«Le consensus politique, une condition à notre prospérité»

RIE IIIBernard Rüeger, patron de PME à Crissier et membre du comité d’EconomieSuisse, reste optimiste. Il appelle les partis à renouer avec l’esprit de consensus. Et cite Vaud comme un exemple.

Pour Bernard Rüeger, notre fiscalité doit devenir «OCDE-compatible».

Pour Bernard Rüeger, notre fiscalité doit devenir «OCDE-compatible». Image: Vanessa Cardoso

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Pensez-vous que la réforme de la fiscalité des entreprises était trop compliquée pour être vendable aux citoyens?
On est le seul pays du monde qui vote sur une telle réforme! Partout ailleurs, le gouvernement décide. Cela nous force à un énorme travail pédagogique. Il est d’autant plus difficile de convaincre que les enjeux fiscaux varient d’un canton à l’autre. Les besoins ne sont pas identiques sur l’arc lémanique, à Nidwald ou à Bâle, car les tissus économiques régionaux sont très divers. Sur un plan plus émotionnel, le message fort à communiquer est le suivant: on ne conservera notre prospérité que si on se sent tous concernés. Or la volonté partagée de trouver des solutions mesurées et acceptables par le plus grand monde a beaucoup faibli, c’est inquiétant.

Ce qui était bon pour l’économie a longtemps été perçu comme bon pour la population. Mais ce lien semble rompu. Le peuple ne craint plus de désavouer l’économie. Avant le veto à la RIE III, il y a eu le vote contre le libre recrutement de la main-d’œuvre étrangère et celui contre les salaires des managers. Le malaise est profond, non?
Le monde a changé et très vite. Beaucoup de repères se sont effacés. La Chine défend le libre-échange, les Etats-Unis le protectionnisme: c’est comme si on inversait le pôle Nord et le pôle Sud! C’est déstabilisant. En Suisse, je m’inquiète de ce que la grande confiance longtemps placée par la population dans le Conseil fédéral semble envolée. Il y a une crise de leadership politique. Le Conseil fédéral est assez effacé. Et comme ailleurs, nos partis se sont radicalisés dans le sens du populisme. L’UDC avec Christoph Blocher, le PS avec Christian Levrat. Cela ajoute de la méfiance, même si le peuple suisse reste sage quand il dit non au salaire minimum, au revenu inconditionnel ou aux six semaines de vacances. Il y a des signaux contradictoires difficiles à interpréter pour l’économie, qui doit travailler avec toutes les forces politiques du pays.

La Suisse n’est-elle plus un paradis pour l’économie?
La Suisse reste privilégiée. Nous sommes les plus chers du monde et nous devons compenser par d’autres atouts: la stabilité, la prévisibilité, l’innovation et une fiscalité favorable au business. Le retour au consensus politique est la condition sine qua non pour préserver notre prospérité. Le Canton de Vaud donne un bel exemple duquel le pays peut apprendre. Pascal Broulis et Pierre-Yves Maillard sont des hommes d’Etat qui démontrent que la droite et la gauche peuvent s’entendre dans l’intérêt de la collectivité.

Et si le peuple avait raison? N’a-t-on pas peint le diable sur la muraille?
Non. La Suisse appartient au monde global qui impose des règles à tous. Tout est interconnecté. Le secret bancaire paraissait immuable, mais il a littéralement explosé. La Suisse sera sous une pression d’enfer si elle refuse les nouvelles règles fiscales internationales. Elle ne pourra pas résister.

Il y a une résilience suisse qui étonne. On finit toujours par bricoler une solution qui tient la route, non?
Je ne dirais pas qu’on bricole des solutions… Mais c’est vrai, je suis optimiste. On peut améliorer ce paquet. Des patrons m’ont d’ailleurs confié qu’ils voteraient contre pour pousser la Confédération à revoir sa copie en mieux.

Quel est le chemin à suivre?
La priorité, c’est alléger le paquet et rendre notre fiscalité OCDE-compatible. On a besoin d’une harmonisation minimale de la fiscalité faite aux sociétés étrangères et aux sociétés suisses. Il faut donner un peu d’oxygène aux PME et ne pas assommer les multinationales. Evitons d’ajouter des niches fiscales inspirées des pratiques répertoriées un peu partout à l’étranger. C’est déraisonnable, ça déséquilibre la réforme et ça multiplie les oppositions.

Créé: 14.02.2017, 06h36

Réaction des milieux économiques

«Les entreprises ont besoin de savoir où aller»

Après le rejet catégorique, dimanche, de la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III), la multinationale veveysanne Nestlé éprouve des regrets.

«Nous respectons pleinement la décision du peuple suisse. Nous sommes néanmoins un peu déçus du résultat de cette votation. Son objet était important pour le maintien de la concurrence et de l’attractivité de la Suisse, en tant que place économique. Pour notre propre entreprise, il n’y a pas de conséquences immédiates, car cette loi est en vigueur dans le canton de Vaud. Nous allons continuer à suivre de près la situation», indique Caroline Biétry, porteparole de Nestlé SA.

Les multinationales et les PME (petites et moyennes entreprises) partagent d’ailleurs au moins un point de vue sur le contexte actuel: celui-ci impose la recherche d’une solution rapide aux parlementaires suisses. Aux yeux de Frédérique Reeb-Landry, présidente du Groupement des entreprises multinationales (GEM), la solution pertinente ne saurait toutefois être seulement prompte. Elle devrait aussi s’avérer «compétitive et plus consensuelle, afin qu’elle soit acceptée par le peuple.»

La Fédération des entreprises romandes (FER, Genève) compte 27 000 membres. Il s’agit de multinationales, de quelques-unes des plus grandes entreprises du pays, mais aussi de petites sociétés (70% de ses adhérents emploient moins de cinq collaborateurs chacun). Tenant compte de la diversité de tous ces profils, le directeur général de l’organisation, Blaise Matthey, insiste sur l’impératif de la sécurité juridique: «Les entreprises ont besoin de savoir rapidement où aller. Plus le parlement tergiversera, plus l’incertitude fera des dégâts.»

Même souci de rapidité chez Swissmem, l’association de l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux. «Les citoyennes et citoyens ont rejeté dimanche la RIE III. Cela ne change cependant rien à la nécessité d’abolir les privilèges fiscaux accordés jusqu’à aujourd’hui à certaines entreprises. Le refus de cette réforme entraîne une insécurité juridique», prévient Philippe Cordonier, porte-parole de Swissmem.

Un tel avertissement n’a rien d’abstrait. Swissmem estime que la situation actuelle pourrait avoir des conséquences négatives sur les investissements des firmes. A cela s’ajoute le risque d’un affaiblissement de la place industrielle suisse, conduisant à des suppressions de postes de travail. Surtout dans un contexte conjoncturel peu favorable.
Philippe Rodrik

Articles en relation

La gauche triomphe, le peuple saborde la RIE III

RIE III Les vainqueurs sont galvanisés, le camp bourgeois courbe l’échine. Ils devront pourtant vite retravailler ensemble Plus...

La RIE III a été lâchée par les électeurs du centre droit et de l'UDC

Sondage Editorial Seuls les libéraux-radicaux ont fidèlement suivi le mot d’ordre de leur parti. La révolte est maximale à gauche et chez les bas revenus Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.