Le consommateur, dindon d’une farce hydraulique

EnergieLa loi votée pour moderniser les réseaux électriques fait deux victimes. Ménages et PME paieront le soutien aux renouvelables.

Le soutien à l'hydraulique s'est invité dans la loi sur les réseaux électriques. Ici le barrage de Zervreila, près de Vals (GR).

Le soutien à l'hydraulique s'est invité dans la loi sur les réseaux électriques. Ici le barrage de Zervreila, près de Vals (GR). Image: Keystone

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Derrière une loi très technique se cache une réalité assez simple. Pour sauver une révision législative nécessaire à l’approvisionnement énergétique, les deux Chambres ont accepté ce vendredi un coup de pouce aux énergies renouvelables non subventionnées. En clair, l’hydraulique. Une couleuvre pas facile à digérer pour les ménages et les PME. Car ce sont eux qui devront payer cette facture annuelle de 30 à 50 millions de francs.

Pour éviter cette issue, l’Union suisse des arts et métiers (USAM) s’est alliée – fait rarissime – avec la plus grande organisation alémanique de défense des consommateurs. Dans un mail envoyé juste avant que cette décision ne soit prise au Conseil national, ils exigeaient des élus que «les consommateurs et les PME ne soient plus les victimes des prix excessifs de l’électricité». Critiquant au passage «l’avidité du secteur électrique qui avait prévalu au sein du Conseil des États». En vain.

«Cadeau de Noël»

La mesure est limitée dans le temps (jusqu’à fin 2022) et les producteurs ne seront pas obligés de la répercuter, mais c’est un autre aspect qui laisse un goût amer à toute cette affaire. Dans une étude publiée en novembre, l’Office fédéral de l’énergie révélait en effet que seuls Alpiq et Axpo étaient vraiment en difficulté. Toutes les autres entreprises – comme les SIG, Romande Énergie ou les Forces Motrices Valaisannes – ont connu une évolution positive ces dix dernières années. Or les deux géants de l’électricité ne sont pas concernés par les nouvelles dispositions. Cette bouffée d’air frais va donc profiter aux autres acteurs, ceux qui sont loin de l’asphyxie.

«Personne n’est vraiment satisfait de cette solution», reconnaît le conseiller national Thomas Egger (PDC/VS). Comme beaucoup d’autres au centre et à gauche, il a fini par voter oui pour ne pas envoyer tout le projet à la poubelle. Une majorité de l’UDC et du PLR était cependant prête à faire capoter la loi pour ne pas devoir faire ce «cadeau de Noël anticipé aux gestionnaires de réseau sur le dos des consommateurs», pour reprendre les mots de Christian Imark (UDC/SO).

«D’autres énergies renouvelables, comme le solaire, sont concernées»

Adèle Thorens (Verts/VD), elle, soutient la révision avec conviction. «La différence de prix pour les consommateurs sera très faible (environ 0,1 centime par kWh) sur des prix de l’électricité qui sont déjà très bas. Ensuite, le coup de pouce prévu dans la loi ne touchera pas seulement l’hydroélectricité, mais aussi les autres énergies renouvelables, comme le solaire.» Et de citer le cas d’agriculteurs fribourgeois qui ont fait l’effort de se mettre au solaire sans être sûrs de toucher les subventions. «Les compagnies qui rachèteront cette énergie localement pourront l’acheter au prix de revient, puis répercuter ce prix sur leurs clients finaux. Il est pertinent de payer le juste prix dans un tel contexte, plutôt que de jouer le jeu du marché européen, qui fait la part belle à l’électricité sale.»

L’issue ne surprend pas Benoît Genecand (PLR/GE). «Au final, ce sont les lobbys les plus forts qui l’ont emporté sur ceux qui sont moins bien organisés.» Dans la bouche du Genevois, il s’agit notamment des cantons alpins, qui font ainsi retomber un peu la pression pour une baisse de la redevance hydraulique, autre piste pour aider les producteurs; et les paysans, redoutables à Berne pour défendre leurs intérêts.

«Le pire a été évité»

«Les petits consommateurs vont payer pour de grands producteurs, s’insurge Laurianne Alt­wegg, de la Fédération romande des consommateurs (FRC). On fait une fois encore reposer une grande partie des coûts de la Stratégie énergétique uniquement sur les clients captifs, à savoir les ménages et les PME, en préservant les plus gros utilisateurs d’énergie.» Un scandale? «Un demi-scandale. Le pire a été évité, entre autres car la mesure est limitée dans le temps.» (24 heures)

Créé: 16.12.2017, 08h43

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