Ils ramassent sans masques nos détritus potentiellement contaminés

CoronavirusLe personnel de la voirie joue un rôle fondamental, a fortiori durant l’épidémie. Mais les protections manquent.

Le SSP dit avoir reçu de nombreux appels d’employés de la voirie inquiets.

Le SSP dit avoir reçu de nombreux appels d’employés de la voirie inquiets. Image: Joëlle Fabre

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Tous les jours, à l’arrière des camions, les employés de la voirie collectent nos détritus. En cette période où il est plus que nécessaire de tenir les rues propres, ils travaillent bien souvent sans masque. «Nous en avons commandé, qui ne sont jamais arrivés», déplore Roxane Faraut Linares, responsable de l’élimination des déchets à Nyon.

La municipale énumère les dispositions prises par la Ville pour ces employés. «Nous avons libéré le personnel à risque pour le protéger. Ceux qui continuent de travailler portent leurs gants de sécurité, car ils peuvent se blesser avec les objets contondants qu’ils collectent. Ils les changent plus régulièrement, tout comme leurs vêtements, qui passent au lavage plus souvent que d’habitude.»

«Nous veillons à ce que les bons gestes soient respectés», assure Stéphane Beaudinot, chef du Service de la propreté urbaine à Lausanne. Du gel désinfectant a été mis à la disposition du personnel, et les travailleurs à l’arrière du camion sont de toute façon à une distance de 2 mètres l’un de l’autre. «Les chargeurs ont la consigne de ne plus entrer dans la cabine avec le chauffeur», ajoute le responsable. «De toute manière, on ne touche pas les sacs en plastique, seulement les conteneurs dans lesquels ils se trouvent», indique Frédéric Bomba, chef d’équipe de la propreté urbaine à Morges.

Renoncer au tri

Au niveau de la Confédération, des recommandations supplémentaires concernant l’élimination des ordures ménagères ont été émises le 19 mars dernier. Elles demandent à la population de placer dans de petits sacs en plastique fermés par un nœud les masques, mouchoirs, articles hygiéniques et serviettes en papier immédiatement après avoir été utilisés, puis de placer ces sachets dans un sac taxé.

«Les ménages dans lesquels se trouvent des personnes malades ou en quarantaine doivent renoncer au tri usuel du PET, de l’alu, du papier, etc., ajoute le document. Ces déchets doivent être éliminés avec les ordures ménagères afin d’éviter toute transmission du virus par ce biais. Il en va de même pour les déchets verts et le compost, qui doivent, eux aussi, être jetés avec les ordures ménagères.»


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«Nous n’avons aucun moyen de savoir si tout le monde applique bien ces recommandations», regrette Michel Magnin, chef d’exploitation des déchets urbains et de la propreté à Nyon. Le responsable s’inquiète pour la santé des membres de son équipe et le risque inhérent d’être en sous-effectif. «On a mis huit personnes vulnérables à l’arrêt pour les protéger. Rien que pour Nyon, on a besoin de quinze personnes sur le terrain. Pour pallier les éventuels malades, on a mis en place un tournus, avec neuf personnes qui restent à l’abri à la maison et qui iront travailler la semaine prochaine pendant que quinze autres sont sur le terrain.» Il manque donc déjà, en l’état, six personnes, alors que, comme le chef d’exploitation le rappelle, «ramasser les ordures est une nécessité pour éviter notamment que d’autres maladies ne se répandent».

Municipal à Penthéréaz, Laurent Droz fait partie des volontaires qui effectuent le ramassage des déchets une fois par semaine dans son village de 420 âmes. «À l’échelle de ma commune, cela ne m’inquiète pas de faire la tournée, témoigne-t-il. Mais pour les équipes en ville, ça doit être stressant. Surtout que les déchets à collecter sont en sensible augmentation, environ 20% de plus que d’habitude selon mon constat, puisque les gens restent à la maison et engendrent plus d’ordures.»

Manque d’anticipation

Du côté des syndicats, l’inquiétude et l’agacement se mélangent. «On a eu énormément d’appels la semaine dernière de la part de ces employés, informe Maria Pedrosa, secrétaire syndicale pour la commune de Lausanne au SSP (Syndicat des services publics). Les travailleurs de la voirie ne sont pas rassurés.»

Le constat est semblable à La Côte. «Ce personnel est très exposé, puisqu’il est potentiellement en contact direct avec le virus dans les ordures, s’inquiète Letizia Pizzolato, chargée de la commune de Nyon au SSP. Les employés qui nous appellent regrettent le manque de considération des autorités pour le travail qu’ils fournissent et leur santé.»

Le syndicat conçoit parfaitement bien que le personnel médical et hospitalier soit prioritaire sur la question des masques. «Pour nous, les employeurs publics n’ont pas suffisamment anticipé et pris la mesure de la situation. Ils n’ont surtout pas assez pris au sérieux les risques courus par les travailleurs, en particulier ceux qui collectent nos déchets.»

Créé: 26.03.2020, 07h48

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