La Convention de Minamata basée à Genève

MercureLa Suisse a arraché un succès diplomatique dans la lutte contre le mercure, mais dans la douleur.

Mémorial de Minamata au Japon, en souvenir des personnes empoisonnées par le mercure.

Mémorial de Minamata au Japon, en souvenir des personnes empoisonnées par le mercure. Image: archive/photo d'illustration/Keystone

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La Suisse a arraché un succès diplomatique dans la lutte contre le mercure, mais dans la douleur. Au terme de longues négociations, elle a obtenu dans la nuit de vendredi à samedi le secrétariat de la Convention de Minamata qui sera établi à Genève.

«La venue du secrétariat de la Convention de Minamata va renforcer Genève comme centre de la gouvernance environnementale mondiale», s'est réjoui le directeur de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) Marc Chardonnens, qui présidait la première Conférence des Etats parties (COP1). La Suisse, qui avait lancé avec la Norvège le processus ayant abouti à l'accord sur le mercure, était la seule candidate.

Pour autant, la partie n'aura pas été facile et aura occupé les délégations jusqu'à 03h00 samedi. Au centre des discussions figuraient des divergences avec les Etats-Unis sur le format du secrétariat.

Selon des sources concordantes, la délégation américaine a poussé jusqu'au dernier moment pour reporter à la COP2 la décision sur l'attribution de cet organe et son financement. «Les Etats-Unis souhaitaient une contribution suisse plus élevée», a dit à l'ats le chef des affaires internationales à l'OFEV, l'ambassadeur Franz Perrez.

Contribution gelée

Le secrétariat sera opérationnel début janvier prochain. Il sera indépendant des trois autres Conventions de l'ONU sur les produits chimiques et les déchets dangereux, un scénario que ne privilégiait pas la Suisse qui le financera avec un million de francs.

Toutefois, «la formule définitive sera décidée à la COP2 en novembre 2018 à Genève», ajoute M. Perrez. Aussi longtemps qu'aucune autre offre ne sera lancée, qui demanderait une approbation de tous les Etats, l'organe restera à Genève.

Pour forcer le consensus, la présidente de la Confédération Doris Leuthard avait annoncé jeudi devant la COP une contribution supplémentaire d'un million de dollars pour des programmes spéciaux. A condition qu'une «bonne solution» pour le secrétariat à Genève soit décidée. Cette enveloppe restera gelée en attendant les décisions de la COP2 sur cette question.

ONG et interpellations Tout au long de la semaine, la Suisse n'aura pas été ménagée sur ces prétentions. Par un réseau d'ONG, d'abord, qui a exigé qu'elle abolisse intégralement ses exportations de mercure.

Devant quelques journalistes, Mme Leuthard a insisté jeudi sur le fait que de telles ventes seraient maintenues tant qu'elles ne contournent pas la Convention. Une ordonnance est prévue d'ici la fin de l'année pour mettre en oeuvre les restrictions décidées lors de la COP1 à Genève.

A terme toutefois, la présidente considère que l'objectif pour tous les pays devrait être l'arrêt des exportations. La Suisse a exporté 30 tonnes de ce métal lourd en 2016, une quantité en baisse.

Autres appels aux autorités fédérales, deux interpellations parlementaires ont été déposées jeudi à Berne pour clarifier la compatibilité de la filière d'importation d'or avec la Convention de Minamata. Les concentrations les plus importantes de mercure sont en effet observées dans les activités minières pour l'extraction de ce métal précieux.

Or et charbon dans le viseur

Plus de quinze millions de travailleurs et leurs proches sont directement exposés. D'ici 2032, le mercure ne devra plus être utilisé dans ce type d'activités.

Là encore, Doris Leuthard se veut rassurante, suite au lancement d'un mécanisme par le Secrétariat d'Etat à l'économie, même si elle admet que des efforts doivent encore être fournis. Selon elle, «toute la chaîne a une sensibilité, jusqu'au produit final», y compris les banques et les entreprises de négoce de matières premières.

Des directives sur l'extraction d'or artisanale ont été adoptées à la COP1. Une autre porte sur la réduction des émissions des centrales au charbon, des usines d'incinération ou des cimenteries.

Plus de 150 Etats présents

Selon la Convention, d'ici 2020, des produits utilisant du mercure - comme des thermomètres - devront avoir disparu. Signé en 2013, l'accord est entré en vigueur en août dernier. Elle porte le nom d'une ville japonaise où un déversement industriel de mercure a provoqué, surtout dans les années 50, des troubles neurologiques chez de nombreuses personnes pendant des décennies.

Plus de 1300 délégués ont participé à la COP1, dont deux présidents et près de 80 ministres. Au total, 154 pays étaient présents à Genève, dont 128 signataires parmi lesquels figuraient plus de 80 Etats parties. (ats/nxp)

Créé: 30.09.2017, 08h49

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