Condamnée, Viola Amherd juge «n'avoir rien fait de mal»

Succession LeuthardLa Haut-Valaisanne a fait recours contre sa condamnation. Pour la Berne fédérale, un conflit civil n’entrave pas une candidature.

La conseillère nationale n'a pas encore dit si elle souhaite se présenter à la succession de Doris Leuthard. Image: Laurent Crottet

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«Ce litige ne concerne aucun pouvoir public, cela reste du droit privé.» La conseillère nationale Viola Amherd (PDC/VS), pressentie pour succéder à Doris Leuthard au Conseil fédéral, a été condamnée avec sa sœur en mai par le Tribunal de Brigue. Contactée, elle garde son sang-froid. Elle souligne que cette procédure civile suit son cours. Elle a, en effet, déposé un recours.

Reste que l’affaire, révélée mercredi, tombe mal. Viola Amherd elle-même trouve bizarre qu’elle sorte maintenant. À l’heure où la transparence et la probité absolues sont souhaitées dans la course au Conseil fédéral, est-elle de nature à la faire chuter avant même qu’elle ait annoncé si elle était candidate? «Je ne le pense pas. Ce n’est pas comme si nous (ndlr: elle et sa sœur) n’avions pas payé nos impôts ou fait quelque chose de mal. Comme tout citoyen, nous utilisons les moyens à notre disposition pour faire valoir nos intérêts. Et si nous perdons, nous respecterons le jugement définitif.»

De quoi parle-t-on? Selon le «Walliser Bote», le juge de première instance a condamné en mai Viola Amherd et sa sœur à verser 250 000 francs à Alpiq InTec, une ancienne société fille d’Alpiq revendue cette année à Bouygues Construction. Il estime qu’elles ont touché des loyers trop élevés durant huit ans pour des ateliers. Selon Alpiq InTeq, qui a présenté au tribunal un nouveau contrat, leur montant a baissé en 2006. Or, la filiale aurait oublié de modifier son versement permanent: elle considère que les deux sœurs ont touché de l’argent en trop jusqu’en 2015.

«Nous n’avons pas signé de nouveau contrat», répond Viola Amherd. Selon l’élue, il y a eu des discussions en ce sens en 2005, mais elles n’ont pas abouti. Et si des documents portant sa signature ont été présentés au tribunal, il s’agit d’une «feuille avec des chiffres, mais qui n’a finalement pas conduit à un accord». Alpiq InTec ne fait aucun commentaire sur une affaire en cours. Face à ces révélations, la présidente du PDC haut-valaisan, Franziska Biner, vole au secours de Viola Amherd en reprenant ses arguments: «C’est un procès civil, qui concerne une affaire privée et non son travail public. Viola Ahmerd n’a pas encore décidé si elle sera candidate, mais nous aimerions qu’elle le soit. Nous la soutenons à 100%.»

Aussi, le PDC fait bloc. «Je découvre cette information, commente Charles Juillard, conseiller d’État jurassien et vice-président du parti. Si Viola Amherd estime que ce n’est pas un obstacle à sa candidature, c’est parce qu’elle a de bons arguments. La connaissant, elle ne va pas s’engager tête baissée.» Le président du groupe aux Chambres, Filippo Lombardi (TI), ajoute: «D’après les informations que je possède, elle défend les intérêts de sa famille face à une société privée. Cela peut arriver à n’importe quel citoyen. Je ne vois pas en quoi cela constituerait une affaire.»

Malgré cette ombre au tableau, les élus d’autres partis contactés mercredi insistent aussi sur la nature civile du litige. «Cela n’a aucun rapport avec sa charge d’élue fédérale», commente le vice-président du PLR et conseiller national, Christian Lüscher. Son parti exige des candidats à la succession de Johann Schneider-Ammann une réputation «irréprochable» dans la vie politique, professionnelle et privée. L’avocat genevois a lui-même souligné qu’il y a «un besoin évident de transparence totale». Dans ce cas, il considère que les déboires de Viola Amherd sont liés à un litige privé «comme cela peut se produire entre deux parties à un contrat».

