Le Conseil fédéral essaie de renouer des liens avec l’Erythrée

CoopérationLa Suisse tente un programme de développement dans ce pays, d’où provient la grande majorité des requérants d’asile.

Des réfugiés érythréens dans un abri de protection civile.

Des réfugiés érythréens dans un abri de protection civile. Image: Keystone

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Qualifiée de dictature ou d’Etat de non-droit, l’Erythrée passe pour un cancre mondial en matière de droits de l’homme. La Suisse avait même fini par lever le camp. En 2006, elle y fermait son bureau de la Direction du développement et de la coopération. Dix ans plus tard, le dégel s’amorce. Le Conseil fédéral a annoncé hier qu’il était prêt à étudier la possibilité de redémarrer des programmes de développement en Erythrée.

«Cette tentative de retour à une forme de coopération s’inscrit dans la ligne d’autres pays qui ont déjà commencé à travailler dans cette direction», commente Stefan von Below, porte-parole du Département fédéral des affaires étrangères. Un pari très prudent: Berne ne libérera que 2 millions par année dans des actions pilotes visant à créer des emplois et à former les jeunes. Mais l’objectif à terme est de créer les bases pour reprendre le dialogue avec les autorités érythréennes, notamment sur l’épineuse question des droits de l’homme.

Coups de boutoir

Aussi timide soit-elle, cette nouvelle tentative prend des allures de changement de paradigme. L’Erythrée est pour la Suisse le premier pays de provenance de réfugiés. Des requérants qui obtiennent quasi automatiquement l’asile, en raison des menaces de torture en cas de retour (lire ci-contre).

Depuis des années, l’UDC, suivie depuis par le PDC et le PLR, appelle le Conseil fédéral à revoir sa pratique. Les deux ministres concernés par le dossier n’ont jamais cédé. Pour Simonetta Sommaruga, en charge de l’asile, il est hors de question de renvoyer des Erythréens dans un «Etat de non-droit, une dictature». Didier Burk­halter, ministre des Affaires étrangères, s’était dit choqué par les propos de certains parlementaires qui minimisaient les risques encourus par les déserteurs.

Tous deux sont-ils en train de céder aux coups de boutoir de la droite? C’est en tout cas l’avis de Thomas Aeschi (UDC/ZG). «La pression politique a fini par faire bouger le Conseil fédéral dans ce dossier, commente celui qui a fait partie d’un voyage controversé en Erythrée. Malheureusement, la voie choisie n’est pas la bonne. Ce dont nous avons besoin aujour­d’hui, c’est d’un accord de réadmission, pas de coopération. La Suisse ne peut pas accueillir chaque année des milliers de réfugiés qui ne viennent que pour des raisons économiques.»

Récupération politique

S’étant lui aussi rendu en Ery­thrée, Claude Béglé (PDC/VD) pense au contraire que la décision du jour est un premier pas pour reprendre le dialogue avec les autorités. «Il faut obtenir des conditions de réadmission qui respectent les droits de l’homme.» Le Vaudois pense aussi à l’avenir. «Nous ne devons pas nous contenter d’établir des conditions d’accès en Suisse peu attractives pour dissuader d’éventuels réfugiés de venir, nous devons aussi offrir des perspectives intéressantes sur place, pour que les gens n’aient plus envie d’émigrer. Cela passe par des programmes de développement tels ceux proposés par le Conseil fédéral.»

Face à cette récupération politique, les ONG se montrent très prudentes. «Développer une coopération est en soi une bonne chose, réagit Nadia Boehlen, porte-parole d’Amnesty International Suisse. Il faut toutefois faire attention à ne pas faire l’amalgame avec la politique d’asile. Les déserteurs érythréens risquent toujours d’être persécutés s’ils sont renvoyés dans leur pays. Il ne faudrait pas que, sous couvert de programme de développement, les critères pour l’asile soient pris moins au sérieux.»

Créé: 02.11.2016, 19h26

Requêtes d'asile en baisse

L’Erythrée constitue le premier pays de provenance des requérants d’asile en Suisse. Ses habitants fuient une obligation de servir «à vie», régulièrement dénoncée par l’ONU comme comparable à l’esclavage. Des requérants qui finissent par obtenir l’asile. La Suisse – à l’image d’autres pays européens – ne renvoie plus personne en Erythrée. A leur retour, ces déserteurs risqueraient la torture ou de disparaître dans des prisons que les ONG ne sont pas autorisées à visiter.

Les Erythréens sont toujours la première population de requérants en Suisse, mais leur nombre est en diminution. L’an dernier, la barre des 10 000 requêtes avait été frôlée avec 9966 demandes. Un chiffre qu’on ne devrait pas atteindre cette année. Selon les dernières statistiques du Secrétariat d’Etat aux migrations, à fin septembre, 3700 demandes ont été déposées. Un chiffre en forte baisse. En 2015, à la même période, le nombre de requêtes atteignait 8900. Les conditions météorologiques favorables en Méditerranée avaient alors favorisé des arrivées record de réfugiés durant l’été.

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