PME et indépendants jouent la montre

CoronavirusLe manque de liquidités plonge les petites entreprises dans l’angoisse. Témoignages.

Salaires, loyers, assurances: les factures s’entassent et les petits commerces ne savent pas comment ils y feront face dans quelques semaines déjà.

Salaires, loyers, assurances: les factures s’entassent et les petits commerces ne savent pas comment ils y feront face dans quelques semaines déjà. Image: Jean Christophe Bot/Keystone

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Claude Gremaud se fait des cheveux blancs. En tant que coiffeur installé à Oron-la-Ville, il se demande s’il pourra aller les couper à domicile: «J’ai eu des demandes, mais est-ce qu’on a le droit?» Tout fait ventre lorsqu’on a renvoyé à la maison ses sept employés et que les factures arrivent. «Je peux verser des acomptes, mais au-delà d’avril ce ne sera plus possible.»


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Car ce ne sont pas tant les grandes entreprises, comme dans l’horlogerie par exemple, où les fermetures s’enchaînent (Hublot, Audemars Piguet, etc.), qui seront les premières victimes du virus, que les petites. Ce psychologue établi à Bienne, par exemple, dont les rendez-vous s’évaporent les uns après les autres. La Fédération des médecins psychiatres suisses a bien conseillé d’embrayer sur des consultations par téléphone pour les cas urgents, «mais ce n’est pas la même chose dans ce métier particulier, et du reste la loi nous impose d’être physiquement présents dans le cabinet pour être remboursés par les caisses», explique-t-il.

Patron de la librairie de BD Belphégor à Lausanne, Didier Rognon ne peut pas non plus bénéficier du chômage. Pis: «Je paie ma femme qui assure un 50%, elle est donc employée, mais comme nous sommes mariés, elle n’y a pas droit.» Il pense tenir quelques semaines, «si les factures des fournisseurs se calment», au mieux quatre à six mois en vidant son compte bancaire. Après… La plupart des PME et des indépendants se demandent s’il y aura un après, comme Crousaz Fleurs, à Yvorne (VD), dont la production de tulipes est déjà perdue. Avec 200'000 tiges à éclore ces prochaines semaines, et les principaux débouchés fermés, il craint de devoir mettre la clé sous la porte si aucune aide ne vient d’ici à mai, mois crucial avec la Fête des mères, qui risque de passer à la trappe.

Sur Instagram, le compte «Je suis indépendant.e» croule sous les témoignages. Ainsi de Mélanie Romero, patronne d’une boutique de cupcakes à Lausanne et Genève, qui a mis ses quatorze employés au chômage technique et doit faire face à des loyers «énormes» dans les deux centres-villes. «J’ai deux filles à nourrir, un loyer à payer, je dois régler mes factures et c’est superangoissant.» Ou de cette «entrepreneuse indépendante multitâche», qui vient de perdre 75% de ses clients, et donc «plus de 75% du chiffre d’affaires du mois de mars et certainement 100% dès le mois d’avril». L’Asloca veille au grain afin que les propriétaires ne se montrent pas inflexibles, y compris pour les locaux commerciaux. Ce qui est le cas pour cette entrepreneuse qui s’indigne sur Twitter de la fin de non-recevoir de sa régie à sa demande de décaler le paiement du mois d’avril.

«Pas de chèques en avril»

«Certes, les offices de cautionnement vont garantir les demandes de prêts auprès des banques, mais tout cela prendra du temps», analyse Olivier Buttet, avocat associé chez H&B Law, qui conseille notamment de nombreuses PME de 1 à 150 personnes. «Il n’y aura pas de chèques en avril, je le crains. Et présenter sa demande de cautionnement jusqu’au 1er avril, c’est déjà loin dans le temps.»

Quant aux restaurateurs, ils se tournent vers la vente à l’emporter ou la livraison à domicile. «Notre partenariat avec Uber Eat et Hop devrait nous permettre de réaliser 20 à 25% de notre chiffre d’affaires habituel», souffle Sandra Miura, patronne à Genève d’un restaurant spécialisé dans les nouilles japonaises. Mais toutes les cuisines ne s’y prêtent pas, et certains vendent leurs stocks de nourriture, comme la brasserie Le Jura, à Neuchâtel. Une action désespérée que la patronne, la gorge nouée, ne souhaite même pas commenter.

Partout, l’émotion est vive, témoigne Véronique Kämpfen, directrice de la communication de la Fédération des entreprises romandes: «Nous sommes assaillis de coups de téléphones, et même des chefs d’entreprise sont au bord des larmes. La grande question est: quand? Quand et sous quelle forme vont arriver les aides de la Confédération et des Cantons?» Le Secrétariat d’État à l’économie mettra en service une hotline pour les indépendants dès jeudi. Enfin…


Berne va déloquer 20 milliards

Le coronavirus menace nombre de PME et microentreprises du pays. Du restaurateur de quartier à la salle de fitness, en passant par le coiffeur, les devantures vont rester closes ces prochaines semaines, peut-être même ces prochains mois. Sans recettes, beaucoup d’indépendants se demandent comment régler les échéances à venir, loyer et salaires en tête.

Mais les choses bougent. Un accord entre la Confédération, les Cantons et les banques pour faciliter l’octroi de prêts aux entreprises est à bout touchant. Un fonds de 20 milliards de francs serait créé à cet effet, indique un proche du dossier. Un ballon d’oxygène indispensable pour assurer la survie des PME.

Dans ce cadre, les banques accorderont rapidement des crédits aux entreprises qui en feront la demande. Ces prêts jouiront d’une garantie partielle de la Confédération. Il se dit que Berne se porterait garante à hauteur de 85% du total des montants prêtés.

On ne va cependant pas raser gratis. Les PME devront démontrer qu’elles n’étaient pas boiteuses avant la crise. La BNS et Département fédéral des finances travaillent d’arrache-pied sur le dossier.

Les banques sont également conscientes de l’urgence. «UBS est en accord total avec le Conseil fédéral sur le fait que des mesures rapides sont nécessaires pour soutenir l’économie du pays», confie Alexandre Prêtre, responsable de la clientèle entreprise de UBS à Genève.

Dans un premier temps, Berne avait promis 600 millions de francs pour soutenir les PME en difficulté, sous forme de cautionnements bancaires. Une paille. En comparaison, l’Allemagne a mis quelque 500 milliards sur la table pour aider ses entreprises. Comme la taille de l’économie allemande est cinq fois plus importante que celle de la Suisse, un plan de soutien de 60 à 90 milliards pourrait même in fine s’avérer nécessaire pour lutter contre les effets du coronavirus.

Jusque-là, le gros des mesures a ciblé le chômage partiel, aujourd’hui facilité. Près de 10 milliards sont disponibles à cet effet. Mais tous ne peuvent pas en profiter. «Le Conseil fédéral va-t-il étendre le droit au chômage partiel aux indépendants?» demande ainsi la parlementaire Jacqueline de Quattro, au travers d’une interpellation au Conseil fédéral. Pour mémoire, les personnes disposant d’un emploi à durée déterminée n’y ont pas droit non plus.

Une chose est certaine. Face à l’urgence de la situation, un soutien massif à l’économie est nécessaire de la part de la Confédération: extension du chômage partiel, octroi de prêts directement aux entreprises ou encore facilitation du cautionnement bancaire. «Toutes ces solutions doivent être mises sur la table», estime Christian Wenger, directeur de Cautionnement romand.

Nicolas Pinguely

Créé: 17.03.2020, 22h40

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