«La planète respire un peu plus grâce au coronavirus»

ClimatAuteure principale de plusieurs rapports du GIEC pour la Suisse, la climatologue Sonia Seneviratne souhaite que le répit offert à la planète par le coronavirus soit suivi d’effets.

Après un postdoctorat à la NASA, la Vaudoise Sonia Seneviratne est à Zurich depuis 2006.

Après un postdoctorat à la NASA, la Vaudoise Sonia Seneviratne est à Zurich depuis 2006. Image: Hervé Le Cunff

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Les images, qui ont fait le tour du monde, en ont émerveillé plus d’un. Il y a quelques jours, les canaux de Venise, jusque-là verdâtres, sont redevenus limpides. En Sardaigne, l’apparition rarissime de dauphins dans le port de Cagliari a fait naître le même sentiment: la nature est en train de reprendre ses droits. Avec près de deux milliards de personnes appelées à se confiner, une activité industrielle au ralenti et un trafic routier et aérien en berne, la pollution chute: la planète respire.

Le phénomène n’a évidemment pas échappé à la professeure de l’EPFZ Sonia Seneviratne, climatologue spécialiste des événements extrêmes et auteure principale pour la Suisse de rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

La planète est-elle la grande gagnante de la crise actuelle?
Il est encore trop tôt pour le dire et il faut surtout relativiser, car nous traversons une crise sévère. Il est vrai qu’avec le confinement et les mesures très fortes décidées, les émissions de dioxyde d’azote (NO2) et de dioxyde de carbone (CO2) ont chuté, même de manière spectaculaire en certains endroits, et que la pollution diminue. De récents relevés satellites montrent clairement qu’il y a une forte diminution des émissions, en particulier en Chine et en Italie. Les données exactes ne sont pas encore connues, mais certains experts tablent sur une diminution du CO2 de 0,2 à 1,2% cette année. Temporairement, la planète respire un peu plus.

Le Covid-19 offre donc aux climatologues et aux militants de l’environnement la situation qu’ils réclament depuis des années?
Je n’irais pas jusque-là, car cela pourrait donner la fausse impression que ce qui est nécessaire au bien de la planète est forcément dramatique. Certains changements qui ont récemment eu lieu correspondent en effet à ce qu’il faudrait faire pour un monde sans autant d’émissions de CO2 et nous pourrons nous appuyer sur cette expérience, mais nous avons quand même plus de temps. On parle de l’urgence climatique, mais nous avons quelques années pour inverser la tendance. La solution n’est pas d’être tous confinés à la maison. Pour le bien de la planète, les efforts à consentir sont moins grands que ceux qui nous sont demandés aujourd’hui.

Par exemple?
Nous pouvons apprendre de la situation en développant d’autres modes de consommation, en privilégiant les circuits courts, en consommant localement, parce que cela émet moins de CO2. Il faudra se rappeler ce qui rend la société plus résiliente. On se rend compte de notre dépendance aux chaînes de distribution et de leur si grand rôle à l’échelle globale. On le voit avec les masques de protection. Il n’y a que quelques régions sur Terre qui en produisent. Lorsqu’elles sont infectées, la planète est menacée de pénurie. La situation actuelle n’est donc pas la solution, mais elle propose quelques pistes intéressantes. Il faudra s’en souvenir: plus de local, moins de mobilité. Le tout dans un climat plus apaisé.

Les baisses d’émissions sont flagrantes. À quand faut-il remonter pour en trouver d’aussi significatives?
À la crise financière de 2008. Le phénomène est connu: les émissions de CO2 sont liées au PIB. En temps de crise, on pollue moins.

Les fameux objectifs du GIEC, comme celui d’un réchauffement n’excédant pas 1,5 degré, pourront-ils être atteints grâce au virus?
Si nous étions dans une situation pareille durant plusieurs années, on pourrait imaginer que oui, encore que les émissions nettes de CO2 devraient devenir nulles, ce qui requiert par exemple le développement des énergies renouvelables, ce qui semble difficile dans le contexte actuel. Par ailleurs, je ne souhaite évidemment pas que nous restions dans cet état de pandémie. En revanche, la crise du Covid-19 doit être l’opportunité de repenser notre société. Réaliser que l’être humain doit avoir la priorité sur l’économie. Les dangers liés au climat font courir le risque d’avoir des zones agricoles affectées par des événements extrêmes. On pourrait donc de nouveau faire face à de telles crises, mais qui prendront d’autres formes. Une pénurie de production agricole à l’échelle globale est possible!

