Le groupe sanguin O serait avantagé face au coronavirus

ÉpidémieÀ l’inverse, les personnes du groupe A auraient plus de risques d’être atteintes, selon une étude menée en Chine.

Le lien entre groupe sanguin et résistance au Covid-19 pourrait avoir un intérêt dans le développement d’un traitement.

Le lien entre groupe sanguin et résistance au Covid-19 pourrait avoir un intérêt dans le développement d’un traitement. Image: Denis Balibouse/Keystone

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Nous ne sommes pas tous égaux face au SARS-CoV-2, le coronavirus à l’origine de la maladie qui paralyse la planète. Les plus de 65 ans et les personnes souffrant de maladies chroniques sont plus à risque. Les femmes sont un peu moins touchées. Selon une étude statistique réalisée en Chine, le groupe sanguin jouerait aussi un rôle: les personnes du groupe O auraient moins de risques de contracter la maladie, alors que celles du groupe A seraient plus vulnérables.

L’étude en question a été réalisée sur 2173 personnes infectées par le virus dans trois hôpitaux chinois, dont les données ont été comparées avec celles d’habitants de la même région qui n’ont pas été infectés. Résultat? Selon les chiffres publiés dans les médias, les gens appartenant au groupe O ont en moyenne 33% de risques en moins d’être touchés par le nouveau virus. Et ceux du groupe A, 21% de risques en plus. Les conclusions ont été diffusées sur le site medRxiv, qui insiste lui-même sur le fait que l’étude chinoise n’a pas encore fait l’objet d’un examen par les pairs. Cela signifie qu’il s’agit de prétravaux, dont les forces et les faiblesses devront encore être discutées dans la communauté scientifique.

Selon Heidrun Andreu-Ullrich, responsable de Transfusion interrégionale CRS pour la Suisse romande (l’organe qui assure l’approvisionnement en sang dans les cantons de Vaud et du Valais), ces conclusions chinoises sont «intéressantes». «Elles s’inspirent d’études sur le SRAS (ndlr: syndrome respiratoire aigu sévère), qui montraient déjà un lien entre le groupe sanguin (système ABO) et la résistance au virus», explique la médecin. Pour mémoire, l’épidémie de SRAS s’est disséminée dans le monde entre 2002 et 2003, avant de s’éteindre. Or le coronavirus qui en était la cause était génétiquement proche du SARS-CoV-2 actuel.

Anticorps spécifiques

L’explication de tout cela? Les personnes appartenant au groupe O développent dans les premiers mois de leur vie des anticorps anti-A et anti-B. «Un mécanisme possible est que ces anticorps anti-A réduisent la capacité du coronavirus de pénétrer dans les cellules où il est répliqué», poursuit Heidrun Andreu-Ullrich. Si la tendance lui semble correcte, la doctoresse affiche en revanche des doutes sur la précision des chiffres obtenus en Chine. En calculant des fourchettes plutôt que des moyennes, elle conclut que le risque diminue de 25 à 45% pour le groupe O et augmente de 2 à 43% pour le groupe A. Or, selon elle, une augmentation de 2% n’a pas «grand intérêt».

Les groupes sanguins, en revanche, ne semblent pas avoir d’influence sur la gravité de la maladie chez les personnes qui la contractent. «Les Chinois disent que les conséquences sont moins lourdes chez celles et ceux appartenant au groupe O, poursuit Heidrun Andreu-Ullrich. Mais si on analyse leurs statistiques, on voit que ce n’est pas le cas.» L’appartenance à un groupe plutôt qu’à un autre ne justifie donc pas une prise en charge médicale différente.

Une question reste en outre ouverte: qu’en est-il des personnes appartenant au groupe B? «Cette population étant moins importante, il n’y a pas de conclusion possible à son sujet dans cette étude.»

Précautions pour tous!

Dans le monde, les groupes sanguins O et A sont les plus nombreux, avec des différences suivant les régions géographiques. En Suisse, les A sont un peu plus présents (voir l’infographie ci-dessous). Selon Heidrun Andreu-Ullrich, il ne faut pas s’inquiéter d’un côté ni se réjouir de l’autre. «Tout le monde doit prendre des précautions, quel que soit son groupe sanguin. Beaucoup d’autres facteurs entrent en ligne de compte dans le fait que certaines personnes sont plus à risques que d’autres face au virus.»

Cliquez sur l'image pour l'agrandir (Infographie: Gilles Laplace)

Ces découvertes ont-elles un intérêt dans la lutte contre le Covid-19? «Ce n’est pas utilisable dans l’immédiat, mais cela pourrait avoir un intérêt dans le développement d’un traitement», répond Heidrun Andreu-Ullrich.

Créé: 23.03.2020, 21h19

Don du sang

La récolte s’est compliquée

Les appels à donner son sang se multiplient, afin de ne pas rompre la chaîne d’approvisionnement. Les donneurs habituels peuvent continuer à le faire (à condition de ne pas appartenir aux groupes à risques ou d’avoir plus de 65 ans).

En tant que tel, le Covid-19 ne nécessite pas de transfusions. Mais, même si les opérations non urgentes ont été renvoyées, les besoins demeurent. Or, la récolte est devenue compliquée. «Les donneurs doivent être isolés et les collectes prennent deux à trois fois plus de temps», dit Heidrun Andreu-Ullrich. Pour mémoire, le coronavirus se transmet par gouttelettes et non par le sang. «Nous n’avons pas assez de recul pour l’affirmer avec certitude, précise la responsable romande de Transfusion interrégionale CRS. Nous excluons de toute manière toute personne qui présente le moindre symptôme.»

Après une infection, on ne peut donner son sang dans les quatre semaines suivant la guérison. Il est aussi demandé à ceux qui donnent leur sang puis tombent malades dans les quatorze jours de l’annoncer et à ceux qui côtoient un malade d’attendre quatorze jours. Concernant les dons d’organes, certains ont été suspendus, mais les programmes pour lesquels il y a des indications vitales (foie, cœur, poumon) se poursuivent.

www.jedonnemonsang.ch

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