«Notre contre-projet est plus complet que le texte des paysans»

AgricultureJohann Schneider-Ammann répond en partie aux vœux de l'Union suisse des paysans d'inscrire la sécurité alimentaire dans la Constitution via un contre-projet. Il s'en explique. Interview du ministre.

Johann Schneider-Ammann a défendu devant la presse mercredi 29 octobre le contre-projet du COnseil fédéral sur la sécurité alimentaire.

Johann Schneider-Ammann a défendu devant la presse mercredi 29 octobre le contre-projet du COnseil fédéral sur la sécurité alimentaire. Image: Keystone

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La sécurité alimentaire pourrait bel et bien figurer dans la Constitution fédérale. Estimant l'initiative de l'Union des paysans (USP) trop centrée sur la production indigène, le Conseil fédéral, par la voix du ministre Johann Schneider-Ammann, a décidé mercredi 29 octobre de lui opposer un contre-projet direct. Explications avec le principal intéressé.

24 heures: Vous voulez inscrire la sécurité alimentaire dans la Constitution. Les paysans ont donc réussi à faire pression?

Johann Schneider-Ammann: Non. Cette décision n'a rien à voir avec une quelconque pression de leur part. Ce sont les délais de procédure qui sont en cause. Avec un contre-projet, nous disposons de 18 mois pour traiter cet objet, contre 12 mois sans. Nous avons donc calculé. Et nous disposons désormais de 3 à 4 mois pour établir notre message en vue de la consultation.

Vous cédez quand même à l’une de leurs principales revendications, même si vous n’êtes pas d’accord sur la définition de sécurité alimentaire. Pour vous, il n’est pas possible d’assurer cette sécurité sans recourir aux importations. Cherchez-vous à préparer le terrain en vue d’une libéralisation du marché du lait par exemple?

Non. Il n'y a aucune arrière-pensée. Ce que nous voulons - et nous sommes d’accord sur le but avec l’USP- c’est inscrire dans la Constitution la notion de sécurité alimentaire, même si notre vision est différente. L’USP se concentre sur tout ce qui est production indigène. De notre côté, nous sommes d’accord avec les 60% des denrées que nous pouvons produire en Suisse, mais nous estimons qu'il nous nous faut absolument 40% de produits importés. C’est pour cette raison que nous pouvons affirmer que notre contre-projet est plus complet.

Voulez-vous que les paysans produisent plus que 60% de produits indigènes?

Je crois que 60% est déjà une bonne proportion. Et c'est un chiffre qu'il ne sera pas si facile d'atteindre dans le futur. Car la population a augmenté ces dernières années. Jusqu'ici, nous avons réussi à maintenir cette proportion. Cela veut dire que la compétitivité et la productivité de l'agriculture suisse a augmenté. Si nous sommes capables à l'avenir de maintenir ce 60% de production indigène, je dirais que le secteur agricole a vraiment bien travaillé.

Si le peuple plébiscite quand même l'initiative des paysans, quel impact est-ce que cela aura sur votre politique agricole?

Nous devrions alors corriger la politique agricole 2014-2017 et toutes les suivantes. Or, nous avons trouvé avec le Parlement un bon équilibre entre les aspects biodiversité et production. Si on dit oui au texte de l'USP, nous allons nous retrouver avec une agriculture intensive, un point que nous avions corrigé dans la PA 2014-2017. Je ne souhaite par recorriger à nouveau cette partie-là.

Plusieurs initiatives en cours s'inquiètent de différentes manières pour l'agriculture et les aliments. N'était-il pas possible de les prendre aussi en compte dans un contre-projet global?

Non. Ce n'était pas possible car il y a 7 textes sur ce thèmes sur lesquels nous devons nous pencher en ce moment. Mais dans notre contre-projet actuel, il y a plusieurs éléments qui répondent aux inquiétudes, comme les aspects pour les consommateurs, ou la chaîne de valorisation.

Vous voulez aussi renforcer le développement entrepreneurial des exploitations agricoles. Qu'entendez-vous par là?

Je souhaite développer l'esprit entrepreneurial. Il faut créer un réseau de paysans responsables, qui agissent dans la mesure de leurs possibilités de manière ambitieuse pour obtenir des revenus. Et pour ce faire, la bureaucratie joue un grand rôle. Certes, on parle de réduire cette bureaucratie mais on n'en prend pas le chemin. C'est pourquoi je souhaite réduire les démarches administratives pour mieux permettre aux paysans d'agir en entrepreneurs. C'est délicat, difficile, mais c'est primordial de lancer des mesures qui vont dans cette direction.

(nxp)

Créé: 29.10.2014, 16h22

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