On voit poindre les plans de relance de l’économie, qui se chiffrent en milliers de milliards, débloqués en quelques jours. C’est bien plus que ce que réclament les défenseurs du climat.
C’est la preuve qu’en cas de crise majeure, des fonds peuvent être débloqués. La santé est menacée, on ne discute pas. Le problème de l’urgence climatique, c’est qu’on est dans un temps plus long et qu’on parle de probabilités. Mais plus le temps passe, plus la probabilité d’être confronté à une crise majeure augmente. C’est moins immédiat, c’est moins concret, mais on sait que le risque augmente. Or nous ne nous y préparons pas assez. Comme pour le Covid-19. On savait qu’il y avait un risque de pandémie, des experts le disaient, on ne s’est pas assez préparé. Comprendre et accepter cette vulnérabilité peut nous aider à mieux affronter l’urgence climatique.

Des chercheurs pensent que la pollution a pu jouer un rôle dans la diffusion du virus.
Il est possible que la pollution et les particules fines aient pu jouer un rôle. Ce qui est certain, c’est que dans les régions fortement polluées, la santé générale des personnes et leurs poumons sont affectés. Cela a pu jouer un rôle dans les impacts du virus sur la santé des personnes affectées.

Cette crise aura-t-elle des effets durables ou craignez-vous un retour de manivelle lors de la reprise?
Espérons qu’elle agisse comme un électrochoc qui nous oblige à repenser notre société. Ce serait à ce titre un mauvais signe si les compagnies aériennes, qui demandent des aides de l’État, ne soient soumises à aucune contrepartie. Le problème de l’urgence climatique est systémique, les questions principales sont: arriverons-nous à apprendre de cette expérience? Pourrons-nous nous servir de cela pour développer d’autres formes d’échanges, d’autres manières de travailler et même de vivre?

Créé: 24.03.2020, 06h43

Le virus aurait été dopé par la pollution

La pollution et les particules fines, qui pénètrent profondément dans les moindres recoins des poumons, auraient joué un rôle déterminant dans la propagation ultrarapide du Covid-19. C’est ce qu’affirme une étude des universités italiennes de Bologne et de Bari publiée en fin de semaine dernière.

Agissant comme une véritable «autoroute» qui flotte dans l’air durant des jours et qui se déplace sur de longues distances, remettant en cause la désormais sacro-sainte distance de sécurité de 1 mètre, les particules fines auxquelles s’agrègent les virus sont massivement présentes dans les régions polluées telles que celles de Wuhan, berceau chinois de la pandémie, et du nord de l’Italie. «Dans la vallée du Pô, on observe une accélération anormale de l’expansion de l’épidémie correspondant à une forte concentration de particules fines deux semaines plus tôt, indique Leonardo Setti, de l’Université de Bologne, au journal «La Repubblica», repris par plusieurs médias. La poussière fait ainsi office d’autoroute pour le virus.»

Prenant le cas de la ville de Brescia, l’une des plus polluées de la Botte, le site Futura-Sciences relève qu’elle figure «parmi les villes les plus frappées par l’épidémie». Il y aurait donc un lien entre le nombre de personnes infectées et le dépassement des limites légales des concentrations de particules fines (50 microgrammes par mètre cube d’air pour les particules PM10 et 25 microgrammes par mètre cube d’air pour les PM2,5 en Suisse). La redoutable association particules fines-virus avait déjà fait des ravages avec la grippe aviaire.

En chiffres

40

Relevés satellites à l’appui, l’Agence spatiale européenne (ESA) estime que les émissions de dioxyde d’azote (NO2), l’un des principaux polluants atmosphériques, ont chuté de 40% dans les zones chinoises confinées entre fin décembre et mi-mars.

0,2-1,2

Plusieurs plateformes d’observation du climat et de l’économie, comme Global Carbon Project, prévoient une baisse des émissions mondiales de CO2 de 0,2 à 1,2% en 2020 en raison du Covid-19.

77'000

En Chine, 77'000 vies (4000 enfants et 73'000 adultes) auraient été sauvées par l’impressionnante baisse de la pollution induite par les mesures drastiques prises pour lutter contre le Covid-19, selon Marshall Burke, spécialiste en économie des ressources environnementales à l’Université Stanford.

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