«Pas de contradiction entre l’état de droit et la sécurité»

TerrorismeSimonetta Sommaruga a présenté jeudi la stratégie du Conseil fédéral pour mieux lutter contre le terrorisme. Interview.

Simonetta Sommaruga devant la presse jeudi à Berne.
Vidéo: Keystone

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La Suisse donne un tour de vis pour mieux lutter contre le terrorisme. Le Conseil fédéral a mis en consultation jusqu'au 13 octobre une série de mesures pénales qui représente un premier paquet de mesures dans une stratégie qui en comporte trois. En effet, deux autres volets suivront d'ici la fin de l'année. Explications avec la ministre en charge du dossier, la socialiste Simonetta Sommaruga.

24 heures - Quelles sont les mesures principales de votre stratégie contre le terrorisme?

Simonetta Sommaruga: Pour le Conseil fédéral, il est important de lutter de manière conséquente contre le terrorisme. Nous avons donc décidé de mener trois projets. Le premier, c'est de durcir les peines envers les terroristes qui pourront passer de 5 à 10 voire 20 ans de prison. Le deuxième volet, c'est de prendre des mesures contre les gens qui présentent un risque de commettre un acte terroriste. Il faut pouvoir les arrêter et les juger si besoin. Enfin, troisième point: la coopération internationale. Il faut vraiment pouvoir agir plus vite car parfois la vitesse est primordiale pour prévenir des actes terroristes.

Vous souhaitez maintenir l’état droit, donc de ne pas instaurer d’état d’urgence. Comment est-il possible de conserver les libertés et d’être en même temps plus répressif?

Je pense que c’est exactement cela que les terroristes veulent : nous faire abandonner l'état de droit. Nous n'accepterons jamais et nous allons lutter contre cela. Mais il n'y a pas de contradiction entre le respect de l’état de droit et la sécurité. Au contraire. Pour le Conseil fédéral, cela va clairement ensemble. C’est pourquoi, même si on introduit ces durcissements, nous respecterons toujours l’état de droit, car c’est ce à quoi l’on tient par-dessus tout.

Vous souhaitez arrêter les actes terroristes avant qu’ils ne se produisent. Comment va-t-on faire pour repérer les gens à risque?

D’abord il faut avoir la possibilité d’arrêter une personne présentant un risque concret. Mais il y a aussi la prévention. Car le chemin est long avant que quelqu’un se retrouve dans une telle situation. Et la prévention est alors très importante. Or, la Confédération ne peut pas agir seule. Les cantons, les villes, les communes doivent également travailler. Raison pour laquelle nous sommes en train de préparer ensemble un plan national de prévention.

Allez-vous faire appel aussi à la population?

C’est clair: nous ne souhaitons pas que tout le monde dénonce tout le monde! Mais il est quand même important que dans les écoles, au travail, ou dans les services sociaux par exemple, l'on sache au moins à qui s’adresser si on observe quelque chose. Et qu’il y a des endroits où des spécialistes savent comment procéder. J’ai vu lors de mon voyage au Danemark (ndlr: elle y était en avril dernier pour s'inspirer du modèle danois de «déradicalisation») que là-bas, il y a vraiment une bonne coopération entre la police, les écoles, les services de renseignement et les services sociaux. La prévention, cela veut donc dire une coopération qui doit bien fonctionner.

Au niveau de la coopération internationale, vous faites la différence entre l’échange d’informations et les preuves…

Avec l’entraide juridique que l’on a actuellement, nous pouvons bien sûr échanger des informations avec d’autres pays et si ceux-ci ont besoin de preuves, nous les leur donnons. Mais la procédure existante prend beaucoup de temps. Mais s'il est nécessaire d’agir vite, le Conseil fédéral veut que l’on ait la possibilité d’échanger des informations qui ne pourront alors pas servir de preuves. Là nous n'allons pas changer la procédure d’entraide juridique, car elle fait aussi partie de notre état de droit. Mais pour lutter contre le terrorisme, il faut avoir une coopération internationale. Aucun pays ne peut lutter tout seul contre le terrorisme.

Cela veut dire que les autorités agissaient jusqu’ici dans une zone grise?

La loi n'est pas assez claire et il y a des questions ouvertes que nous souhaitons maintenant régler sans déroger à nos principes d’état de droit.

Créé: 22.06.2017, 15h04

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