Le silence plombe Madrid

EspagneCloîtrés chez eux sous peine de forte amende, les habitants de la capitale ont basculé dans un scénario de film catastrophe.

Au cœur de la capitale espagnole, des équipes désinfectent la Plaza Mayor, déserte.

Au cœur de la capitale espagnole, des équipes désinfectent la Plaza Mayor, déserte. Image: AP / Manu Fernandez

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Les rues de Madrid se sont vidées malgré le soleil. Sans un bruit. Les rideaux de fer sont baissés, les autobus circulent sans passagers. «Restez chez vous!» hurlent en boucle les haut-parleurs des patrouilles de police. Les drones des forces de sécurité survolent le parc du Retiro pour vérifier que personne n’est allé passer l’après-midi clandestinement sur les pelouses, fermées au public.

L’Espagne est le deuxième pays d’Europe le plus touché par le virus après l’Italie, avec plus de 17'000 cas et 767 décès jeudi. Et la montée en flèche des contagions menace les hôpitaux publics, au bord de l’engorgement, surtout dans la région de Madrid, principal foyer de contagion. Depuis la proclamation de l’état d’alerte, le dimanche 15 mars, toute la population du pays est soumise à un confinement sévère, autorisée à ne sortir qu’individuellement et en cas de force majeure strictement définie: seulement pour aller travailler, faire des courses alimentaires, se rendre à la pharmacie ou à l’hôpital et sortir son chien. Interdiction de se promener ou de faire son jogging.

Jusqu’à un an de prison

Les rares passants, potentiellement «suspects», doivent pouvoir justifier leur présence dans la rue. Ils risquent des pénalités pouvant aller de 100 euros à 1 an de prison, pour ceux qui allongeraient leurs promenades ou en profiteraient pour faire du sport dans la rue. Mais les sanctions pourraient grimper fortement, jusqu’à 30'000 euros pour ceux qui résisteraient aux forces de l’ordre et même 600'000 euros pour ceux qui mettraient en danger la santé publique.

À l’entrée du supermarché, dans le quartier d’Argüelles, au centre de Madrid, la queue sagement espacée s’allonge le long du trottoir. Silencieuse. «Prière d’entrer un à un dans le magasin et de garder les distances dans la file d’attente», indique l’affichette. Chacun patiente en regardant son téléphone pour éviter tout contact visuel avec les voisins, comme si le virus allait s’attraper en croisant le regard d’un inconnu. On enfile les gants distribués à l’entrée du magasin et on circule rapidement entre les rayons, pressé de quitter l’endroit familier devenu soudainement hostile.

«Tout ce qui était naturel devient compliqué et on ne sait pas combien cela va durer», explique Salvador, devant son kiosque à journaux, l’un des seuls commerces ouverts, alors que non loin de là, un agent de sécurité a relevé son masque sanitaire pour fumer une cigarette. «On espère juste que nos efforts serviront vraiment à bloquer l’épidémie», soupire Arnaldo, le marchand de légumes du quartier, en préparant les paniers pour les commandes effectuées par WhatsApp. Il ira les livrer aux voisins qui ne se risquent pas à sortir de chez eux.

Hôpitaux de fortune

«C’est comme si on avait basculé dans un film postapocalyptique», glisse Maité, éducatrice de jardin d’enfants, qui a du mal à croire ce qui arrive. «On est encore sous le choc, on n’a rien vu venir, avoue-t-elle. On a regardé ce qui se passait en Chine comme si cela se déroulait sur la planète Mars, et ensuite on n’a pas compris comment l’Italie avait été aussi vite débordée. Et maintenant, on ne comprend pas plus comment nous en sommes arrivés là.» En quelques jours, l’Espagne est entrée dans un long couvre-feu, et s’installe dans une sorte d’économie de guerre. «Le plus dur est encore devant nous», a prévenu le chef du gouvernement, Pedro Sánchez, pendant qu’à Madrid, des hôtels vidés de leurs touristes et voyageurs d’affaires ont été transformés en hôpitaux de fortune pour accueillir les malades présentant des symptômes légers et soulager ainsi les hôpitaux, débordés. Mais c’est du côté des résidences de personnes âgées que le panorama est le plus noir, alors que des foyers de contagion non détectés ont provoqué des dizaines de morts parmi les internés.

Un géant de la mode à la rescousse

Les entreprises s’unissent à l’effort, comme le géant de la mode Zara, qui a annoncé la livraison de 300'000 masques aux hôpitaux. Il propose aussi de fabriquer des blouses de protection pour le personnel soignant dans ses usines textiles et met disposition de l’État espagnol les avions et camions qui, d’habitude, servent à livrer tous ses magasins à travers le monde. Il s’agit de pouvoir organiser rapidement le transport de matériel sanitaire acquis en Chine pour répondre aux besoins urgents des hôpitaux espagnols.

Créé: 19.03.2020, 23h04

Les Pays-Bas et la Suède résistent au confinement

Le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, semble bien seul dans l’état d’alerte général. Si la plupart de ses voisins ont décrété ou vont décréter ces prochaines heures le confinement, il reste droit dans ses bottes. Le gouvernement veut qu’un maximum de citoyens attrapent le virus et développent naturellement des anticorps. L’idée qui prédomine aux Pays-Bas est que plus il y aura de gens immunisés, moins il y aura de risque que la contagion s’étende aux personnes vulnérables.

Dans une intervention télévisée, le premier ministre a justifié lundi sa position, en expliquant qu’un confinement du royaume pourrait durer entre plusieurs mois et un an, sans garantie que le Covid-19 ne frappe pas à nouveau lorsque les mesures seraient levées. Mais pour étaler cette immunité collective dans le temps, il a malgré tout décidé de fermer écoles, bars et restaurants. Pour l’anecdote, les coffee shops seront réduits à la vente à l’emporter.

Entourée de voisins qui pratiquent le confinement, la Suède fait ce même pari, avec des recommandations plutôt que des mesures coercitives. Seuls les rassemblements de plus de 500 personnes sont interdits – contre 5 dans d’autres pays. Les universités et lycées sont fermés, mais pas les écoles. Et les Suédois profitent des frimas du printemps pour s’attabler sur les terrasses des restaurants. La Suède se laisse guider par son corps scientifique, parole sacrée dans ce pays, où même le roi a demandé à ses sujets de s’en remettre aux experts. Qui considèrent par exemple que les enfants, porteurs asymptomatiques, sont mieux à l’école qu’à la maison, où ils contamineraient leurs parents. L’Agence de la santé publique table sur une propagation aussi lente que possible du virus pour ménager les hôpitaux, qui, avec 2,4 lits pour 1000 habitants, détiennent le chiffre le plus faible de l’OCDE.

Reste que le refus de ces deux pays de confiner est de plus en plus critiqué. D’autant que le Royaume-Uni, partisan de la première heure de la théorie de la «herd immunity», a finalement renoncé après avoir été mis en garde par ses scientifiques que la pandémie pourrait causer plus de 250000 morts.

Les chiffres ne permettent pas pour l’heure de trancher. Les Pays-Bas (17,2 millions d’habitants) comptaient jeudi 2460 personnes contaminées et 76 décès, tandis que la Belgique (11,4 millions d’habitants), par exemple, dénombrait 1795 cas et trois fois moins de morts (21). Pourtant, la Suède (10,1 millions) recense encore moins de cas (1423) et seulement 10 morts. Seul le temps dira finalement qui a eu raison. Virginie Lenk

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