Le Conseil fédéral va affronter des changements majeurs

Politique fédéraleTrois, voire quatre ministres, sur sept sont sur le départ. Un coup de sac qui aura des effets sur la gouvernance du pays. Analyse

Tous les regards se tournent vers Alain Berset, avec le départ de Burkhalter des Affaires étrangères.

Tous les regards se tournent vers Alain Berset, avec le départ de Burkhalter des Affaires étrangères. Image: LAURENT GILLIERON/Keystone

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«C’est la fin d’un cycle.» Voilà ce que disait récemment en aparté un membre du Conseil fédéral. Le gouvernement, qui reprend ses séances de travail ce mercredi, aura bien des choses à se dire… sur son propre avenir. La présidente de la Confédération, Doris Leuthard, a en effet jeté un beau pavé dans la mare fédérale en annonçant son départ dans les deux ans à venir. L’onde de choc a été grande car elle envoie le signal d’un profond renouvellement du collège.

Outre la succession en cours de Didier Burkhalter aux Affaires étrangères, le départ du ministre de l’Economie, Johann Schneider-Ammann, à la fin de la législature est pressenti par une majorité d’observateurs. Et les changements ne s’arrêteront peut-être pas là. Ueli Maurer, à la fin de la législature, aura passé onze ans au Conseil fédéral. S’il décide de partir en 2019, on pourrait donc se retrouver avec un renouvellement rapide de la majorité des membres du collège. La fin d’une époque.

Quel que soit le nombre exact de départs, le Conseil fédéral ne sera plus le même. Et cela aura des conséquences majeures sur trois points principaux.

Le recadrage européen

Le renouvellement du Conseil fédéral pose de façon centrale la question du repositionnement de la Suisse sur le dossier européen. Le départ de Burkhalter entérine déjà la petite mort de l’accord institutionnel en discussion avec l’Union européenne (UE). Les trois candidats PLR Ignazio Cassis, Isabelle Moret et Pierre Maudet ne sont pas pressés de signer un accord-cadre. Ils avancent même pour certains des alternatives a minima pour régler les litiges avec l’UE.

«La mue eurosceptique du gouvernement va donc se poursuivre. Favorable à l’adhésion à l’UE dans les années 90, le collège a abandonné ce cap dans les années 2000. »

La mue eurosceptique du gouvernement va donc se poursuivre. Favorable à l’adhésion à l’UE dans les années 90, le collège a abandonné ce cap dans les années 2000. Aujourd’hui, il défend les Bilatérales mais se cabre de plus en plus pour se lier les mains institutionnellement à l’UE. «Nous ne sommes pas demandeurs», lâche un membre de l’Exécutif.

La nouvelle donne des départements

Qui dit élection au Conseil fédéral dit rebrassage des cartes au niveau des départements. Avec le départ de Burkhalter du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), tous les regards se tournent vers Alain Berset. Le chef du Département fédéral de l’intérieur (DFI) arrive au bout d’un cycle personnel avec sa réforme mammouth sur les retraites. Il s’est échiné sur Prévoyance 2020 depuis son élection en 2011. S’il gagne lors de la votation du 24 septembre prochain, il aura peut-être envie de changer d’air au DFAE avec la satisfaction du devoir accompli.

Si Alain Berset perd, il se verra sans doute contraint de rejoindre le DFAE. On voit mal comment il pourrait de façon crédible relancer un projet sur lequel il s’est échiné en vain pendant des années. Guy Parmelin se laissera-t-il tenter dans ce cas par le DFI, lui qui a été spécialiste des assurances sociales lors de son mandat parlementaire? Pas sûr. Car ce département est vraiment un sac de nœuds, notamment avec la hausse continue des coûts de la santé.

«Ce département est vraiment un sac de nœuds, notamment avec la hausse continue des coûts de la santé.»

Simonetta Sommaruga, actuellement au Département de justice et police, pourrait aussi être tentée par un changement au DFAE. Elle rencontre déjà régulièrement tous les ministres européens de l’Intérieur en raison des Accords de Schengen et Dublin.

La grosse bataille des départements se déroulera cependant pour la succession de Doris Leuthard. Le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication est un des plus prisés des partis pour le pouvoir qu’il confère sur de grandes thématiques. Le PDC l’a piqué au PS, qui en avait dépossédé l’UDC sous Adolf Ogi. Les paris sont ouverts pour la suite. Mais il est peu probable que le PDC puisse conserver ce département convoité. A gauche, on voudra s’assurer que le tournant énergétique soit mis en œuvre activement. A droite, on serait plutôt pour freiner le mouvement et écarter tout ce qui ressemble à des taxes vertes et objectifs trop contraignants.

La bataille des femmes

Il est loin, le temps où les femmes avaient la majorité au Conseil fédéral et avaient décidé de signer l’arrêt de mort du nucléaire en Suisse. C’était en 2010 avec le quatuor Micheline Calmy-Rey, Eveline Widmer-Schlumpf, Doris Leuthard et Simonetta Sommaruga. Cela n’a duré qu’un an. Après le départ de la Genevoise en 2011 et de la Grisonne en 2015, la représentation féminine s’est réduite à une peau de chagrin. Voilà pourquoi le départ annoncé de Doris Leuthard a électrisé les partis en ce début du mois d’août. Il ne restera bientôt plus qu’une femme au Conseil fédéral!

«Le départ annoncé de Doris Leuthard a électrisé les partis en ce début du mois d’août. Il ne restera bientôt plus qu’une femme au Conseil fédéral!»

L’émoi créé a dopé la candidature d’Isabelle Moret, seule femme à se présenter à la succession Burkhalter. Si elle n’est pas élue, la pression va se faire extrêmement forte pour la prochaine vacance. Les Femmes radicales veulent déjà imposer une double candidature féminine pour la succession de Schneider-Ammann. Le président du PDC, Gerhard Pfister, a pris les devants et a déjà demandé à sa section femmes de préparer une candidature féminine pour la succession Leuthard. Des efforts louables mais qui n’ont aucune garantie de succès devant l’Assemblée fédérale. Le Conseil fédéral n’est pas près de se retrouver à nouveau avec une majorité de femmes en son sein.

Créé: 16.08.2017, 06h59

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