36 milliards et 25,7 millions. Quant aux cantons, ils percevront 101,9 millions pour les bourses et prêts, et le Fonds national suisse (FNS) 4,15 milliards. La Commission pour la technologie et l’innovation décroche 946,2 millions et les établissements de recherche d’importance nationale 382 millions. Enfin, la coopération internationale dans le domaine de la recherche et de l’innovation se monte à 761,3 millions.

Créé: 09.06.2016, 22h27

Martin Vetterli, Futur président de l’EPFL

Menaces sur les Hautes Ecoles

Une déception, mais pas vraiment une surprise. Les hautes écoles s’attendaient à cette décision. «On espérait mieux, regrette Martin Vetterli, futur président de l’EPFL. Il faut bien se rendre compte que les discussions portent sur l’ensemble du paquet «Formation, recherche et innovation». Et à l’intérieur de ce paquet, le domaine des Ecoles polytechniques fédérales est encore moins bien loti: on parle d’une hausse de 1,5% à peine. Vu que ces montants représentent plus des deux tiers de notre financement, cela implique de renoncer à des projets importants pour l’avenir du pays. Cette nouvelle est d’autant plus mauvaise qu’elle intervient alors que la situation générale est incertaine, notamment avec les menaces qui pèsent sur le programme «Horizon 2020». Si vous cumulez l’incertitude internationale au mauvais signal envoyé par le Conseil national, on peut dire que des nuages sombres planent sur l’EPFL.» Martin Vetterli garde toutefois une lueur d’espoir. «Les majorités sont faibles, elles se sont jouées à quelques voix, on peut encore espérer un correctif au Conseil des Etats.»

Du côté de l’Université de Genève, le recteur Yves Flückiger est à peine moins pessimiste: «L’augmentation de 2% constitue le minimum nécessaire pour faire face à la hausse du nombre d’étudiants. Avec le refus du National d’accorder davantage, ce sont des projets particuliers, comme ceux touchant au big data, à la médecine personnalisée ou à l’efficience énergétique, qui pourraient en faire les frais car des coupes sont à craindre. La manne fédérale ne constitue qu’une petite partie de notre budget, qui se monte à 720 millions, une grande part provenant du Canton de Genève, dont le budget est, lui aussi, de plus en plus serré. D’où l’importance de l’augmentation, malheureusement refusée par le National.»

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.