«Sans congé paternité, familles et enfants trinquent»

SociétéDeux ou quatre semaines de congé pour les pères? Le National en débat ce mercredi. Certains patrons n’ont pas attendu.

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Le Conseil national s’attaque donc à l’initiative «Pour un congé de paternité raisonnable», qui préconise quatre semaines de congé. Sa commission n’en veut pas, mais soutient le contre-projet adopté par le Conseil des États basé sur un congé de deux semaines. Et sur le terrain professionnel, on en dit quoi? Nous avons approché quatre PME romandes.

Le hasard a voulu qu’un jeune patron romand soit papa dans quelques jours, en pleine session parlementaire. Jérôme Simon a 37 ans et dirige une entreprise d’électroménager qui emploie une dizaine de personnes dans l’arc jurassien. Combien de jours un entrepreneur s’octroie-t-il à la naissance de son enfant? Sa réponse est sans ambages. Le jour J, Jérôme Simon prendra une semaine, au minimum. «Je vais lâcher totalement le travail et la famille va primer. J’estime que c’est mon rôle de père d’être présent.» Sa société a doublé de volume en quelques années et prendre des jours de congé à cette époque-là était impensable. «Il y a 5 ans, je me lançais en indépendant et j’occupais beaucoup de postes à la fois. Aujourd’hui, un employé peut me remplacer. Ce n’est pas évident, mais c’est gérable.»


A lire: La Suisse, mouton noir du congé paternité


La société vaudoise Transitec, active dans l’optimisation de la mobilité, emploie une soixantaine de personnes, dont une moitié d’hommes, entre Lausanne et Berne. Depuis plusieurs années, un congé paternité de cinq jours a été introduit. Et la direction, Martin Stucki en tête, songe depuis plusieurs mois à doubler l’offre, prenant en compte les importants changements de la jeune génération dans sa relation au travail. «Nous estimons qu’une semaine de congé, c’est le minimum pour les jeunes pères. Nous cherchons à passer à deux semaines. Ce n’est pas évident, puisqu’il faut financer ces congés. Face à des tarifs en baisse. Largement déterminés par les pouvoirs publics, qui sont nos clients… et nos concurrents sur le marché de l’emploi. Au final, il n’y a qu’une voie: être un employeur attractif, pour recruter les meilleurs éléments, et former la relève.»

Un congé «impératif»

Chez le fournisseur de portes Rieder Systems, dont le siège se situe à Puidoux, on emploie 85 personnes, parmi lesquelles 70 hommes. L’entreprise accorde, depuis quinze ans, un congé paternité d’une semaine. Père de deux adolescents de 14 et 17 ans, le patron Olivier Rieder est d’avis qu’un congé de deux à trois semaines devrait être accordé. «Chez nous, même si elle ne tombe pas toujours au bon moment, une naissance est toujours perçue comme une excellente nouvelle. Je crois que tout le monde est d’accord pour accorder un congé paternité, mais que personne n’arrive à s’entendre sur la durée et le financement. En attendant, les familles et les enfants trinquent. Et les entreprises aussi car le stress reporté sur les papas qui ne prennent pas le temps nécessaire engendre des erreurs, des accidents, des maladies.» Pour le patron vaudois, le congé paternité est un investissement qui, certes, ne rapporte pas tout de suite, mais qui est impératif.

Quadragénaire, Christophe Gnaegi travaille chez Tribu Architecture, une société active sur l’arc lémanique qui emploie quelque 45 personnes, en parité hommes-femmes. Pour l’associé, également papa de deux enfants de 4 et 14 ans, il est primordial pour les jeunes de pouvoir s’investir davantage à la maison. Si son entreprise n’accorde que trois jours, il avance l’argument de la flexibilité. «Nous donnons la possibilité aux gens de prendre le temps qu’ils veulent, sous la forme d’un congé non payé. Par la suite, nous entrons toujours en matière pour des temps partiels. Il y a un vrai changement par rapport à la génération de nos parents. Un 80% est de plus en plus admis. Quand on va chercher les enfants à la crèche, à l’école, c’est courant de croiser d’autres papas.»

L’exemple du Nord

Martin Stucki met aussi en avant l’évolution sociétale. «Le mouvement est engagé. Plutôt que de se contenter de le suivre, autant être exemplaire, et ouvrir la voie. Cela représente un coût pour l’entreprise, mais nous le voyons comme un investissement.» Pour le futur papa Jérôme Simon, il faut s’inspirer des modèles mis en place ailleurs. «Les exemples nordiques, avec des congés parentaux à partager entre la mère et le père, voilà l’avenir pour la Suisse. Avec quelques petits jours, un papa a juste le temps de trouver un début d’équilibre, avant de repartir bosser…» L’architecte Gnaegi voit un autre élément intéressant et visible au nord de l’Europe: «Dans la carrière d’une femme, la coupure est plus pénalisante que pour l’homme. Un congé plus élargi a un effet dans le rapport au travail et pas seulement à l’enfant.»

Créé: 10.09.2019, 17h29

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