Le Conseil des Etats rejette le salaire minimum

SuisseL'initiative populaire de l'Union syndicale suisse sur un salaire minimum n'a pas conquis le Conseil des Etats qui recommande son rejet.

Paul Rechsteiner, président de l'Union syndicale suisse.

Paul Rechsteiner, président de l'Union syndicale suisse. Image: Keystone

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L'introduction d'un salaire minimum de 4000 francs par mois pourrait paradoxalement augmenter le taux de pauvreté. Fort de cet avis, le Conseil des Etats a recommandé mardi le rejet de l'initiative populaire de l'Union syndicale suisse (USS), par 31 voix contre 13 de gauche. Le spectre de l'initiative 1:12 visant à plafonner les salaires supérieurs a plané sur les débats.

Pour la majorité de la Chambre des cantons, le texte de l'USS «pour la protection de salaires équitables» va trop loin. Il veut encourager les conventions collectives de travail (CCT). Mais pour les secteurs où cela n'est pas possible, un salaire minimum de 22 francs de l'heure devrait être introduit, soit une rémunération mensuelle de 4000 francs pour 42 heures hebdomadaires.

Situation inacceptable

Seule la gauche a défendu l'initiative de l'USS. La moitié de l'économie suisse ne connaît pas de CCT. Ainsi, un salarié sur dix gagne moins de 4000 francs par mois. Cela correspond à 430'000 personnes, dont 300'000 femmes. «C'est inacceptable dans un pays riche comme la Suisse», a jugé Christian Levrat (PS/FR).

Les bas salaires sont l'apanage de branches comme l'hôtellerie, le jardinage, la coiffure et l'agriculture et non pas des secteurs d'exportation. Ainsi, le spectre d'une délocalisation des emplois brandi par les détracteurs du salaire minimum est un leurre, a signalé le président du PS.

Accepté dans deux cantons

Pour le patron de l'USS, Paul Rechsteiner, il est intolérable qu'une personne travaillant à 100% ne puisse pas vivre de son salaire et doive avoir recours au soutien financier de l'Etat. Plusieurs branches sont soumises aux salaires minimums par le biais de CTT et se portent bien, a assuré le socialiste st-gallois.

Il s'agit maintenant de réguler les secteurs échappant au partenariat social. Les Jurassiens et les Neuchâtelois ne s'y sont d'ailleurs pas trompés: les deux cantons ont accepté une initiative exigeant des salaires minimums décents, ont rappelé leur représentants.

Pertes d'emplois

En face, le camp bourgeois n'a pas mâché ses mots. «Cette initiative va anéantir des emplois et scier la branche sur laquelle repose notre bien-être», a lancé Pankraz Freitag (PLR/GL). Et Konrad Graber (PDC/LU) de demander: «à quoi sert un salaire minimum si vous n'avez plus d'emploi?»

Pour la majorité de droite, il n'y a pas lieu de changer une politique qui a fait ses preuves et qui repose sur un partenariat social solide. Ce modèle permet à la Suisse d'afficher un taux de chômage bas et un niveau salarial comparativement élevé.

Surtout par rapport à des pays pratiquant le salaire minimum, à l'instar de la France (9,43 euros brut par heure). En Allemagne, l'idée a été évoquée pendant la campagne électorale, mais il est question de 8,50 euros par heure, et non de 22 francs, a fait valoir Stefan Engler (PDC/GR).

Jeunes frappés

En Suisse, parmi les personnes touchant un bas salaire, seules 13,2% sont considérées comme des «working poors», a détaillé Pirmin Bischof (PDC/SO). A ses yeux, cela prouve qu'un revenu modeste n'est qu'un facteur de pauvreté parmi d'autres, puisque près de 87% des personnes indigentes n'ont pas d'emploi.

Pour ses détracteurs, un salaire minimum rendrait plus difficile l'intégration professionnelle du personnel mal qualifié ou des jeunes sans expérience. Au final, il deviendrait synonyme de restructurations et de rationalisations et augmenterait la pauvreté. Peter Föhn (UDC/SZ) a fait le lien avec l'initiative 1:12 voulant plafonner les salaires, soumise au peuple le 24 novembre.

Remédier aux lacunes

Faute de mesures pour contrer la pression sur les salaires, le peuple va finir par contester la libre circulation des personnes, a averti Anita (PS/BS). La socialiste aurait voulu un contre-projet plus flexible que l'initiative.

Mais la Chambre des cantons s'est contentée de transmettre tacitement une motion. Le texte demande au Conseil fédéral d'exposer de manière détaillée les lacunes en matière d'application des mesures d'accompagnement sur le marché du travail et de proposer un plan d'action pour remédier aux problèmes recensés. Il s'agirait aussi d'accélérer les procédures en matière de CCT. Le National doit encore se prononcer. (ats/nxp)

Créé: 24.09.2013, 11h49

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