Yves Nidegger (UDC/GE) abonde: «Je ne suis personnellement guère convaincu par la candidature de Viola Amherd. Mais l’existence d’une dispute civile ne dit rien en soi de la moralité d’une personne.» Mathias Reynard (PS/VS) conclut en relevant qu’il n’y a rien de pénal. «Un élu a le droit d’avoir des conflits, c’est un être humain. Ensuite, il doit être honnête et j’aurais besoin de plus de détails pour savoir s’il y a un souci.»

Au moins une femme sur le ticket

Viola Amherd n’a pas encore dit si elle souhaite se présenter au Conseil fédéral. Les sections cantonales du PDC ont jusqu’au 25 octobre pour annoncer leurs candidats, la décision finale appartenant au groupe parlementaire. Le président du PDC, Gerhard Pfister (ZG), a assuré qu’au moins une femme figurerait sur le ticket du parti. Avant cela, les prétendants devront passer par une commission d’examen indépendante, qui pourra mener des investigations et fera des recommandations. «Nous avons mis en place une série de filtres pour éviter les mauvaises surprises, résume Charles Juillard. Le parti a souhaité une grande transparence et les candidats retenus le seront sur la base d’informations complètes.»

Viola Amherd assure qu’elle donnera tous les documents à cette commission d’examen. L’ancienne juge d’instruction Judith Fischer, qui la codirige, ne s’exprime pas. «Ce processus interne est absolument confidentiel. Notre commission a commencé ses travaux, mais il appartient au parti de décider ce qu’il communiquera.» Si Viola Amherd est candidate, son audition sera certainement plus serrée que prévu.


Le cas de l’UDC Bruno Zuppiger a fait école et celui du PLR Maudet instillé la peur

Transparence

«Même nue, je n’ai rien à cacher.» Par cette phrase, Karin Keller-Sutter, invitée mercredi dans la «Matinale» de la RTS, a sans doute résumé les exigences de transparence que doivent implicitement remplir aujourd’hui les prétendants au Conseil fédéral. Sous la pression de l’opinion publique et des médias, les partis recherchent de plus en plus des Monsieur ou Madame Propre. La Suisse suit ainsi une tendance internationale. En matière de transparence, les nouvelles règles du Conseil de l’Europe, tout comme les pratiques de pays voisins – la France et ses déclarations de revenus par exemple – impriment un mouvement.

Mais ces nouvelles exigences découlent aussi d’affaires précédentes. À Berne, le PLR est conscient de la crise nationale qu’aurait provoquée une mise en accusation de Pierre Maudet, élu au Conseil fédéral. La procédure ouverte à l’encontre du conseiller d’État par le Ministère public genevois pour acceptation d’un avantage, survenue à peine un an après sa candidature au gouvernement, a des conséquences sur les élections de décembre.

Les partis ont serré la vis

Mais ces nouvelles exigences ne sont pas toujours indolores. L’autre candidate en course à l’automne 2017, Isabelle Moret, en a fait l’expérience. La Vaudoise qui a déclaré avoir eu un divorce compliqué a été malmenée sur sa vie privée par sa propre famille politique. Face aux recherches de journalistes, elle a également dû s’expliquer, même après son échec, sur ses revenus ainsi que sur le fait qu’elle n’ait pas reçu d’avis de taxation définitive depuis 2009, du fait de sa situation professionnelle et matrimoniale compliquée.

Mais c’est encore un autre cas, survenu en 2011, qui a réellement marqué la politique fédérale et fait école. Une semaine avant le renouvellement intégral du Conseil fédéral en décembre de cette année-là, une bombe explose au visage de l’UDC et de l’un de ses candidats, feu Bruno Zuppiger. Sa société avait reçu le mandat de gérer l’héritage d’une employée défunte au bénéfice d’œuvres. Or l’hebdomadaire «Weltwoche», pourtant proche de l’UDC, révèle qu’une partie de la somme a transité sur un compte privé pour couvrir les frais de la société. Bruno Zuppiger admet la faute et tente de s’expliquer. L’UDC reconnaît qu’elle était au courant des faits avant la nomination. Bruno Zuppiger finit par jeter l’éponge. Il sera condamné en 2013 à 13 mois de prison avec sursis et une amende de 1500 francs pour abus de confiance.

Lise Bailat (24 heures)

Créé: 10.10.2018, 22h13

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