Les vignerons offrent le port et vantent le visioapéro

CoronavirusLes commerces de vin peuvent rester ouverts, au même titre que les épiceries.

Yves de Mestral ouvre sa cave le samedi, en espérant compenser un peu les ventes perdues à cause de l'annulation des salons.

Yves de Mestral ouvre sa cave le samedi, en espérant compenser un peu les ventes perdues à cause de l'annulation des salons. Image: DR

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«Tous confinés, les vins vaudois viennent à vous pour égayer vos apéros virtuels!» La page d’accueil de l’Office des vins vaudois affiche un COVID-19 en lettres majuscules et cette injonction à boire vaudois. L’office a même lancé un annuaire, sur base volontaire, des producteurs vaudois qui livrent à domicile, avec un lien direct pour commander. Ces derniers n’ont pas attendu cette démarche coordonnée pour proposer une livraison souvent gratuite, quelle que soit la quantité commandée.

Au Domaine de Maison Blanche à Mont-sur-Rolle, Yves de Mestral ne livre pas gratuit, mais applique les conditions des salons, soit une réduction sur le prix de la bouteille. Il propose aussi depuis samedi passé l’ouverture de sa cave, par le biais d’un panneau qu’il a posé dans un carrefour. Il remettra ça si le confinement général n’est pas décrété. «Normalement, je suis tous les samedis de printemps sur les salons, mais ils ont été annulés», témoigne-t-il. Une tuile de plus pour les vignerons, qui sont déjà à la peine. Les cinq salons de printemps fréquentés d’habitude par Yves de Mestral représentent 50% de son chiffre d’affaires.

L’initiative placardée sur la route, avec le slogan «Pour un confinement dans la bonne humeur», n’a pas eu grand succès samedi passé. «Les gens sont stressés, c’est la cata, soupire-t-il. On a pu boucler notre année grâce à la vente en bouteilles, vu les prix risibles du vrac, et maintenant, paf, c’est la bouteille qui ramasse!»

Besoins quotidiens

À Vevey, l’œnothèque Vinaria d’Obrist est ouverte selon les horaires habituels. Dans son ordonnance du 16 mars, le Conseil fédéral admet que les magasins de vins et spiritueux entrent dans la liste des commerces qui doivent continuer à être exploités pour que la population puisse couvrir ses besoins quotidiens… «Nous avons pris les directives au pied de la lettre, enlevé les verres et bouclé le coin dégustation», indique Alain Leder, directeur d’Obrist. Un système de paroi est en passe d’être trouvé pour protéger les vendeurs, du gel hydroalcoolique est proposé à la caisse et un marquage au sol garantit une distance de 2 mètres entre les rares clients qui peuvent se trouver ensemble dans le magasin (cinq y compris le personnel). «Mais il y a de toute façon bien moins de monde que d’habitude», témoigne Alain Leder.

«Sans les restaurants, nos chauffeurs peuvent être mobilisés pour les particuliers»

Pour ne pas perdre une clientèle confinée chez elle, Obrist comme beaucoup d’autres propose la livraison gratuite dans toute la Suisse jusqu’à fin avril, alors qu’elle n’est valable habituellement que dès 300 francs d’achat (20 fr. si en dessous). L’entreprise propriété de Schenk a sa propre logistique pour la livraison. «Nous avons réduit le temps de travail de nos chauffeurs, vu que nous ne livrons plus les restaurants. Ils peuvent donc être mobilisés pour ces livraisons aux particuliers.» Jusque-là, Obrist n’a pas eu de commande inférieure à 120 francs, mais livrera même trois bouteilles par-ci par-là. «On espère que la marge dégagée permettra de couvrir les frais», dit Alain Leder.

Ces frais s’ajoutent aux frais fixes de tous les producteurs, des indépendants souvent déjà endettés. Et qui ne peuvent pas mettre leurs employés au chômage, dans cette période où la vigne a besoin de soins. «Ils ont gelé les poursuites, c’est sympa. Et j’ai appris qu’on aurait droit à des prêts sans intérêt, mais on ne va pas encore creuser davantage!» s’exclame Yves de Mestral. L’entrepreneur attend un geste du Canton. «Je dois payer une taxe OVV (ndlr: dédiée à la promotion des vins vaudois) pour du vin qui ne se vendra pas…»

Interrogé sur un geste potentiel de l’OVV, son directeur, Benjamin Gehrig, admet qu’il a débattu du sujet avec son homologue valaisan. «On va étudier cette piste, mais on ne peut rien promettre pour l’instant. Ce serait bien que les deux plus gros cantons viticoles fassent ce geste. Pour Vaud, cela ne représente que 3,5 millions de budget à débourser.»

Créé: 20.03.2020, 08h30

«On ne devient pas alcoolique en deux semaines»

On peine à observer cet élan promotionnel sans pareil pour le vin vaudois sans penser aux effets qu’une consommation accrue d’alcool pourrait avoir dans la population. D’autant que ce dernier est largement considéré par l’Organisation mondiale de la santé comme le psychotrope responsable du plus de dommages pour soi et pour les autres.

Secrétaire général du Groupe romand d’études des addictions (GREA), Jean-Félix Savary temporise: «Pour ce qui est de la consommation d’alcool, je n’ai rien à reprocher à ceux qui ont envie de boire un verre dans cette situation. L’alcool n’est pas bon pour le système immunitaire – on attrapera souvent un rhume après une forte consommation par exemple – mais il peut aussi désangoisser certaines personnes.» Le spécialiste ne pense pas que les cas avérés d’alcoolisme vont grimper.

«On ne devient pas alcoolique en deux semaines à cause de l’alcool, mais de multiples facteurs. En revanche, si on se rend compte qu’on ne peut pas vivre trois jours sans alcool, il faut peut-être se poser des questions.» Il questionne aussi la démarche commerciale: «Les appels à la boisson dans une période d’épidémie, est-ce vraiment raisonnable?»Ce n’est toutefois pas la préoccupation principale du GREA.

«Il faut remettre les choses dans l’ordre: le public le plus à risque en ce moment est celui qui a des problèmes de consommation et de précarité, qui vit à 60% dans la rue et échappe au confinement. Aujourd’hui l’urgence est là, ces personnes-là ont besoin d’une protection accrue.»

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