Le Conseil fédéral met les paysans un peu plus au vert

AgricultureMoins d’engrais, de pesticides et de CO2: la politique agricole 2022+ fixe de nouveaux buts au secteur. Mais les critiques pleuvent.

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Ils sont contents de leur copie, les représentants de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG). Selon eux, la paysannerie suisse jouera à l’avenir un rôle de modèle au niveau international en matière de protection de l’environnement. Entouré de ces hauts fonctionnaires, le conseiller fédéral Guy Parmelin a présenté jeudi le message sur le développement de la Politique agricole dès 2022, ou PA22+ pour les initiés.

L’un des buts phares du projet est donc de réduire les atteintes à l’environnement. L’agriculture suisse a de gros défis à relever en matière d’utilisation des pesticides et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Tout cela, dans un contexte politique explosif. Deux initiatives populaires qui combattent l’utilisation de produits phytosanitaires sont en effet débattues au parlement.

Moins de choix de pesticides

Le gouvernement et l’administration ont dû tenir compte de cette pression populaire. «Le Conseil fédéral présente des mesures concrètes, pertinentes et solides», affirme Guy Parmelin. L’UDC vaudois décrit comme «élément central» de la future politique agricole une série de mesures qu’il voit comme «alternatives» aux deux initiatives sur les pesticides. Concrètement, il ne s’agit pas d’interdire, mais de réduire «le choix des produits phytosanitaires» aux moins dangereux. La livraison de produits fertilisants aux paysans devra être déclarée et la dose d’engrais tolérée par hectare sera réduite. Ces mesures seront contraignantes, souligne Guy Parmelin: «Si nos objectifs ne sont pas atteints, le Conseil fédéral pourra prendre des mesures correctives.»

«Nous soutenons cette orientation, en réponse aux deux initiatives populaires qui font figure d’épée de Damoclès pour nous», réagit Jacques Bourgeois, le directeur de l’Union suisse des paysans et conseiller national (PLR/FR). Mais pour les Verts et les associations de défense de l’environnement, ce n’est pas assez ambitieux: «Nous aimerions une Suisse qui s’émancipe totalement des pesticides de synthèse. Mais nous sommes prêts à discuter du calendrier et surtout des mesures d’accompagnement dont les agriculteurs auront besoin, souligne la conseillère aux États Adèle Thorens (Verts/VD). Il faut aussi que les consommateurs suivent. Mais le Conseil fédéral ne prend pas ce chemin-là. C'est insuffisant.»

De l’argent pour le «bien-être animal»

Une troisième initiative populaire, «Non à l’élevage intensif en Suisse», vient faire pression sur le gouvernement. «Le bien-être des animaux est déjà soutenu via la politique agricole actuelle. La PA22+ prévoit de soutenir et de renforcer ces propositions», souligne Guy Parmelin. Dans l’ensemble, le budget agricole 2022-2025 reste presque identique au précédent (13,7 milliards de francs). Mais 300millions seront réaffectés à une production plus soucieuse de l’environnement. Pour l’association des petits et moyens paysans, ces «petites corrections» ne suffiront pas «pour relever les défis urgents dans le domaine du climat et de l’environnement».

Le manque de moyens n’est pas la seule critique. La Politique agricole 2022 pourrait conduire à une baisse de la production alimentaire en Suisse. Mais le projet ne dit rien sur la qualité ou le bilan environnemental des aliments qu’il faudrait alors importer ou sur la manière dont on pourrait éviter le gaspillage alimentaire. «Notre politique agricole n’est pas intégrée dans une politique globale de l’alimentation et n’est même pas coordonnée avec notre politique de libre-échange, souligne Adèle Thorens. On ne peut pas exiger une agriculture suisse modèle sans réfléchir à nos importations!» Produire moins pour importer plus? «Ce n’est pas le but, s’offusque Jacques Bourgeois. Deux tiers de notre empreinte carbone dans l’alimentation sont dus aux denrées que l’on importe».

Autre point noir: la charge administrative qui accompagnera la PA22+. «Les exigences supplémentaires imposées aux agriculteurs, notamment dans le but de réduire l'empreinte écologique, rendent la politique agricole encore plus complexe», critique l’UDC, dont le ministre avait promis de réduire la paperasserie. L’Union suisse des paysans partage cette préoccupation: «Nous ne voulons pas passer plus de temps au bureau que dans les champs», s’exclame Jacques Bourgeois. Guy Parmelin indique de son côté que le nombre de contrôles a déjà été réduit et que les charges administratives viennent aussi des branches.

Paysannes mieux reconnues

La PA22+ n’aura pas qu’un impact environnemental. Elle contient deux autres changements majeurs pour les paysans. Avec ce projet –si le parlement confirme–, l’apprentissage ne suffira plus pour toucher des paiements directs. Les nouveaux agriculteurs devront suivre trois modules d’économie d’entreprise en plus du CFC. Maître viticulteur de formation, Guy Parmelin s’explique: «Au début, le projet allait beaucoup plus loin. On l’a réduit. Mais les faits sont têtus: les personnes les mieux formées arrivent à tirer de meilleurs revenus de leur exploitation et à mieux les positionner.»

L’autre changement majeur concerne les conjoint·e·s des exploitants, majoritairement des femmes. Leur couverture sociale devra être améliorée et, à l’avenir, elles auront un droit de préemption sur l’exploitation. «Si par exemple un couple en vient à divorcer, le ou la partenaire de l’exploitant sera mieux protégé·e», souligne Christian Hofer, directeur de l’OFAG.

Créé: 13.02.2020, 21h52

Exemples concrets: Des vaches laitières plus vieilles, c’est moins de pollution

Comment l’agriculture suisse peut-elle réduire ses émissions de gaz à effet de serre? Aucune mesure spectaculaire ne se dégage de la Politique agricole 2022+. En revanche, les experts de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) misent sur un bouquet de petites incitations, qui, additionnées, pourraient avoir un net effet, selon eux. Dans la liste de ces mesures figure un mystérieux «Durée d’utilisation (sic) plus longue des vaches laitières et des vaches mères». C’est-à-dire? Le sous-directeur de l’OFAG Bernard Belk explique: «Si nous arrivons à augmenter de deux ans la durée de lactation des vaches laitières dans tout le pays, nous pourrons diminuer de 6% les émissions de gaz à effet de serre de l’ensemble de l’agriculture.» Mais pourquoi donc? «Parce qu’on diminue les émissions de méthane.» Quelques dizaines de millions de francs sont prévus à cet effet.

Autres mesures prometteuses selon Bernard Belk, celles qui permettront d’augmenter l’humus dans les sols. «Cela a un fort impact: ça fixe le CO2», indique le sous-directeur, ajoutant que cela figure même dans les Accords de Paris sur le climat.

La Berne fédérale compte aussi soutenir des alternatives aux énergies fossiles pour les paysans. «On peut penser aux tracteurs électriques, par exemple», illustre Bernard Belk. De manière globale, le secteur agricole suisse a le même but que les autres: zéro émission de CO2 en 2050. D’ici à 2030 déjà, les rejets de gaz à effet de serre dus à l'agriculture devraient avoir diminué de 22% par rapport à 1990. L.BT

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